CHAPITRE VIL
LE iniËHlEll PRéSiDENT ACHÎLLB t>E ^flLAT.
Haîne de Saint-Simon contre le premier président Achille de Harlaj. Caractère de ce magistrat. — Cause probable de l'acharnement avec lequel le poursuit SainIrSiraon. — Portrait qu'il a tracé d'Achille de Hariay. — Les asserticns de Saint-Simon contre le premier président sont dénuées de preuves. — Témoignages favorables rendus par les contemporains à Achille de Harlay. -~ Olivier d'Ormesson et Mme de Sévigné font l'éloge de ce magistrat.—Lettres du premier président de Lamoignon, de Colbert, de Louis XIV, du grand Gondé, du cardinal d'Ëstrées, de Seignelaj, de Tabbé de Rancé, de Gatinat, adressées à de Harlay; elles attes-
1. Ces négociations occupent pr^s de quarante pages dans les iT^ttoir» ûe Tené, t. H, p. 313-348.
tent Pestime de ces personnages pour ee magistrat, que Saint-Simon a attaqué avec violence.
Saint-Simon a poursuivi avec un ioiplacable achamenoent Achille de Harlây, qui fut premier président du parlement de Paris de 1689 k 1707. Ce magistrat avait été vingt-huit ans procureur général du parlement avant d'en devenir premier président. Il était donc bien connu lorsqu'il fut appelé & cette éminente dignité. Instruit par le savant et pieux Hamon, qui fut plus tard un des solitaires de Port-Royal S il conserva toujours pour lui un profond attachement et une tendre reconnaissance*. Sa science dans le droit public et privé était vaste et incontestée ; Saint-Simon lui-même en convient. Be Harlay relevait cette profonde érudition par un esprit vif et pénétrant, fécond en saillies ingénieuses, en mots heureux et piquants. Le parlement subissait son ascendant avec une docilité qui irrite Saint-Simon. Ce premier président ne savait pas, comme Guillaume de Lamoignon^ se laire pardonner son autorité par la grâce des manières et l'affabilité du langage. Il est possible qu'en vieillissant il ait donné un plus libre cours à son humeur caustique et provoqué des inimitiés par les traits mordants, que lui reproche Saint-Simon. Probablement il n'épargna pas ce duc et pair de vingt ans qui s'attaquait au maréchal de Luxembourg, alors dans tout l'éclat de sa gloire*. C'est là peut-être l'origine de la haine de l'historien contre le magistrat. Ce qui est certain, c'est que Saint-Simon saisit toutes les occasions pour déchirer de Harlay ; il l'accuse de prévarication, d'hypocrisie, de vol, et ne pouvant lui refuser la vivacité d'esprit, il veut prouver qu'il en a fait un usage peu digne de sa haute position et qu'il ressemblait à un bouffon piuCdt qu'à un premier président.