‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 32 sur 328 · Mémùires de Saint-Hilairf, l. IV, p · texte numérisé non relu

Mémùires de Saint-Hilairf, l. IV, p

5. La cour était fort embarrassée entre les avis opposés de Berwick et de

été communiqué. Apparemment t^u elle aima mieux qu*iî lui en coûtftt Lille, que de risquer un combat très-hasardeux, dont la perte aurait entraîné celle de la plupart de nos places de Flandre et ouvert une entrée facile dans notre ancien domaine. Le roi fil partir M. de Chamillard, son ministre, en toute diligence, à l'insu de M. de Vendôme, pour joindre notre armée, voir les choses de plus près et mûrir davantage le projet en cas qu'il en fût besoin, et qu'il y eût apparence de réussir. Comme ce ministre n*arrivait pas assez tôt dans la situation où était notre armée à Orchies, elle n'en décampa que sur les dix heures du matin, au lieu de Ten faire partir dès minuit, comme il convenait. » Ainsi ce furent les hésitations de la cour et les retards du ministre qui s'opposèrent à la bataille et non l'inertie de Vendôme, comme l'a prétendu Saint-Simon. Pendant ces délais, les ennemis se couvrirent de retranchements si formidables, que l'on reconnut l'impossibilité de les forcer*.

Ces mouvements de l'armée avaient leur contre-coup à Versailles. On y faisait circuler des lettres d!Albéroni , de Campistron et du comte d'Ëvreux, qui prenaient la défense de Vendôme et rejetaient toutes les fautes sur le duc de

Vendôme. Le premier écrivait le 6 septembre : « Il est triste de voir perdre Lille; mais il est plus triste encore de perdre l'unique armée qui nous reste et qui puisse arrêter l'ennemi après la perte de Lille. » Le même jour^ Vendôme offrait sa démission en se plaignant vivement de Berwick et de l'entourage du duc de Bourgogne : « C'est une chose pitoyable, écrivait-il, de voir que la bonne volontr de cette armée devienne inutile par les conseils du maréchal de Berwick et de quelques officiers qui détruisent en un moment, dans l'esprit du duc de Bourgogue^ tout ce que je puis lui inspirer. Cela dure depuis le commencement de la campagne ; mais j'avoue que je n'y puis plus tenir. Ainsi je vous prie (c'est à Chamillard que cette lettre est adressée) , en faveur de l'amitié que vous m'avez autrefois promise, d'obtenir mon congé du roi. » Ces extraits de lettres, couscrvces aux archives de la guerre, ont été publics par M. Krn. Moret^ dans son ouvrage intitulé : Quinze ans du règne de Louis XI y (t. III, p. 32, notes 3 et 5). Ce fut cette division des généraux qui décida le roi à envoyer Cliamillard à l'armée.

1. On peut encore consulter sûr cette campagne la Correspondance de Fénelon. Malgré son affection pour son éK-ve, hénrlon n'hésiie pas à signaler les fautes du duc de Bourgogne.

Bourgogne. Une cabale puissante se forma contre le prince et entrafna jus )u'au grand Dauphin, son père. Le prince de Vaudemont et ses nièces,. qui régnaient à Meudon, soutenaient vivement Vendôme. Le ministre Chamillard était leur instrument aveugle, si l'on en croit Saint-Simone Quant aux autres, leur intérêt, d'après le même écrivain, était de perdre et de déshonorer le duc de Bourgogne « pour n'avoir point à compter avec lui du vivant du roi, et à sa mort, s'en trouver débarrassés pour gouverner Monseigneur sur le trône. > Saint-Simon, indigné des attaques dirigées contre relève de son ami le duc de Beauvilliers, n'hésita pas à tenir tête à cette cab?ile et travailla à former un parti capable de lutter contre elle. Ses liaisons avec la famille de Chamillard lui permettaient d'être parfaitement instmit de toutes les menées des partisans du duc de Vendôme*. Il profita de ses relations avec Mme de Nogaret ' et la duchesse de Villeroi *, qui vivaient dans l'intimité de la duchesse de Bourgogne, pour stimuler et diriger cette princesse et opposer son influence à celle de la cabale Meudon. Lui-même n'hésita pas à attatfuer Vendôme à découvert, par des paroles d'une vivacité peu mesurée, qui faisaient planer sur ce général un soupçon de déloyauté et presque de trahison'.

La cabale se tourna alors contre Saint-Simon* et le poursuivit avec acharnement. Attaqué et calomnié de toutes parts, se sentant presque seul au milieu d'une cour subjuguée, il voulut tout quitter et s'enfuir à la Ferlé- Vidame : « J'ose à peine dire que j'étais peut-être le seul à qui il restât assez de courage pour le conseil et pour ne pas tenir la vérité capiive. » Il était impatient « d'aller respirer chez lui un air plus sain et plus tranquille ^ > Le duc de Beauvilliers, qui l'avait d'abord retenu, finit par lui permettre

I. Mémoires, t. VI, p. 323. — 2. Ibid., p. 365. 3. Ibid., p. 36 P. — 4. /Wd., p. 364. 5. /Wd., p. 3S6-388. ~ 6. Ibid., p. 420. 7. Ibid., p. 421.

de s'éloigner. Il trouvait peut-ôlre dans Tirascible Saint-Simon un allié trop ardent, et qui, par l'éclat de ses plaintes et la hardiesse de ses paroles, compromettait la cause qu'il voulait soutenir.

L'absence de Saint-Simon ne désarma pas les ennemis que lui avait faits la liberté de son langage. Il ne fut pas longtemps à la Ferté sans recevoir une lettre de l'évèque de Chartres, datée de Saint-Cyr, qui lui annonçait qu'on lui avait rendu les plus mauvais services auprès du roi ^ Il revint en toute h&te. Mais il trouva Louis XIY prévenu» et fut exclu des voyages de Marly, dont il n'avait manqué aucun depuis quatre ans *. On lui reprochait toujours, et peut-être avec quelque raison, ses critiques acerbes*. Le dévouement honorable qu'il témoigna à Chamillard disgracié*, puis au duc d'Orléans, accusé d'avoir voulu détrôner le roi d'Espagne", tourna contre lui. La duchesse de Bourgogne ne dissimula pas à Mme de Saint- Simon que Ton avait donné au roi de fâcheuses impressions sur son mari'. L'on disait qu'il avait beaucoup plus d'esprit, de connaissances et de vues que la plupart des courtisans ; on le craignait et on se tenait en garde avec lui ; on ne pouvait souffrir sa hauteur et sa liberté à s'expliquer sur les gens et sur les choses de façon à emporter la pièce. Sa réputation de probité rendait ses critiques plus redoutables. Tels étaient les griefs qui avaient cours à Versailles et qui parvinrent jusqu'à Saint-Simon. Dégoûté plus que jamais de la cour, il reprit son projet de la quitter et d'aller chercher du repos dans sa terre de la Ferté \ Mme de Saint-Simon et ses amis eurent beaucoup de peine à l'en détourner. Enfin d'après leur conseil, il résolut de demander une audience au roi et de se justifier des accusa-

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