Ibid., t. Vif, p. Î59 et suiv. Voy. surtout p
5. Ibid. . p. 303 et suiv. — 6. Ibid. , p. 330 et suiv. 7. Ibid. p. 427 et suiv.
tioDs qui pesaient sur lui*. Elle lui fut accordée dans les premiers jours de Tannée 1710. c Je trouvai le roi seul, dit Saint-Simon*. Je le remerciai en l'abordant, de la grâce qu'il voulait bien me faire, et je prolongeai un peu mon compliment pour observer mieux son air et son attention, qui me parurent l'un sévère, l'autre entière. De là, sans qu'il me répondit un mot, j'entrai en matière. Je lui dis que je n'avais pu vivre davantage dans sa disgrâce (terme que j'évitai tou* jours par quelque circonlocution pour ne le pas effaroucher, niais dont je me servirai ici pour abréger), sans me hasarder de chercher à apprendre par où j'y étais tombé ; qu'il me demanderait peut-être par quoi j'avais jugé du changement de ses bontés pour moi ; que je répondrais qu'ayant été, quatre ans durant, de tous les voyages de Marly, la privation m'en avait paru une marque qui m'avait été trèssensible, et par la disgrâce, et par la privation de ces temps longs de l'honneur de lui faire ma cour.
« Le roi, qui jusque-là n'avait rien dit, me répondit, d'un air haut et rengorgé, que cela ne faisait rien et ne marquait rien de sa part. Quand je n'eusse pas su à quoi m'en tenir sur cette privation, l'air et le ton de là réponse m'eussent bien appris qu'elle n'était pas sincère ; mais il la fallut prendre pour ce qu'il me la donnait. Ainsi je lui dis que ce qu'il me faisait l'honneur de me dire me causait un grand soulagement; mais que, puisqu'il m'accordait l'honneur de m'éoouter, je le priais de trouver bon que je me déchargeasse le cœur en sa présence (ce fut mon terme), et que je lui disse diverses choses qui me peinaient infiniment, et dont je savais qu'on m'avait rendu auprès de lui de forts mauvais offices, depuis que des bruits*, que mon âge et mon
1. Mémoires, t. VI!, p. 435. — 2. Ibid., t. VIII, p. 60 et suiv.
3. La phrase est construite irrégulièrement comme il arrive souvent dans les Mémoires de Saint-Simon, Mais elle se comprend II faudrait pour la régularité grammaticale : « Depuis que, par suite des bruits..., Penvie et la jalousie s'étaient allumées contre moi. *
insuffisance m'empêchaient de croire Tondes, mais qui avaient fort couru, qu'il avait jeté les yeux sur moi pour l'ambassade de Rome, Tenvie et la jalousie s'étaient tellement allumées cçntre moi, que depuis ce temp&-là je n'avais pu dire ni rien faire d'innocent; que jusqu'à mon silence même ne l'avait pas été, et que M. d'Antin * n'avait pas cessé de m'attaquer. — D'Antin! interrompit le roi, mais d'un air plus doux , jamais U ne m'a nommé votre nom. Je répondis que ce témoignage me faisait un plaisir sensible, mais que d'Antin m'avait si attentivement poursuivi dans le monde en toute occasion que je n'avais pu ne pas craindre ses mauvais ofiSces auprès de lui.
< En cet endroit, le roi, qui avait déj^ commencé à se rasséréner, prenant un visage encore plus ouvert et montrant une sorte de bonté et presque de satisfaction à m'entendre, me coupa la parole comme je commençais un autre discours par ces mois : Il y a encore un autre homme , et
me dit : Mais aussiy monsieur, c'est que vous parlez et que vous blâmez^ vqjià ce qui fait qu'on parle contre vou^. Je répondis que j'avais grand soin de ne parler mal de personne ; que, pour parler mal de Sa Majesté, j'aimerais mieux être mort, en le regardant avec feu entre les deux yeux ; qu'à l'égard des autres, encore que je me mesurasse beaucoup, il était difficile que des occasions ne donnassent pas lieu à parler quelquefois un peu naturellement. -- Mais, me dit le roi, vous parlez sur tout, sur les affaires, je dis sur ces méchantes affaires ^, avec aigreur. — Alors, à mon tour, j'interrompis le roi, observant qu'il me parlait de plus en plus avec bonté ; je lui dis que, des afl'aires, j'en parlais ordinairement fort peu et avec de grandes mesures; mais qu'il était vrai que, piqué quelquefois par de fâcheux succès, il m'échappait, d'abondance de cœur, des raisonnements et des blâmes; qu'il m'é-