Ihid,, p. 224-225. — 4. Ihid., p
projets du duc et de la duchesse d'Orléans. Saint-Simon, qui avait gardé d'étroites relations avec son ancien directeur le père Sanadon, s'en servit pour agir sur le père Tellier. < Je Gs entendre à ce père, dit-il \ les mêmes choses que le duc et la duchesse d'Orléans disaient au père du Trévoux, mais avec plus de force. Je les paraphrasai de tout ce que j'y pus ajouter, surtout de ce qui pouvait entrer dans l'intérêt des jésuites, leur donner envie pour l'amour d'eux-mêmes du mariage de Mademoiselle, et toute la frayeur que je pus de celui de Mlle de Bourbon. »
A ce parti si fortement et si habilement lié, Saint-Simon ^'outa le maréchal de Boufflers', dont il connaissait le crédit sur Mme de Maintenon. « Telles furent les machines, dit-il en terminant, et les combinaisons de ces machines, que mon amitié pour ceux à qui j'étais attaché, ma haine pour Mme la Duchesse, mon attention sur ma situation présente et future, surent découvrir, agencer, faire marcher d'un mouvement juste et compassé, avec un accord exact et une force dé levier, que l'espace du carême commença et perfectionna, dont je savais toutes les démarches, les embarras et les progrès par tous ces divers côtés qui me répondaient; et que tous les jours aussi je remontais en cadence réciproque. >
Restait à vaincre une opposition redoutable, celle de Monseigneur, père du duc de Berry. Au premier mot que la duchesse de Bourgogne dit en faveur du mariage, le grand dauphin rougit de colère et répondit vivement que cela serait fort à propos pour récompenser le duc d'Orléans de ses affaires dEspagneK Ce mot servit plutôt à hâter le mariage qu'à l'entraver. Le roi, piqué, attribua à l'influence de Mme la Duchesse la vive opposition de son fils, d'ordinaire si soumis et si mesuré dans ses paroles, il dit avec feu que si Mme la Duchesse le prenait sur ce ton-là et entreprenait d'em-
1. Mémoires de Saint-Simon, t. Vin, p. 227-228. — 2. Tbid., p. 230. 3. Ibid., p. 332.
paumer Monseigneur, elle compterait avec lui '. Cette princesse, qui dominait la petite cour de Heudon, était Louise- Françoise de Bourbon, fille naturelle de Louis XIY et de Mme de Montespan. Sa beauté, son esprit et son empire sur le Dauphin la rendaient également redoutable. « Sa figure, dit Saint-Simon, était formée par les plus tendres amours, et son esprit était fait pour se jouer d'eux à son gré sans en être dominé. > Il dit ailleurs de cette princesse « que son humeur égale et gaie et sa santé constamment parfaite la rendaient toujours la r^ine du plaisir. » C'était contre cette ennemie redoutable que Saint-Simon avait à lutter. & J'en fis toute la peur, dit-il ', à Mme la duchesse de Bourgogne, par la duchesse de Yilleroi et par Mme de Levi ; à Mgr le duc de Bourgogne, par M. de Beauvilliers ; à Mme de Maintenon, par le maréchal de Boufflers; au roi même, par le père Tellier; et toutes ces batteries réussirent. »
Cependant Mme la Duchesse ne se laissa pas vaincre facilement'; les mesures qu'elle prit inquiétaient Saint-Simon, qui pressa le duc d'Orléans de brusquer la demande en mariage ^. Il finit par triompher de l'indolence du prince, qui écrivit au roi '. Louis XIV donna son consentement et enleva celui du Dauphin*. Ainsi fut terminée cette afiaire où Saint-Simon obtint un succès, qui fut suivi de regrets amers. Mais au premier moment, il fut tout entier à la joie du triomphe. Dès que le mariage fut déclaré, on l'en félicita. « La plupart, dit-iP, me parlèrent de cette grande afiaire comme de mon ouvrage ; ce que je ne fis jamais semblant d'entendre. Environné, accolé, entraîné de part et d'autre, je fus poussé à travers le vaste appartement au fond duquel était Mademoiselle avec Mme la princesse de Conti, Mlles ses filles et un groupe de personnes considérables qui, de Marly et de Paris, étaient accourues à Saint*Cloud. Sitôt que Made-
I. Méwwiret de Saint-Simon, t. VIII, p. 232. — 2. JbtVi., p. 233.