‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 44 sur 328 · C'est le mot môme de Saint-Simon, Mémoire», t IX, p · texte numérisé non relu

C'est le mot môme de Saint-Simon, Mémoire», t IX, p

2. Fénelon annonce dans une lettre adressée au duc de Chaulnes un Mémoire pour le duc de S. S. (Saint-Simon). Correspond, de Fénelon j t. I, p. 596 (édit. de 1827).

4. Ihid., p. 386. — 5. /Wd.,p. 389. — 6. Ibid., p. 416-417. 7. Ibid, t. X, p. 39. - 8. Jbid., p. 39-40. - 9. /Wd., p. 83. 10. Jbid., p. 96. — 11. Ibidem.

Mme de Saint-Simon sur moi de m'en empêcher avec bien de la peine. » Et plus loin* : « On emportait le corps du Dauphin; j'en aperçus de loin quelque chose. Je me rejetai chez moi, d'où je ne sortis presque plus du reste du voyage, que pour aller passer les après-dtnées auprès du duc de Beauvilliers. J'avoue que je faisais le détour entre le canal et les jardins de Versailles pour arrivera l'hôtel de Beauvilliers par la porte de l'Orangerie qu'il joignait*, pour me dérober à la vue de ce qui paraissait de funèbre, dont aucun devoir ne me put faire approcher. Je conviens de la faiblesse. Je n'étais soutenu ni de la piété, supérieure à tout, du duc de Beauvilliers, ni d'une semblable à celle de Mme de Saint- Simon, qui n'en souffrait pas moins. La vérité est que j'étais au désespoir. A qui saura où j'en étais arrivé, cet état paraîtra moins étrange que d*avoir pu supporter un malheur plus complet. Je l'essuyais précisément au même âge' où était mon père quand il perdit Louis XIII; au moins en avait-'il grandement joui, et moi : gustavi paululum mellis et ecce morior (fai goûté un peu de miel et voici gue je meurs!). » Le lendemain des funérailles du duc de Bourgogne, Saint- Simon disait au duc de Beauvilliers : « Vous venez d'enterrer la fortune de la France. >

A cette douleur si sincère et si profonde se joignaient de vives inquiétudes au sujet des mémoires qu'il avait remis au Dauphin et qui l'auraient perdu à tout jamais, s'ils fussent tombés sous les yeux de Louis XIV*. Heureusement le duc de Beauvilliers, ciiargé d'ouvrir devant le roi la cassette du duc de Bourgogne, eut l'adresse de faire disparaître les papiers où il reconnut l'écriture de Saint-Simon.

1. Mém,y t X , p. 130-131. La douleur de Saint-Simon s'épanche de la manière la plus touchante toutes les fois qu'il parle du duc de Bourgogne. Après aToir raconté sa dernière entrevue avec lui , il ajoute : • Plaise à la miséricorde de Dieu que je le voie éternellement où sa bonté Ta sans doute misl >

2. On a vu plus haut que Tappartement de Saint-Simon était situé près de la chapelle, à Tautre extrémité du château de Versailles.

3. Saint-Simon avait alors 37 ans. — 4. Mémoires, t. X, p. 131-132.

Pendant les trois dernières années du règne de Louis XIV, la vie de Saint-Simon fut profondément attristée : il ni mourir à peu d'intervalle les ducs de Chevreuse* et de Beau villiers'. Le chanœlier de Ponchartrain avait quitté la cour'. Saint-Simon se trouvait complètement isolé au milieu de Versailles. « La perte du Dauphin et de la Oauphine, écrit-il en l'année 17U*, la dispersion des dames du palais qui ne figuraient plus, la disgrâce de Chamillard, la retraite du chancelier de Ponchartrain, la mort du maréchal de Boufflers, du duc de Chevreuse; enfin celle du duc de Beauvilliers me laissèrent dans un vide que rien ne pouvait non pas remplir, mnis même diminuer. J'étais dans l'intimité, la confiance la plus étroite de ces ministres et de ces seigneurs si principaux, je l'étais de plusieurs dames très-instruites et très-importantes, qui en diverses fdçons avaient disparu. Ces liaisons, surtout ce qui, malgré les plus sages précautions, ne laissa pas de transpirer de celle du Dauphin tout à la fin de sa vie, et plus encore depuis, m'avaient attiré tous les regards. La jalousie devançait de loin ma fortune de perspective. On regardait si peu comme une chimère que je pusse dès lors entrer dans le conseil que la peur qu'on en eut fit que Bloin*, vendu à M. du Maine, le lâcha au roi, qui était la façon la plus propre à m'écarter. Il le lui dit comme un discours qu'il croyait ridicule, mais que la cour ne regardait pas comme tel et qu'elle craignait. Toutefois il ne parot pas que cet honnête office fit d'impression. De tout cet intérieur du roi» je n'avais que Maréchal', qui rompit plus d'une fois des lances pour moi contre les autres qui m'attaquaient devant le roi. Dans le ministère, je n'eus plus qui que ce fût : Desmarets\ sans cause aucime, s'était éloigné de moi, et dès que je m*en aperçus, je m'en éloignai de même. »

1. Memtnres, U X. p. 266 el suiv. - 5. Ibid,. l. II. p. 18^187. 3. Ibid., p. 113-11Ô- - ^. i^'d.. p. Î14 ei sm\. ô. Vaiet de chambre du roi. — 6. Premier chinir^eo du roi. 7. Ce nerea de CoUiert ôuit contrôleur géoénl d» financet.

La triste situation du duc d'Orléans à la cour et le triomphe du duc du Marne augmentaient encore les ennuis de Saint- Simon. On avait répandu à l'occasion de la mort du grand Dauphin, du duc et de la duchesse de Bourgogne, des bruits d'empoisonnement contre le duc d'Orléans. On les renouvela à l'occasion de la mort du duc de Berry arrivée en 1714. • Plus les- pertes s'augmentaient, dit Saint-Simon', plus H. le duc d'Orléans demeurait seul, plus l'intérêt s'augmentait de Taflubler de ce qu'il y avait de plus odieux, de le rendre tel au roi et au monde, et on y était enhardi par l'expérience des précédents essais. » Le caractère violent et les passions extravagantes de la duchesse de Berry fournissaient de nouveaux prétextes aux ennemis du duc d'Orléans. Saint-Simon resta fidèle au prince dans cette dernière crise', et son dévouement mérita l'éloge de Louis XIY. « Je voudrais, disait-il, que mon neveu n'eût pas d'autres amis. » Ce fut dans cette circonstance que le roi, après avoir entendu Maréchal faire l'apologie du duc d'Orléans, caractérisa ce prince avec autant de vérité que de profondeur : « Savez-vous, lui dit-il, ce qu'est mon neveu? C'est un fanfaron de crimes, A ce récit de Maréchal, agoute Saint-Simon*, je fus dans le dernier étonnement d'un si grand coup de pinceau : c'était peindre en effet M. le duc d'Orléans d'un seul trait, et dans la ressemblance la plus juste et la plus parfaite. >

Cependant le duc du Maine et la plupart des courtisans qui vivaient dans l'intimité de Louis XIV, ne cessaient de poursuivre le duc d'Orléans de leur haine et de leurs accusations. Les bâtards, soutenus par Mme de Maintenon, prenaient chaque jour un vol plus hardi. Saint-Simon, après avoir présenté un résumé de leurs progrès et de leurs usurpations S les montre prêts à franchir le dernier degré. Il rappelle en gémissant l'édit du mois de juillet 1714, enre-

1. Mémoiret, t. XI, p. 91. — 2. Ihid., p. 252. 3. Ibid,, p. 254. — 3. Ihid., p. 132 et saiv.

gistré au Parlement le 2 août de la même année, par lequel le duc du Maine, le comte de Toulouse et leurs descendants mâles furent appelés à succéder à la couronne au défaut des princes du sang royaP. Il contint toutefois son indignation jusqu'au moment où le duc du Maine, après avoir engagé les ducs et pairs dans une lutte avec le Parlement pour la grave question du bonnet% les trahit au moment décisif. Alors Saint-Simon éclata; dans une visite qu'il fit au duc du Maine ', il Taccusa en face d'avoir manqué de parole et rompit publiquement avec lui ^

La haine contre les bâtards attacha encore plus étroitement Saint-Simon au duc d'Orléans. Pendant les derniers temps de la vie de Louis XIY, il fut le conseil du futur régent et prépara avec lui les mesures qui allaient profondément modifier le gouvernement de la France. Il n'avait pas seulement à lutter contre les passions de ce prince, mais il lui fallait encore combattre Tinfluence de la duchesse d'Orléans plus dévouée à son frère, le duc du Maine, qu'à son mari S et résister aux Noailles, aux Contade, aux Maisons, aux d'Effiat, qui entouraient et dominaient le duc d'Orléans^. Cependant Saint-Simon réussit, si l'on en croit ses mémoires, à faire adopter au prince la plupart de ses idées politiques. Le duc d'Orléans, entraîné par la réaction contre le despotisme de Louis XIV , accepta la pensée d'établir autant de conseils qu'il y avait de branches d'administration'. C'était, aux yeux de Saint-Simon, une admirable conception et le plus sûr moyen de renverser l'autorité des ministres secrétaires d'État et de relever la noblesse.

Le principe admis, Saint-Simon examina avec le duc d'Orléans les noms des personnages qui présideraient les conseils des finances, de la marine, de la guerre, des affaires

1. Mémoireij t. XI, p. 143-144. — 2. lbid,f p. 382 et suivant. 3. Ibid., p. 427. - 4. iWd., p. 428.

5. Ibid., t. XII, p. 135 et suiv. — 6. Ibid., p. 156-168. 7. ibid.y p. 175 et suiv.

ecclésiastiques, des affaires étrangères et de l'intérieur *. Il montra pour lui-même un grand désintéressement et refusa la présidence du conseil des tinances^, que lui offrait le duc d'Orléans. D faut convenir que le choix n'eût pas été heureux, à en juger par les théories que Saint-Simon expose en matière financière ; il ne voyait que deux solutions possibles* : ou augmenter indéfiniment les impdts pour acquitter des dettes immenses, ou faire une banqueroute publique en déclarant le roi, qui succéderait à Louis XIY, libéré de toutes les obligations contractées par son prédécess^îur. Saint-Simon se prononçait sans hésiter pour cette dernière solution*. Heureusement, le régent n'adopta pas son avis.

Saint-Simon ne se montrait pas moins hostile aux ministres de Louis XIV qu'aux principes de son gouvernement. Il se prononça surtout avec beaucoup de force contre le contrôleur général Desmarets et le secrétaire d'État chargé de la marine, Pontchartrain, fils du chancelier. Dans les deux cas, il faut le reconnaître, Saint-Simon n'était mû que par des considérations personnelles. « Pour Desmarets, dit-il', j'avais juré sa perte, et j'y travaillais, il y avait longtemps; c'était le prix de son ingratitude et de sa brutalité à mon égard. » Puis passant à Pontchartrain, il ajoute : « Il y avait longtemps que j'employais tout ce qui était en moi pour lui tenir la parole que j'avai^^ donnée de le perdre. Son caractère et sa conduite m'y donnaient beau jeu; c'était ftiire une vengeance (mbllque du plus détestable, du plus méprisable sujet el regardé comme tel, sans exception, par toute la France et par tous les pays étrangers. » Saint-Simon sauva, au contraire , La Vrillière*, dont H avait reçu, comme il le dit, des services essentiels'.

i. Mémoires, l. XU, p. 181 et suiv. — 2. fWd., p. 193-194.

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