Valet de chambre du Dauphin fils de Louis XIV
4 On croyait que le Dauphin avait épousé secrètement Mlle Choin.
.'). 11 s agit des deux cabales des seigneurs et de Meudon, mises en opposition avec celle des ministres. Saint-Simon vient de présenter la cour comme <livi<^ en trois cabales, ainsi que je Tai rappela plus haut, p. 71 1,
el de plus important, non quelquefois sans qu'il leur (échappât quelque chose sur ceux de mes amis qui leur étaient opposés. J'en savais beaucoup plus par le chancelier et par le maréchal de Boufflers^ que parles ducs de Chevreuse et de Beauvillîers.
« A ces connaissances sérieuses, j'ajoutais celle d'un intérieur intime de cour par les femmes les plus instruites et les plus admises en tout avec Mme la duchesse de Bourgogne, qui, vieilles et jeunes, en divers genres, voyaient beaucoup de choses par elles-mêmes et savaient tout de la princesse, de sorte que jour à jour j'étais informé du fond de cette curieuse sphère, et fort souvent, par les mêmes voies, de beaucoup de choses secrètes du sanctuaire de Mme de Maintenon. La bourre même en était amusante, et [larmi cette bourre rarement n'y avait pas quelque chose d'important et toujours d'instructif pour quelqu'un fort au fait de toutes choses. J'y étais mis encore quelquefois d'un autre intérieur, non moins sanctuaire, par des valels très-principaux, et qui, à toute heure, dans les cabinets du roi, n'y avaient pas les yeux ni les oreilles fermés. Je me suis donc toujours trouvé instruit journellttnsnt de toutes choses par des canaux purSy directs et certains, et de toutes choses grandes et petites. Ma curiosité, indépendamment d'autres raisons, y trouvait fort son compte. »
Il suffit de développer cette page de Saint-Simon et de la compléter par quelques autres passages de ses mémoires pour connaître et apprécier les sources où il a puisé. La plupart des ministres, plusieurs des grands persormages et des principaux seigneurs de la cour, des dames du plus haut rang et de la société intime de la duchesse de Bourgogne et de Mme de Maintenon; enfin des gens de la domesticité intime du roi lui fournissaient chaque jour des renseignements. Venant de partis opposés, ces nouvelles se contrô-
1. Les maréchaux de Boufllers et d'Harcourt étaient, comme on Ta vu, à la tête de ce que Saint-Simon appelle la cabale des Seigneurs.
laient Tune l'autre. Saint-Simon, placé au centre des cabales qui divisaient la cour, ressentait 1p contre-coup de toutes les apritations. Son cabinet, si hermétiquement fermé aux regards indiscrets, était comme une chambre noire où se dessinaient les personnages et les scènes de Versailles et de Marly.
Il ne sufQt pas d'indiquer en général les témoignages qu'invoque Saint-Simon, il est nécessaire, pour en apprécier la valeur, d'insister sur le caractère de ceux qui déposaient chaque jour devant lui. Au premier rang se placent les ducs de Beauvillîers et de Chf»vreuse. Paul de Saint-Aignan, duc de Beauvilliers, quoique beaucoup plus âgé que Saint-Simon S s'était lié avec lui d'une étroite amitié. Président du conseil des tînances, précepteur des petits-fils de Louis XIV, premier gentilhomme de la chambre du roi, il occupait à la cour une position des plus élevées et était instruit de toutes les affaires d'État; il avait, d'ailleurs, une réputation d'honneur, de vertu et presque de sainteté qui était parfaitement méritée^. Sa femme, Glle du grand ministre J. B. Colbert, était dijrne de lui. Saint-Simon vivait dans leur intimité; ses conversations avec le duc de Beauvilliers sur l'abbé de Polignac*, sur les qualités et ^s défauts du duc de Bourgogne*, et sur beaucoup d'autres sujets* attestent combien lenr liaison était étroite. Cependant le duc d* Beauvilliers se tenait sur la réserve avec Saint-Simon, si nous en jugeons par les erreurs dans lesquelles ce dernier est tombé en racontant la séance célèbre où fut décidée l'accepiation du testament de Charles II, et à laquelle assistait le duc de Beauvilliers. Nonsfulement Saint-Simon a Ignoré la première délibération, dans laquelle Louis XIV résolut de s'en tenir au traité de partage et de refiiser le testament; mais, en retraçant la seconde, il a prêté à Mme de Maintenon un rôle qu'elle n'a pas