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6. Ihid.yL XII, p. 334, 342 et suiv., 352 et suiv.; t. XIII, 244; t. XÏV, p. 293 et 403. — On verra plus loin que la correspondance de Saint-Simon pendant la régence n'est pas tout à fait d'accord avec ses Mémoires écrits postérieurement.
duc de Noailles mieux instruit que lui des matières traitées dans les conseils.
Il faut reconnaître, en effet, que Saint-Simon montra peu de capacité dans le maniement des affaires publiques. Il en était réduit pour rétablir les finances à proposerlabanqueroute. Le régent ayant repoussé ce moyen violent, Saint-Simon se trouva forcé de s'occuper des queAions financières pour lesquelles il avoue naïvement son ignorance, c Cette langue de finances, dit-il S dont on a su faire une science, et, si ce mot se peut hasarder, un grimoire , pour que l'intelligence en soit cachée à ceux qui n'y sont pas initiés, et qui, magistrats et traitants, banquiers, etc., ont grand intérêt que les autres en demeurent dans l'ignorance, celte langue, dis-je, m'était tout à fait étrangère. Néanmoins ma maxime constante ayant toujours été que Thumeur doit être bannie des affaires autant que l'acception des choses et des personnes et toute prévention', j'écoulais de toute mes oreilles, malgré mon dégoût de la matière, et ce que je n'entendais pas, je n'étais pas honteux de le dire et de me le faireexpliquer. C'était le fruit de l'aveu de mon ignorance en finances, que j'avais fait si haut et si clair en plein conseil de régence, lorsque je m'excusai d'être de ce comité, et que le régent finit par me le commander*. »
Saint-Simon s'opposa avec opiniâtreté à ce que le régent rappelât les protestants et répara ainsi une des principales fautes de Louis XIV ^ Le duc d'Orléans se plaignait, comme l'avoue Saint-Simon lui-même, de la cruauté avec laquelle on avait traité les protestants, de la faute même de la révocation de l'édit de Nantes, du préjudice immense que l'État en avait souffert et en souffrait encore par la dépopulation.
2. Telle était sans aucun doute l'intention de SainUSimon ; mais il s'écartait fort souvent de sa théorie dans la pratique.
3. Voy. t. XIV, p. 410, la scène où Saiut-Simon fut bombardé, comme il le dil, membre du comité des finances. — 4. Ibid.^ p, 2 et suit.
la ruine du commerce et la haine que ces proscriptions avaient excitée chez les nations protestantes de l'Europe. II en concluait qu'il fallait rappeler les huguenots. A ces raisons Saint-Simon n'eut à opposer qu'un tableau rétrospectif des périls que la France avait courus par suite des querelles et des guerres de religion *. « Je conclus, dit-il, que, puisque le feu roi avait fait la faute beaucoup plus dans la manière de l'exécution que dans la chose môme, il y avait plus de trente ans, et que l'Europe y était maintenant accoutumée et les protestants hors de toute espérance raisonnable làdessus, il fallait au moins savoir profiter du calme, de la paix, de la tranquillité intérieure qui en était le fruit. >
Cependant le rdle politique de Saint-Simon ne se borna pas à des luttes personnelles contre Noailles, Bezons, Pontchartrain ou à des conseils funestes pour l'État. II s'instruisit avec zèle des affaires ecclésiastiques. Adversaire de la constitution unigenittiSy il engagea le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, à en appeler au futur concile contre la bulle du pape '. Nommé plus tard membre d'un comité de cinq membres, qui était chargé d'aviser aux moyens de se passer des bulles pontificales que refusait la cour de Rome pour le sacre des évè^ues, il ne négligea rien pour connaître à fond ces questions. « Je pris soin de m'informer, dit-il*, de ceux qui seraient les plus capables de me bien endoctriner.... Celui de tous qui me satisfit le plus par sa profonde science, sa mémoire sur les faits, son sens et son jugement pour l'application et le raisonnement, et ce que je trouvai assez rare parmi ces doctes, par la politesse et k science du monde, fut un abbé Hennequin. »
Saint-Simon s'occupa aussi des affaires étrangères et lutta avec force contre le penchant funeste qui entraînait le régent vers TAngleterre*; il repoussa toutes les avances de Tani-
1. Mémoires de Saint-Simon, t. X!V, p. 4-6. — 2. [bid., t. XIV, p. 263. 3. /MW., t. XV, p. 335. — 4. Ibid., t. XIII, p. 369 et suiv.
ba^sadeur d'Angleterre, Stairs, qui avait cherché à le gagner*, et s'efforça de lier étroitement la France et l'Espagne. « Je répétai au régent, dit-il dans ses Mémoires*, ce que j'avais plus d'une fois opiné au conseil de régence, que l'intérêt essentiel de l'Ëtat était la plus solide et la plus inaltérable union avec l'Espagne. » Il représentait qu'il n'y avait entre ce pays et la France aucune rivalité qui dût les diviser. Gouvernés par une même famille, ils pouvaient en s'unissant arrêter les envahissements de la politique anglaise et autrichienne. Quant aux difficultés qui naissaient de l'humeur des souverains, il fallait imiter les familles qui ont leurs caprices et leurs dépits, mais qui n'en laissent rien apercevoir au dehors et présentent toujours à l'opinion publique une union qui fait leur force, leur crédit et leur considération. Saint-Simonne réussit pas à convaincre le régent. Les conseils de Dubois l'emportèrent sur les siens, et l'union avec l'Espagne fut sacrifiée à l'alliance anglaise.
Au milieu de la discussion des plus hautes questions politiques, Saint-Simon ne cessait de s'acharner à des bagatelles d'étiquette et de rang. L'affaire du bonnet ne lui laissait pas de repos, et la prééminence des ducs et pairs sur toute la noblesse était à ses yeux un dogme sacré. Il se fît ainsi des ennemis dangereux dans le parlement et parmi la noblesse. Il parle dans ses Mémoires des luttes qu'il soutint à cette occasion*. Il s'irritait de ne pas trouver dans le régent la même ardeur .pour ces puérilités et l'accusait de faiblesse : « L'amour de la division et l'esprit de défiance qui, avec la plus étrange faiblesse, dominaient le régent, le rendirent sourd à mes remontrances*. » Le duc de NoaiUes paraissait à Saint-Simon un traître parce qu'il ne partageait pas ses préjugés et ses haines ^
Les prétentions et les violences de Saint-Simon provoquè-
1. Mémoires de Saint-Simon^ t. XIII, p. 372. — 2. Ibid.j p. 374.