Premier président du parlement
Et pour le faire taire Il écrit un facton, Boudrillon*.
Saint-Simon ne répondit que par le mépris à des attaques de cette nature, mais ce qui dut profondément Tattrister, ce fut la ruine du système politique qn'il avait tenté de fonder. Dès 1718, les conseils furent abandonnés, et on en revint pour chaque branche d'administration à l'unité de direction : Dubois s'empara des affaires étrangères, d'Ârgenson de la justice et Law des finances. Saint-Simon voyait le régent se livrer de plus en plus à ses familiers qu'on appelait ses roués. En même temps le parlement s'agitait, et l'on fomentait des troubles dans les provinces'. Saint-Simon attristé gardait un silence improbateur. Le régent, que cet austère témoin impatientait, chercha à le décourager par des plaisanteries' et par des reproches^. Mais au fond il ne pouvait lui refuser son estime, et dans les moments où la passion ne
1. Voy. dans le même recueil, la pièce intitulée : let Vins de la cour (t. XY, p. 294), le duc de Saint- Simon n'est que de la piquette. Un Noël de 1717 présente Saint-Simon toujours ridiculement entiché des droits de la pairie :
Soiyi de sa cohorte,
Saint-Simon hobereau,
S*écria dès la porte :
Ehl quoi! point dâ carreau l Noua 9ouUmà $outenir Ut droits de la pairie^ ici noui prote$tonêf don, don.
Et n*adoreronM pat M, la, la
U Dieu fUt dt Marie,
Saint-Simon n'est pas mieux traité dans les PhUippiques :
Lâches dont la JMtiz ni la guerre N*ont jamais distingaé le nom , Inutile poids de la terre, Ooiche, La Force, Saint-Simon, Votre orgueil et Totre ignorance Feront le destin de la France.
î. Mém,, t. XV, p. 155-156. —3. /Wd., p. 2S9. —4. /Wd., p. 290.291.
l'aveuglait pas, il se félicitait d*ayoir en lui un ami aussi fidèle, aussi sûr et aussi désintéressée
La politique n'était pas la seule cause qui éloignât Saint- Simon du régent. La duchesse de Berry, dont il avait si vivement et si habilement conclu le mariage, était pour la duchesse de Saint-Simon , sa dame d'honneur, un embarras des plus graves. Les scandales de cette princesse, ses prétentions exorbitantes, la faiblesse du duc d'Orléans pour sa fille, irritaient l'opinion publique. La duchesse de Berry passait souvent de la violence à la faiblesse, et dans ses moments de découragement elle s'adressait à la duchesse de Saint-Simon ', et elle reconnaissait la sagesse de ses conseils sans les suivre. Mme de Saint-Simon sut traverser ces crises, qui se renouvelaient trop souvent, sans que sa réputation en souffrit. Elle contint, autant qu'il était en son pouvoir, les passions désordonnées de la princesse. Quant au duc de Saint-Simon, il évitait toutes relations avec cette fille du régent' ; il ne parut au Luxembourg que pour assister à ses derniers moments.
Au milieu de ce naufrage de toutes les espérances de Saint-Simon, son décourageaient se trahit, et il déclare que tout bien lui paratt impossible en France^. Le conseil de régence n'est plus à ses yeux que le vieux sérail^ et il le tourne en ridicule même en présence du régent : « Le conseil de régence, dit-il', où depuis longtemps il ne se faisait plus rien en aucun genre qui fût de la moindre importance ni qui méritât le moindre secret était devenu le vieux sérail, dont la facile entrée n'était plus comptée que par la cessation du dégoût de n'en être point, tandis qu'on y en voyait tant d'autres, et par 20 000 livres d'appointements. On y tuait un temps très-court par des extraits de lettres de
1. Mémoires de Saint-Simon, t. XV, p. 291. — 2. Ibid., p. 328. 3. /Wd., t XVII, p. 229, — 4. Ibid.y t. XV, p. 245. 5. Àddilionsau Journal de Dangeau, t. XVII, p. 362 (à la date du 21 août 1718).
paille qu'apportait le maréchal d'Huxelles, par des rinçures de matières des affaires du conseil du dedans, et par des bagatelles de finances. Il y avait longtemps qu'on y était accoutumé, et ceux mêmes qui le trouvaient le plus mauvais ne pouvaient disconvenir qu'il n'y avait pas moyen de traiter rien de sérieux dans une pareille cohue. Dès avant qu'elle fût arrivée au point du temps dont on parle ici, un petit chat du roi sauta pendant un conseil sur la table, et le duc de Noailles, qui les craignait, à faire la grimace. M. le duc d'Orléans, qui s'en aperçut, voulut faire ôter ce chat. M. de Saint-Simon\ en regardant ce prince, se mit à sourire, et lui dit : Pourquoi, monsieur ? laissez ce petit chat ; il fera le dixseptième. C'est quHls étaient seize à ce conseil. La compagnie éclata de rire, et le régent même ne s*en put empêcher. »