Mémoires de Math. Marais, L II, p
et auxquels il déclare même qu'il ne croit pas^ Bien loin de montrer une honteuse avidité, Saint-Simon ne voulut pas même conserver la pension de vingt mille livres à laquelle il avait droit comme membre du conseil de régence'.
Il est inutile d'insister davantage sur cette ambassade que Saint-Simon a longuement racontée'. Remarquons seulemet qu'il en profita pour interroger des personnages considérables et en obtenir des renseignements sur les événements contemporains. Ainsi il apprit du marquis de Yillena, qui était selon lui, la droiture et la vérité mêmes S une scène violente qu'il avait eue avec Albéroni. L'archevêque de Tolède lui exposa Tétat misérable auquel les empiétements dé la cour de Rome avaient réduit l'Église d*Espagne'. Il tira du duc de Yeragua de curieux détails sur les noms et les armes des familles nobles de ce pays.
Au retour de son ambassade en 1722, Saint-Simon tomba au milieu d'une cour où Dubois régnait sous le nom du régent. Cet abbé allait être déclaré premier ministre'; la résolution du duc d'Orléans était arrêtée. Cependant^ par un reste d'égards pour Saint-Simon, Dubois le rechercha et lui demanda son appui pour obtenir une dignité qui lui était assurée. Saint-Simon, dont l'honnêteté commençait à s'altérer au milieu de cette cour corrompue, donna des espérances à Dubois, pendant qu'il faisait au régent un long discours pour le détourner de prendre un premier ministre^, n ne s'aperçut pas que le duc d'Orléans ne l'écoutait que par déférence pour leur ancienne amitié. En sortant, Saint-Sifnon jeta au marquis de Belle-Ile, un des émissaires de Dubois, ces mots: Je tiens V affaire faite. Ainsi il perdait
1. Voy. le passage de la Préface, où j'ai rapproché le texte du duc de Luynes de rassertion de MM. Soulié et Dussieux.
2. Mémoires du ûmc de Luynes, t. IV, p. 445-446, à la date du 26 mars