Ibid., t XIX, p. 3i8-36Û. — 7. Ihid., p. 362 et suiv
de sa loyauté et de sa droiture au milieu de ces roués, sans s'apercevoir que son honnêteté ne serait jamais à la hauteur de leur fourberie.
Le lendemain même de cette conversation Dubois était déclaré premier ministre ^ Saint-Simon fut obligé de subir la prétendue reconnaissance de Dubois, qui en remplit la cour et la ville'. N'osant pas éclater à cette occasion, il se rejeta sur les atteintes portées à la dignité des ducs et pairs : le sacre du jeune roi, dont l'époque approchait lui fournit un prétexte pour rappeler les promesses faites aux ducs et restées sans exécution. Il rédigea, à cette occasion, un long mémoire qu'il remit au régent. Nous publions cet écrit, d'après une copie de la Bibliothèque impériale *^ parce qull complète les Mémoires de Saint Simon et porte bien l'empreinte de son style brusque, nerveux, incorrect. Les contemporains ne s'y sont pas trompés; l'auteur de la réponse au mémoire de Saint-Simon reconnaît l'auteur au style, et le caractérise avec justesse : « Il est inutile, dit-il, que M. le de Saint-Simon désavoue ce mémoire. Son style laconique, sec, dur, bouillant, inconsidéré, lui ressemble trop pour que Ton puisse s'y méprendre. »
Cette pièce porte pour titre : Mémoire de M. le duc de Saint- Simon présenté à S. A,R. Monseigneur le duc d' Orléans ^ Vannée du sacre 1722, sur les prérogatives qu*il prétend que les ducs ont perdues depuis la régence de S. A. R. et quelques autres, qui leur ont été ôtées sur la fin du règne de Louis XIV; ce qui anéantit totalement ^ selon lui, la dignité de duc. En voici le le texte :
« Cette régence se peut appeler la persécution des ducs si déclarée et si ouverte qu'il n'est plus en la puissance de S. A. R. de lui ajouter que deux injures, savoir : le rétablis-
1. Mémoires de Saint-Simon, t. XIX, p. 389-390. — 2. Ibtd.y p. 391. 3. ReeueU Cangé, t. 67. Ce recueil se trouve aux imprimés de la Biblicthèque impériale, quoique beauc3up de pièces soient manuscrites.
sèment de M. du Haine et de ses enfants, et la préséance de M. de Lorraine à la promotion prochaine dans Tordre du Saint-Esprit. On ne doute point de la dernière, dont on se consolera aisément en refusant l'ordre, et quant à l'autre personne n'ignore que la considération des ducs n'est rien moins que ce qui Tempëche.
« Quelque fâcheux traitements que les ducs aient essuyés sous le dernier règne, pendant lequel ils se croyaient infiment maltraités, jamais rien d'approchant à ce qui leur a été fait, soit pour le poids des choses destructives de leur dignité, soit pour la manière, peut-être encore pour le nombre, à les [bien] considérer.
< Promesse du bonnet,- d'ôter le conseiller qui coupe les pairs, d'égaler les bancs hauts*, d'ôter Texclusion de la Touruelle*, faite aux pairs les derniers jours du règne du feu roi, et réitérée à MM. de Saint-Simon, Luxembourg, Berwick et maréchal de Villars, dans l'entre-sol de S. A. R., le jour que sa régence serait déclarée au parlement; instance qu'ils s'en départissent ce jour-là, convenant de la parole et de l'exécution s'ils voulaient, et promesse en ce cas de l'exécuter. Mais 8*il8 voulaient s'en désister ce jour -là, si important pour S. A. R., promesse de les mettre en exécution dans quinze jours. Cela se passa la veille du parlement ' dans le même entre-sol, entre S. A. R. et douze ou quinze pairs, qui y firent consentir les autres le lendemain à cinq heures du matin, chez l'archevêque de Reims, et qui répondirent de la parole de S. A. R., dont il avait été convenu avec elle qu'elle serait interpellée avant toutes choses en parlement et publiquement.
« Manquement à cette parole avec tous les affronts et les indignités qui firent, après, que le parlement se crut en état de tout entreprendre contre S. A. R.
1. La Tournelle était une chambre criminelle du parlement où les conseillers siégeaient à tour de rôle.
3. Voy. plus haut la séance du parlement (2 septembre 1715, p. 90 et suiv.).
«t Procès criminel contre M. de Richelieu S discussion des pairs à cet égard, en présence de S. A. R. , qui resta convaincue de leurs droits et des friponneries avérées au contraire. Parole de S. A. R. de les y maintenir; même succès que pour le bonnet.
< Traitement de M. de Richelieu à la Bastille et des ducs qui y allaient, égalé, pour premier et unique exemple, à tous les gens de qualité; plainte à S. A. R., et promesse avec pareil succès *.
« Excitation des gens de qualité contre les ducs, qui alla
jusqu'à disputer les honneurs du Louvre*, le tabouret, les
housses et le reste.
« Mémoire et assemblée de la noblesse, qui ne fut arrêtée
que lorsque S. A. R., commença à y voir clair et à craindre
pour elle-même.
« Affaire de M. le duc de la Forcée et suppression radicale de la dignité, avec tous les manquements de parole et affronts imaginables.
« Entrée et préséance des cardinaux au Conseil contre les paroles positives de S. A. R.
« A cette occasion, excitation des gens de qualité contre les ducs renouvelée. En conséquence, places prises et don* nées aux femmes de qualité et à celles qui, sous le feu roi,
2. Mimoiree de Saint-Simon, t. XIII, p. 344-345. Saint-Simon dit, dans les Mémoires, que le régent fit droit aux réclamations des ducs; mais la pièce que nous publions est plus digne de foi, puisque les événements étaient récents et que Saint-Simon s'adressait à un prince bien instruit de la Térité des faits. »
3. On appelait honneurs du Louvrf la prérogative qu'avaient certains personnages d'entrer dans le Louvre à cheval ou en voiture. D'après Favin (Théâtre d^honneur et de chexalerie, 1. 1, p. 371) , les honneurs du Louvre n'étaient accordés primitivement qu'aux princes et princesses de la famille royale. On les étendit dans la suite aux princes étrangers alliés de la maison de France, au connétable, premier officier de la couronne, et aux cardinaux légats du pape en France. Enfin on accorda les honneurs du Louvre à tous les ducs.
4. Voy. sur cette afiaire les Mémoires de Villars, cités plus bas dans l'article où sont examinés les passages de Saint-Simon relatifs à Villars.
n'eD ont jamais pu avoir les distinctfons, comme de manger à table, d'entrer dans les carrosses et d'être rangées au bal du roi, du Palais-Royal, au-dessus des duchesses, et * à Mme Saint-Pierre^, qui d'elle est fille de Fargès, et dont le grandpère de son mari, M. de Saint-Pierre, ne s'est jamais assis» à rile-Harie, chez la vieille duchesse de Ventadour.
c Le feu roi n'a jamais souffert tel mélange, et c'est la seule chose spécialement exprimée dans les lettres des ducs que leur préséance en toute assemblée de noblesse. Personne n'a ignoré la sortie qu'il fit à sa table, à Marly, à Mme de Torcy', qu'il crut vouloir rester au-dessus d'une duchesse arrivée après elle. Personne aussi n'a ignoré sa considération pour ses ministres et leur autorité sous son règne.
« Enfin sacre, auquel nul duc ne sert comme tel*; point d'exemple qu'aucun pair n'ait servi de représentant, et si on s*appuie sur la déclaration de 1711, nul exemple ni règlement n'exclut les ducs de présenter les honneurs.
« Insultes par le sieur Dreux à ceux qui les portèrent aux obsèques du feu roi'; mais on n*avait pas encore inventé de les faire présenter par des maréchaux de France.
< Nul exemple à mettre un duc ni même un maréchal de France, à porter les honneurs de l'offrande. On y met M. de Tallard, qui est l'un et l'autre, pour le confondre avec trois chevaliers du Saint-Esprit. La malice en. est visible : sur le pied où on a mis la noblesse, s'il refuse, la noblesse se ré-
1. Et pour atfut que est une tournure familière à Saint-Simon.
2. Voy. sur M. et Mme de Saint-Pierre, Métnotret de SainP^imoriy t. IV, p. «3-424, et surtout t. V, p. 204-205.