Mémoiret de Saint-Simon y t. XII, p
haine contre le maréchal de Noailles, et il n'a pas manqué de TassouTir dans ses mémoires.
n n'en fut pas de même avec la maréchale de Noailles* La lettre sulyante, adressée par Saint-Simon à cette dame, atteste une Ctttaine intimité ^ Il y est question de différents legs que la duchesse de Richelieu avait feits en mourant à la famille de Noailles : « Je n'ai pas oublié, madame, que vous aimez qu'on vous écrive, et pour avoir cet honneur-là, je ne pense pas qu'il soit besoin d'une meilleure occasion* qu'une pluie du ciel de 50 000 livres de rente, qui partagent passablement un cadet. Je vous assure, madame, que nous y prenons tous grande part, et pour vous, et pour toute votre famille, que je soupçonne de n'avoir pas le même goût que vous pour les lettres. Hais puisque vous en voulez, j'étendrai mon effrontene jusqu'à complimenter ici M. et Mme la maréchale d'Estrées, moins de la maison que du dépit qu'en ont les médecins ^ qui enrageaient bien de sa gloire en leur art, mais qui sont tout autrement sensibles à une belle maison qui en est le fruit. Au moins y verrons<nous un jour et en ordre cinquante mille volumes*. Je me borne à cet ornement pour Paris, et laisse aux dames à le presser d'y étaler le monde de curiosités de toute espèce qu'il préserve de l'air depuis si longtemps^, et dont il oublie sans doute la meilleure partie *.
1. Cette lettre a été publiée, d'après les manuscrits de la Bib. Impér., par M. Prs. Monnier, dans son ouvrage intitulé le chancelier d'Aguesseau^ p. 49&^96.
3. Tout ce qui concerne le maréchal d'Estrées a besoin d'explication. Saint-Simon a donné le commentaire dans ses Mémoires (t. IV, p. 83 et suiy.) n dit que le maréchal était «grand chimiste, grand ennemi des médecins ; il donnait de ses remèdes et dépensait fort à les faire (p. 85).»
3. « Il avait cinquante-deux mille volumes, qui toute sa vie restèrent en ballots presque tous. > Ibid,^ p. 83.
4. « Ce qu'il amassa d'étoffes, de porcelaines, de diamants, de bijoux, de curiosités précieuses de toutes sortes, ne se peut nombrer. » Ibid.
&• Allusion à un buste de Jupiter-Ammon «d'un marbre unique et de la première antiquité», que le maréchal d'Estrées faisait chercher à grand prix et qui se trouvait enfoui dans son magasin. Ibid.
.< Mme de Saint-Simon entre et se plaint que je ne vous parle pas assez, ni assez distinctement d'elle, et en vérité nous nous disons des choses si grossières de vous, par exemple, que nous vous aimons de tout notre cceuTy que cela nous foit bien sentir le long temps qu'il y a que nous sommes au village, et le besoin que nous avons de reprendre un peu Tair et les manières de la ville. Je compte d'avoir l'honneur de vous y aller bientôt faire ma cour, et vous assurer du respecti avec lequel je suis, madame, etc.
c Le duc de Saint-Simon.
5 La Ferté, 10 octobre 1729. »
Le second fils de Saint-Simon, le marquis de RuffecS épousa en 1733 la fille du secrétaire d'Ëtat d'Angervilliers; à Toccasion de ce mariage avec la fille d'un ministre, les haines se réveillèrent contre Saint-Simon et éclatèrent par des chansons satiriques. Bavin d'Angervilliers, qui était ministre de la guerre, n'avait pas fait grande figure dans la période qu'embrassent les mémoires de Saint-Simon. On n'y trouve sur lui que quelques lignes à la date de 1720 '. « Angervilliers, intendant d'Alsace, puis de Paris, eut l'expectative de conseiller d'État. On en fait ici mention à cause qu'on le vit depuis ministre et secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre, et que sa capacité le distingua extrêmement dans
l. Annand-Jean de Saint-Simon, marquis de Rufléc, né à Paris le 12 août 1699 y nommé giand d'Espagne de première classe le 20 janvier 1722, avait pris possession de cette dignité à Madrid le !•' février suivant. Il fut fait mestre de camp d'un régiment de cavalerie portant le nom de RuflTec, et ci-devant celui de Villepreux, par commission du 26 septembre 1717, et brigadier (général de brigade) des armées du Roi le 20 février 1734. Il obtint, au mois de mars 1735, l'agrément du roi pour le régiment de cavalerie vacant par la démission de son frère. Il épousa le 22 janvier 1733 Marie- Jeanne-Louise-Bavin d'Angervilliers, veuve de Jean -René de Longueil, marquis de Maisons et de Poissy, etc., fille unique de NicoIas-Prospei^Bavin d'Angervilliers et de Marie- Anne Maupeou.