‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 84 sur 328 · Mém. du due de Luynes^ t. IV, p · texte numérisé non relu

Mém. du due de Luynes^ t. IV, p

reoseig;nemeDt8 très-précis sur l'état de ses revenus en 1746 : « M. de Saint-Simon ne vient plus à la cour, écrit-il à le date du 26 mars 1746^; il n'y a point paru depuis que M. le Dauphin a été reçu chevalier de Tordre, à Fontainebleau*. M. de Saint-Simon a soixante-huit ans ; il avait un grand crédit sur l'esprit de feu M. le duc d'Orléans, dont il a obtenu plusieurs grâces pendant la régence : l'ambassade d'Espagne, dont la grandesse a été une suite» laquelle grandesse est I

encore une grâce particulière, parce qu'il obtint permission i

de la faire passer à celui de ses enfants qu'il voudrait ; une I

place au conseil de régence, avec vingt mille livres d'appointements, qu'il n'a pas voulu garder. Il obtint outre cela pour j ses deux enfants la survivance de ses deux gouvernements j de Blaye et de Sentis.. Blaye vaut 25 000 livres, dont 21 000 ; livres tous frais faits; Senlis 15 000, dont 13 000 tous frais ' faits. Ces deux gouvernements et la pension de l'ordre sont I les seuls bienfriits du roi qui restent à M. de Saint-Simon. En tout il jouit aujourd'hui de 1 73 000 livres de rente, sur quoi il a donné à chacun de ses garçons, en les mariant, 20000 livres de rente, et 10 000 livres, aussi de rente, à | Mme de Chimay sa fille. Il doit 900 000 livres en rentes constituées au denier vingt (5 p. 0/0), et 200 000 livres de dettes exigibles ; il doit outre cela 500 000 écus, qui est le bien de Mme de Saint-Simon, dont il revient 50 000 livres à sa fille, et le reste à liM. de Ruffec. Ses enfants ne veulent lui rien demander et qu'il jouisse de tout ce qu'il a. Pour mettre plus de netteté dans ses affaires, ils se chargent de lui fourbir 55 000 livres clair et net tous les ans, et du surplus ils en acquitteront toutes les charges de son bien. M. de Saint- Simon est l'homme du monde le plus incapable d'entendre les affaires d'intérêt, quoique cependant il soit extrêmement instruit sur toutes autres matières ; il a beaucoup d^esprit et

1 . Mémoires du duc de tuynes, t. IV, p. 445-446. t. U 13 mai 1742.

est très-bon ami. Mais comme c'est un caractère vif, impétueux et même excessif, il est aussi excessif dans son amitié. Par exemple, il conserve une reconnaissance infinie pour la mémoire de Louis XIII, duquel sa maison a reçu beaucoup de grâces, et entre autres l'érection du duché ; il n'a pas un appartement à la ville, à la cour, à la campagne, où il n'y ait le portrait de Louis Xni. »

Trois ans après la mort de sa femme, Saint-Simon perdit son fils atné le duc de Ruffec. Ce dernier avait une santé naturellement faible, dit te duc de LuynesS et qu'il avait voulu conduire dans sa jeunesse au-delà de ses forces ; il était froid et parlait peu ; ce qui faisait juger aux uns qu'il avait de la hauteur et aux autres qu'il avait peu d'esprit, et peutêtre Tun et Tautre à la plupart de ceux qui ne le connaissaient pas. Il est certain qu'il n'avait pas assez de politesse ; mais il ne manquait pas d'esprit. Il avait quarante-huit ans moins quelques jours. On l'avait dit mort dès le 15 juillet (1746), mais il ne mourut que le 16 au matin.

Au chagrin que cette mort prématurée dut causer à Saint- Simon, se joignaient des embarras pécuniaires. Il ne pouvait payer les 30 000 livres de rente qu'il devait à la duchesse douairière de Ruâec. Il en résulta un procès qui se prolongea jusqu'en 1749*.

Le mariage de la petite fille de Saint-Simon avec le fils du duc de Yalentinois fut la seule consolation de sa vieillesse. Il le fit célébrer dans sa chapelle particulière rue du Cherche-Midi, le 10 décembre 1749^ Mlle de Ruffec ne tarda pas à prendre le titre de comtesse de Yalentinois et eut la grandesse d'Espagne après la mort de son oncle, second fils du duc de Saint-Simone

Page 1