‹ Saint-Simon considéré comme historien de Louis XIV;Chapitre 97 sur 328 · Tome V, p · texte numérisé non relu

Tome V, p

qui fut présenté par M. le maréchal de Joyeuse et M. d'Aubigny. MM. les cardinaux, à celte cérémonie ici, n'ont point eu de sièges pliants; on leur a donné un banc, comme aux autres chevaliers. MM. les cardinaux d'Estrées et de Furstemberg y étaient. »

L'auteur de l'article de la Retme d'Edimbourg^ traduit dans la Réoue brUanniqitet s'écrie après avoir cité ce morceau : « Quelle platitude et quelle abondance dans la sécheresse I C'est pourtant là un échantillon qui vaut tous les autres des iû'folio de Dangeau. Voyons à présent Saint-Simon élargir et illuminer l'horizon'. En rencontrant le nom du duc de Lanti, il rédige d'abord en ces termes une note qui figure aux additions : « Ces Lanti ne sont rien du tout. Ils ont pris nom délia Rovere, parce qu'ils en ont eu une mère, et ces Rovère eux-mêmes étaient des paysans de Savone. Ce fut un pécheur de cette ville ou des environs qui fut père de François la Rovère, qui fut pape en 1471, et le fut quatorze ans sous le nom de Sixte IV. Ce furieux Jules II, élu en 1503, et qiii fut dix ans pape, était fils du frère de Sixte IV. Ils élevèrent leur famille, dans laquelle entra le duché d*Urbin et d'autres grands fiefs, par argent et par de grandes alliances, qui sont retournés aux papes, la plupart par usurpation. Ils ont eu trois ducs d'Urbin;«t le cardinal d'Estrées, comme on le verra ailleurs, fit donner l'ordre à ce duc Lanti à cause de la duchesse de Bracciano, sa belle-sœur, avec qui il était en très-étroite amitié et qui l'avait mariée elle-même, et qui devenue fameuse sôus le nom de princesse des Ursins, se brouilla si fort avec lui et les siens en Espagne. »

Ouvrons enfin les mémoires mêmes; nous y trouverons les mêmes menus incidents et renseignements historiques transformés comme il suit*: « L'année 1696 commença par un petit dégoût à des gens qui n'y étaient pas accoutumés.

]. Mémoires de Saint-Simon, t. T, p. 300.

no BIOGRAPHIE

Le roi donna Tordre à M. de Noyoa et à Guiscard, et à la cérémonie les cardinaux d'Estréea et de Furstemberg n'eurent qu'un banc comme tous les autres chevaliers. Peu à peu cette dignité, habile en usurpations, et heureuse à les tourner en droits, avait trouvé moyen d'avoir chacun un siège ployant à leur place auprès de l'autel, comme Monseigneur et Monsieur et la maison royale en ont auprès du roi, qui, à la fin, le trouva mauvais et le leur ôta. Us l'avalèrent sans oser dire mot.

c Au chapitre qui précéda cette cérémonie, le roi nomma à l'ordre le duc de Lanti, dont la femme était sœur de la duchesse de BràccianoS qui l'y servit fort par elle et par ses amis. 11 était à Rome et l'y reçut au grand contentement du cardinal d'Estrées, ami intime de la duchesse de Bracciano, et qui y avait le plus travaillé. Ces Lanti ne sont rien du tout ; ils ont pris le nom de la Rovère, parce qu'ils en ont eu une mère, et ces Rovèfe eux-mêmes étaient de la lie du peuple avant leur pontificat. François délia Rovère, qui fut pape en 1481 S et qui le fut quatorze ans sous le nom de Sixte lY, était fils d'un pécheur des environs de Savone, et ce furieux Jules II, pape en 1503, et qui le fut dix ans, était fils de son frère. Ils n'oublièrent rien pour élever leur famille par argent, par alliances, par troubles et par toutes sortes de voies. Le duché d'Urbin et d'autres grands fiefs y entrèrent, qui pour la plupart sont retournés aiuc papes. Ces la Rovère ont eu trois ducs d'Urbin. »

On voit comment Saint-Simon a fondu le texte de Dangeau, la note qu'il y avait ajoutée, et a transformé le tout. Dangeau fournil le fait, le constate en peu de mots, et donne la date exacte. Saint-Simon s'empare du fait et le met en relief : il anime, il vivifie les comparses du journal. Dangeau dit que les cardinaux furent assis sur un banc et non sur des sièges.

1. On a imprimé à tort dans l'édition Hachette : c dont la sœur était femfne de la duchesse de Bracciano. v

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