NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR SAINT-SIMON
le nom de Mme de Bawr '. Pendant l'année que dura ce mariage, Saint-Simon acheva de se ruiner par des réceptions brillantes , où. se pressaient tous les hommes célèbres du temps dans les sciences, dans les lettres et dans les arts.
Après ce mariage rompu, Saint-Simon recommença ses voyages. Il alla en Angleterre, où, dit-il, il ne rencontra aucune idée « neuve i, en Suisse et à Genève, d'où il alla rendre visite à Mme de Staul à Goppet, et, dit-on, lui proposa de J'épouscr pour expérimenter ce que produirait l'union d'un homme et d'une femme de génie. Il alla aussi en Allemagne.
C'est vers cette époque qu'il commença ses publications. La première est de 1803, et est intitulée : Lettres d'un habitant de Genève. Cet ouvrage était anonyme; ce n'est que depuis la mort de Saint-Simon que l'on sait qu'il est de lui. Olinde Rodrigues luimême, l'ami le plus intime et le plus fidèle du Maître, considérait Vlnlrodaction aux travaux scientifiques du XIX'- siècle comme le premier ouvrage de Saint-Simon. Celui-ci l'a dit lui-même, désavouant en quelque sorte un premier écrit anonyme. Cependant l'authenlicite de cet ouvrage est incontestable. Saint-Simon en eftet l'avait adressé au Premier consul avec une lettre autographe, qui ne lui est jamais parvenue. Cet exemplaire, avec la lettre, a été retrouvé et acheté plus
tard dans une vente publique par un des disciples de Saint-Simon, Lambert -Bey.
Au reste, nous écartons de cette biographie ta liste des ouvrages de Saint-Simon, que l'on retrouvera plus loin dans la notice bibliographique.
La ruine de Saint-Simon avait été telle que, vers 1808, nous le voyons réduit à la misère, et obligé d'accepter une place de 1000 francs par an au Montde-Piété, pour neuf heures de travail par jour, et ne la garder que six mois. Le hasard lui ayant f^it rencontrer son ancien valet de chambre Diard, qui avait lait fortune, celui-ci lui offrit de le recueillir chez lui, et de subvenir aux frais de ses publications : fait remarquable qui prouve l'ascendant exercé par Saint- Simon sur ceux qui l'avaient approché. Ge fut pour Saint-Simon une période heureuse ; mais la mort de Diard en 1810 le laissa encore une fois sans ressources. Saint-Simon, qui avait fait toutes les expériences, ne reculait pas davantage devant celle de la mendicité. Ses Mémoires sur la science de l'homfne furent adressés par lui à tous les premiers personnages de l'Empire avec une lettre d'envoi, où il confessait sa détresse, et demandait humblement des secours. Elle commençait ainsi : a Monseigneur, soyez mon sauveur; je meursde faim... Depuis quinze jours je mange du pain et bois de l'eau ; je travaille sans bois, et j'ai vendu jusqu'à mes habits pour fournir aux frais de copie de mon travail. » On ne nous apprend pas comment Saint-Simon put sortir de cet abîme de misère, et quelle ressource il trouva alors.