‹ Saint-Sulpice et les missions catholiquesChapitre 11 sur 16 · GENTILLY ET LA PRESENTATION · texte numérisé non relu

GENTILLY ET LA PRESENTATION

M. de Queylus retira de la barbarie et de la captivité le plus d’enfants indiens qu’il put racheter des mains des Iroquois, ou obtenir de leurs parents pour les faire instruire. Les garçons d’abord furent installés au séminaire, où ils reçurent une éducation élémentaire, puis apprirent un métier; quand ils y devinrent habiles, il les envoya en France pour s’y perfectionner.

Vers 1694, M. de Fénelon, revenu de Kenté, fit l’acquisition des îles Courcelles, et y transporta cette école, dont la commensalité entraînait des inconvénients pour le séminaire. Là, il les exerça à toutes sortes de métiers. Il donna à cette école le joli nom de « Gentilly ».

En face, sur l’île de Montréal, le Séminaire fit construire un fort et une chapelle qui devint le centre d’une nouvelle mission, pour la côte du lac Saint-Louis, depuis Lachine jusqu’au « bout de l’île de Montréal ». Les Messieurs du séminaire la desservirent tour à tour, jusqu’à ce que la cure de Lachine devint fixe et permanente. Sur cette côte, fréquentée surtout par les marchands de Montréal livrés à la traite des pelleteries, se construisirent plusieurs forts pour leur protection: car là abordaient et s’arrêtaient les flottes des canots indiens chargés de fourrures. En partant de Montréal, s’échelonnaient le fort de «Verdun», le fort « Remy » ou de Lachine, le fort « Rolland » et enfin le fort de la « Présentation ». Déjà Montréal rayonnait dans l’Ile, et commençait à former cette couronne de paroisses qui va l’entourer.

La mission de la Petite Lorette donna lieu à la fondation du Sault-au- Recollet. Celle de Gentilly donna lieu plus tard à celle de Lachine.

L’Ile aux Tourtes

Vers le même temps, M. d’Urfé, revenu avec son cousin l’abbé de Fénelon, de la baie de Kenté,

assembla en un village les familles dispersées des Nipissingues, errants sur l’île de Montréal, et dans les îles adjacentes. C’était une tribu de race algonquine, de moeurs dociles, facile à conduire. Il les fixa au fond de cette baie qui s’ouvrait vis-à-vis Sainte-Anne, avant que le canal fut construit, pour en franchir les rapides. Dès lors cette baie prit le nom de « Baie d’Urfé », qui lui est resté. M. d’Urfé s’appliqua à les évangéliser, à les instruire et les civiliser: il en fit de bons chrétiens, et un corps de guerriers fort courageux que les gouverneurs estimaient et caressaient beaucoup. Ils rendirent à la France d’appréciables services contre les Iroquois et contre les Anglais.

En même temps se fondait sur la rive l’église Saint-Louis pour le service de la mission des traiteurs, qui, de plus en plus, se fixaient à la pointe de l’île de Montréal, pour arrêter les sauvages à la descente au-dessus des cascades et accaparer les pelleteries qui se rendaient à Montréal.

Le gouverneur Perrot, qui avait mal remplacé M. de Maisonneuve, y avait établi deux comptoirs, l’un sur l’île de Montréal, l’autre vis-à-vis sur l’île Perrot.

Le Découvreur, ancien compagnon de La Salle, son fils d’Youville, et Senneville habitaient audessus de la baie d’Urfé et d’autres en grand nom-

bre. Cette population reçut les services de M. d’Urfé, et ce fut l’origine de la paroisse « Saint- Louis ».

M. de Breslay, ancien gentilhomme de la Chambre du Roi, succéda à M. d’Urfé. Voyant que la société des vendeurs d’eau-de-vie était peu édifiante pour ses néophytes Nipissingues, auxquels il s’etait attaché avec zèle, il demanda à M. de Vaudreuil de lui céder « l’île aux Tourtes » qui lui appartenait, et l’ayant obtenue, il y transporta sa mission indienne. Cette île est située vis-à-vis le « fort Senneville ». M. de Breslay desservait en même temps la paroisse Saint-Louis; mais il changea bientôt son nom en vertu d’un voeu qu’il avait fait.

Il fit construire à ses frais une maison sur l’île aux Tourtes, qui servait de chapelle, de presbytère et de fort. Les gouverneurs et intendants, le Roi qui l’aimait, et le ministre lui remboursèrent ses frais et lui envoyèrent de beaux ornements.

Un jour, traversant sur la glace, il se fractura la jambe, et resta impotent, sans secours pour se relever; il adressa un voeu à sainte Anne et se trouva soudain transporté près d’une habitation, dont le propriétaire le recueillit et le conduisit à Montréal, où bientôt il fut guéri. Il revint à Saint-Louis que désormais il appela « Sainte- Anne » ; le nom

Une vue de la seigneurie d’Oka.

Une vue du bois de pins.

est resté et avec le nom la dévotion à l’Aïeule du Sauveur, qu’invoquent avec ferveur les « Cageux » qui sautent les rapides de l’Ottawa.

M. de Breslay passa en Acadie, et la mission de l’île aux Tourtes se fondit avec celle des Algonquins du Lac-des-Deux-Montagnes en 1721.

Du côté de l’est, M. de Queylus avait fait des concessions qui amenèrent la fondation de la Pointe-aux-Trembles. Ce fut le dernier service qu’il rendit à la Colonie de Montréal. Rappelé par des affaires de famille, qu’il voulait régler pour réunir ses biens et consacrer sa fortune au progrès de la Seigneurie, il passa en France, tomba malade, se retira au Mont-Valérien, dont il devint supérieur, puis sentant venir la mort, il se retira à Saint-Sulpice (1677), où il fut enterré. Il a été d'une bonté et d’une charité extrêmes et un des plus généreux bienfaiteurs de Ville-Marie.

L’année précédente était mort, à Paris, M. de Bretonvilliers, seigneur de Montréal; c’étaient deux pertes irréparables; ils avaient été les principaux soutiens de l’oeuvre de M. Olier.

Monsieur Louis Tronson

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