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LE NOUVEAU SEMINAIRE DE BALTIMORE

nées terribles et luire l’aurore de la situation nouvelle (1793-1813).

Après le traité de Paris (1664), les seigneurs de Paris avaient généreusement cédé leurs droits et la propriété de leurs biens au séminaire de Montréal. M. Montgolfier, supérieur à Ville-Marie, et ses successeurs, étaient devenus « seigneurs de Montréal » et administrateurs de la colonie.

M. Humbert fut envoyé au Lac et ne prit plus que le titre modeste de « directeur de la mission. » (1813.)

Le travail durant cette ère malheureuse fut écrasant pour les missionnaires, particulièrement chez les Algonquins, dont la tribu s’était considérablement accrue par l’accession des Têtes-de- Boules et des Ottawas, qui s’assemblaient au Lac pour la traite des pelleteries et la « mission ».

Les prêtres du Lac ont été aussi fort occupés à composer plusieurs ouvrages utiles aux missionnaires. M. Mathevet nous a laissé un Traité de la pénitence, des Sermons en iroquois et un cahier d’ Observations grammaticales. M. Robert a laissé un Examen de conscience français et iroquois, une Grammaire de la langue. M. Guichart composa un Manuel français-algonquin d’examen de conscience qui existe encore à la mission, plusieurs Instructions dans les deux langues et des livres de

chant notés à l’usage des deux choeurs du Lac des Deux-Montagnes.

Mission de la Présentation

La mission de la Présentation sur le Saint- Laurent, vulgairement appelé la Galette, est une fille de la mission du Lac des Deux-Montagnes. Elle fut fondée par M. l’abbé Picquet, dans un double but religieux et politique: religieux, elle aspirait à ramener à la foi les cinq nations iroquoises déjà plusieurs fois évangélisées; politique, parce que le gouvernement espérait, par la mission, rattacher tous les Iroquois et les nations de l’Ouest à l’alliance de la France, au moment où la guerre contre l’Angleterre et ses Colonies allait éclater.

Cette mission, qui entrait dans les plans de M. Olier, conduisait Saint-Sulpice à l’entrée de la vallée de l’Ohio et, par le pays des lacs conquis à l’Evangile, reprenait la mission projetée par M. Dollier et M. de Queylus, portait Saint-Sulpice jusqu’à l’Illinois et la vallée du Mississipi, où était déjà descendu M. de Montigny.

La Galette fut un grand élan d’expansion

vers l'Ouest, qu’encouragea beaucoup la Cour de France; par suite des mêmes vues et des mêmes intérêts, elle fut fortement appuyée par le gouverneur et l’intendant de la Nouvelle-France, et désirée vivement par l’évêque de Pontbriand, un Breton éminemment français et un saint prélat.

La mission sortit du Lac, sous la conduite du vénérable et entreprenant abbé Picquet, dont Lalande, son compatriote, a publié l’intéressante biographie dans les Lettres édifiantes.

L’abbé Picquet réunissait dans sa personne les qualités d’un excellent missionnaire et était capable de faire un incomparable chef de guerre égal à Saint-Castin, de l’Acadie. Peu de prêtres eurent sur les tribus indiennes l’influence dont il a joui. Un peu de temps encore, et il eût déchaîné contre les « Bostonnais » toutes les tribus à l’ouest des Alléghanys jusqu’à l’Océan Pacifique; il eût réalisé les plans de Cavelier de La Salle et donné l’empire d'un monde à la France. Cet esprit était digne de M. Olier. Au Lac, M. Picquet avait trouvé bientôt le cercle de son action trop restreint et avait conçu le plan de fonder une mission sur la rive sud du Saint-Laurent, au-dessous des « Mille- Iles, » vis-à-vis Prescott, là où le fleuve, rétréci, pouvait offrir un passage aux Anglais pour envahir le Canada: il était à la porte des Cantons iroquois

et dans un poste plus avantageux que celui du fort Frontenac.

Jadis, Saint-Sulpice avait conquis à la religion toute la rive nord de l’Ontario et du lac Erié, M. Picquet reprit au sud cette mission. Il arriva vers 1749, sur les bords de la rivière « Souekatsi ». Le 1er juin, il ouvrit le registre des baptêmes, des mariages et des sépultures, par une lettre latine de grand style et de grande écriture; tout en lui était magnifique, sa personne, ses écrits, et ses oeuvres, comme les horizons du lac Ontario, qu’il visita en canot, pour recueillir des catéchumènes pour l’Eglise, des guerriers pour la France, à la veille des derniers et héroïques combats, victoires, et défaites plus glorieuses que les victoires, qui signalèrent ces dernières années de son empire sur le continent américain! De la Galissionnière, Bigot, l’intendant, voyaient avec plaisir renaître à la Galette le fort et l’influence de Cataracoui. Ces guerriers étaient surtout des Onontagués et des Onnéiouts, tribus iroquoises des plus portées vers l’alliance de la France. M. de Blainville commandait ce poste français en 1752.

Mgr de Pontbriand, évêque de Québec, le visita accompagné de MM. Montgolfier et Normand, grand-vicaire et seigneur de Montréal, dès cette seconde année. M. Picquet présenta au

baptême et à la confirmation cent trente néophytes, et le pontife y bénit dix-huit mariages qui firent comprendre l’importance et l’avenir de cette mission. M. Picquet, qui avait le talent de faire réussir les grandes démonstrations, y retint l’évêque quatre jours. La retraite produisit ses fruits, et, à la fin de l’année suivante, la Présentation compta deux cent trente baptêmes. Elle égalait le Lac.

Il fallait des ouvriers pour soutenir cette ferveur, et des secours pour pourvoir à son entretien et à sa défense. En 1754, M. Picquet passa en France. Il obtint du Roi des présents pour sa chapelle, des renforts pour le poste et la garnison, et ramena à Montréal neuf nouveaux missionnaires dont deux pour la Galette, M. François-Auguste Magon de Ferlaye et M. Pierre-Paul-François de la Garde.

Ils furent ensuite rejoints par MM. Besson, Depéret et Guen. Celui-ci, dans les moments de loisir que lui laissait son ministère, herborisait et transformait ses régistres en herbiers; il y avait recueilli le ginsen du Canada et plusieurs autres plantes curieuses.

Durant la guerre de 1757-1758, l’abbé Picquet fut toujours sur pied, recrutant des alliés pour la France, suivant les armées et ses guerriers dans leurs nombreuses expéditions à Chouaguen, à

Oswego, à William-Henry, à Carillon; déployant un zèle sans bornes et les ressources de son intelligence, de son intrépidité; communiquant le feu sacré du patriotisme à toutes les âmes. Les officiers le contemplaient avec admiration et étonnement. « L’abbé Picquet, disait le gouverneur Duquesne, me vaut mieux que dix régiments. »

Les Anglais tremblaient à l’approche des guerriers iroquois, conduits par le missionnaire, et pour s’en défaire, ils mirent bravement sa tête à prix: mais qui eût osé frapper le « Grand Chef » au milieu de ses guerriers? Ses ennemis avaient plus de peur d’être scalpés, que lui n’avait peur d’être pris.

Toutefois, après la guerre, les généraux anglais ne purent refuser leur estime à l’intrépidité et à l’habileté du sulpicien. Ils offrirent à M. Picquet de servir l’Angleterre dans la colonie, comme il avait servi la France: c’était de bonne politique, il aurait pu gagner les Indiens à la cause anglaise, et aurait épargné aux vainqueurs bien du sang répandu pour les soumettre.

L’honneur du Français ne crut pas devoir accepter ces offres. Il se retira vers le Mississipi. A travers mille périls, il gagna la Louisiane et revint mourir à Paris, plein de mérites.

Ses compagnons, restés à la mission de la Pré-

sentation, entreprirent plusieurs courses lointaines pour desservir les annexes. Ils avaient en particulier à prendre soin de la grande « Ile des Galots » et de la petite île Picquet. La dernière sépulture de la mission fut faite par M. de la Garde, le 25 juillet, et il y reçut l’abjuration d’un soldat allemand du régiment de Béarn et rentra au Lac des Deux-Montagnes.

Mission de L’Ohio, du Mississipi, de Baltimore

La cession du Canada à l’Angleterre, la déclaration de l’indépendance des Etats-Unis changèrent le régime religieux de l’Eglise de Québec, la forcèrent à renoncer à l’évangélisation des anciennes provinces françaises, devenues américaines, et mirent le séminaire de Montréal dans l’impossibilité de s’occuper des missions à l’ouest des Alléghanys.Le plan de M. Olier devait-il échouer? non, car c était aussi le plan de Dieu, et malgré les révolutions des empires, la Providence trouve infailliblement le moyen de réaliser ses projets, sans qu’aucune puissance puisse la faire échouer.

Napoléon venait de dissoudre Saint-Sulpice de Paris; M. Emery, son supérieur, était exilé et

ses membres dispersés. Il chercha hors de la France un asile pour la compagnie, et se rappelant les anciens projets de M. Olier, il pensa à l’établir aux Etats-Unis.

Dans quelle partie?... les traditions de Saint- Sulpice y répondaient: dans les provinces qu’arrose la rivière de l’Ohio et dans celles que le Mississipi baigne de ses eaux; ces contrées chères à M. de Bretonvilliers, M. de Queylus et M. Tronson, qui en avait fait lever le plan par M. de Belmont, et où même il avait envoyé M. de Montigny; c’étaient celles qu’ils avaient désignées à leurs missionnaires et ce furent celles que, par tradition, M. Emery indiqua à ses prêtres comme choisies d’avance dans les vues de leur fondateur.

Jacques-André Emery, le neuvième supérieur de Saint-Sulpice, était un prêtre à larges vues, d’un amour ardent pour l’Eglise, d’un courage invincible en face de la guillotine. Son influence se fit sentir dans le clergé de France, et aussi sur l’homme dont l’orgueil écrasait le monde, et prétendait soumettre les âmes et l’Eglise à son empire.

En 1790, pour sauver sa compagnie de la destruction, M. Emery se préparait à envoyer une troupe de missionnaires fonder un séminaire dans la vallée du Mississipi, lorsqu’il fut informé que

le Saint-Siège fondait un évêché aux Etats-Unis: ce premier siège était placé à Baltimore. En même temps, le nonce du Pape, Mgr Dugnani, lui conseillait de changer ses plans et de fonder son séminaire dans le Maryland.

Obéir au Pape, c’était obéir à M. Olier, qui n’eût pas refusé d’obéir au nonce, parlant au nom du pontife. M. Emery envoya donc en Angleterre M. Nagot, pour mettre sous les yeux de Mgr Carroll, nouvellement consacré évêque de Baltimore, le dessein de la compagnie.

A la première information de ce projet, l’évêque de Baltimore remercia Dieu de l’occasion favorable qui répondait si bien à ses désirs et à ceux du Saint-Siège.

Il avoua qu’il n’avait nul autre secours à offrir pour cette oeuvre que sa bonne volonté, et que Saint-Suîpice aurait à faire les frais du voyage et de l’installation.

Au retour de M. Nagot, la Providence avait déjà procuré à M. Emery les moyens nécessaires pour conclure l’affaire avec le prélat américain. La Providence vient toujours à temps.

Le choix des missionnaires fut fait: M. François-Charles Nagot fut le supérieur du nouvel établissement; c’était un homme aussi instruit que pieux, le premier directeur au séminaire de Pa-

ris, après M. Emery. Ses aides furent MM. Tessier, Levadoux et Garnier qui, plus tard, devint supérieur général du séminaire de Saint-Sulpice.

M. Nagot et ses compagnons s’embarquèrent le 8 avril 1791. Ils emmenaient avec eux cinq ecclésiastiques comme pépinière d’un séminaire. Par un heureux hasard, Chateaubriand était du voyage. Il allait, disait-il, au pôle nord; il ne dépassa pas la chute de Niagara.

Sur le vaisseau se trouvait un jeune officier anglais par la conversion duquel M. Nagot débuta dans sa mission.

Arrivés à Baltimore les sulpiciens achetèrent une ancienne maison et les cinq acres de terre qui l’environnaient, The One Mile Tavern : c’est là que fut établi le premier grand séminaire des Etats-Unis.

L’émigration française put dès lors avoir un but et un vaste champ ouvert à ses travaux.

L’année suivante, au mois de mars, MM. Chicoisneau, David et Flaget vinrent se joindre aux premiers directeurs, avec deux étudiants, MM. Badin et Barret. Au mois de juin, MM. Maréchal, Richard et Ciquard, en 1794, M. Dubourg, vinrent à leur tour prendre part à la mission. Parmi les élèves du séminaire, un jour, on aperçut le

jeune prince Démétrius Galitzin de la maison de Russie.

Les catholiques au Maryland étaient encore peu nombreux, les vocations rares, et le nombre des séminaristes n’égalait pas le nombre des nouveaux arrivants.

Mgr de Baltimore ne put les employer tous au séminaire. Le besoin était grand, dans le diocèse, il dut en consacrer quelques-uns, dans des collèges, à l’éducation, et les autres furent envoyés en mission. M. Dubourg devint supérieur du collège de Georgetown. M. Flaget, envoyé missionnaire à Vincennes, devint évêque de Bardstown, puis de Louisville. M. David travailla au Maryland, au Kentucky et devint coadjuteur de l’évêque de Bardstown ;MM. Badin et Dilher travaillèrent dans la vallée de l’Illinois et du Mississipi, au Kentucky comme M. David, comme M. Dubourg qui devint évêque de la Nouvelle-Orléans. MM. Garnier, Maréchal, Tessier évangélisèrent les environs de Baltimore. Les abbés Tournier, Rivet, Salmon, Barrier, Olier annoncèrent la bonne nouvelle dans la vallée du Mississipi, travaillant à Vincennes, au Kentucky, aux Illinois, et à la Louisiane, tandis que M. Gabriel Richard, missionnaire puis évêque de Détroit, et député au

congrès du Michigan, exerçait sa douce et salutaire influence dans la vallée de l’Ohio.

En 1793, quarante mille catholiques chassés, par la persécution, de Saint-Domingue, de la Martinique, de la Guadeloupe, émigrèrent aux Etats-Unis, avec beaucoup de mulâtres, et vinrent seconder l’oeuvre des missionnaires, y développer l’agriculture, les arts, les sciences, la civilisation chrétienne, y faire tomber de vieux préjugés, préparer l’ère de liberté qui y règne aujourd’hui, et donner des modèles à la formation des paroisses catholiques. La persécution avait déjà jeté plus de sept mille Acadiens, dispersés en 1755-56, sur tout le territoire. Pour eux, l’Eglise catholique fut surtout douce et compatissante.

Ce n’est pas seulement à l’ouest des Alléghanys que travaillèrent nos missionnaires sulpiciens et français. M. Dubois, après avoir fondé St. Mary de Baltimore, devint plus tard évêque de New- York; l’abbé François Matignon fut missionnaire à Boston et Mgr de Cheverus en fut le premier évêque.

M. Ciquard, expulsé du Canada par le gouverneur Haldimand, vint évangéliser les Indiens du Maine, du Nouveau-Brunswick et puis rentra en Canada, devint curé de Saint-François-du-Lac et enfin missionnaire à Montréal, où, après ses

émouvantes pérégrinations, il réussit à mourir en paix. L’abbé de la Valinière, poursuivi pour la même cause, visita les missions du Mississipi, puis vint à Albany où il fit imprimer sa vie en vers français, et fit preuve, dans l’état de New-York, d’un zèle apostolique fort nuancé d’originalité, quoique fort sincère.

L'émigration apostolique, la fondation du collège de Georgetown et du grand séminaire de Baltimore donnèrent au diocèse une stabilité qui permit à Mgr Carroll de réunir son premier synode et de solliciter du Saint-Siège l’établissement de la hiérarchie ecclésiastique.

A la suite du clergé, sur la terre protestante des Puritains, apparurent les floraisons du Carmel, de Sainte-Claire, de la Visitation, des Soeurs de la Charité, et les anciens ordres religieux du temps de Colomb.

Le siège de Baltimore, érigé en archevêché, avec quatre sièges suffragants, était en ce plein progrès d’expansion qui devait amener la prospérité d’aujourd’hui, lorsque, le 3 décembre 1815, mourut le premier archevêque de la grande République. Cette perte fut pleurée des catholiques et des protestants comme une calamité publique. Son troisième successeur fut Mgr Maréchal, du séminaire de Saint-Sulpice de Baltimore.

En 1816, mourut aussi M. Nagot, le fondateur du séminaire, dont le nom s’est identifié avec celui de l’Eglise d’Amérique. Il lui a fourni la plus grande partie de son premier clergé; il a travaillé avec un grand zèle auprès de la population catholique française; sage confesseur, bon prédicateur, il fut, en outre, un modèle d’humilité; écrivain, il a laissé une vie de M. Olier, une traduction française du cathéchisme de Butler, et plusieurs recueils des conversions qu’il avait opérées.

Ces récits donnèrent lieu à une autre très étonnante conversion, celle de M. Richard. Ce ministre méthodiste, qui admirait l’Eglise de Ville- Marie et son clergé, s’avisa un jour de vouloir les convertir. Il vint à Montréal, se mit à endoctriner les prêtres du séminaire; c’est là que la grâce l’attendait: ce fut lui qui fut converti et demanda à entrer à Saint-Sulpice. Baltimore et Montréal recueillaient les fruits de leur apostolat.

Plus de deux mille prêtres et beaucoup d’évêques sont sortis du grand séminaire de Baltimore. C’est par ce clergé laborieux et intelligent que, de l’est à l’ouest des Etats-Unis, les peuples ont été évangélisés. C’est par ces vaillants travailleurs que les vues de MM. Olier, Tronson, Emery ont été accomplies dans les Etats de la Louisiane, du Mississipi, de l’Arkansas, du Tennessee, du Kentucky,

de l’Ohio, jusqu’aux lacs Michigan, Erié, Ontario.

On sait que Saint-Sulpice dirigea les grands séminaires de Boston et de New-York au début du XX e siecle. De nos jours, outre les trois séminaires de Baltimore , les sul piciens dirigent encore un séminaire universitaire à Washington, les deux séminaires de San-Francisco, et s’apprêtent à fonder le petit séminaire de Seattle. — (Note de l’éditeur.)

College de Baltimore

M. Rousseau, pour montrer l’influence de Saint-Sulpice sur les laïcs des Etats-Unis, raconte rapidement l’histoire de St. Mary’ s College devenu de nos jours St. Charles’ College, et magnifiquement établi, aux portes de Baltimore, à Catonsvi lie. — (Note de l’éditeur.)

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