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Chapitre III

Monsieur Quiblier. Sainte Anne de Spitalfield. Le Couvent de la Vierge Fidele

L’année 1847 vit s’installer à Londres un nouveau missionnaire que lui envoyait M. de Courson, Supérieur Général de Saint-Sulpice à Paris: c’était M. Joseph-Vincent Quiblier, grand-vicaire de Mgr Bourget, ancien Seigneur de Montréal, de Saint-Sulpice, et du Lac-des-Deux-Montagnes, Supérieur du Séminaire de Ville-Marie, qui après avoir rempli pendant 21 ans les plus grandes charges de la Maison, venait par obéissance et par charité répondre aux voeux de Mgr Wiseman, et reprendre la vie de pauvre missionnaire dans un des quartiers les plus abandonnés de la capitale de la riche Angleterre.

Il s’établit à Spitalf ield de Norwood, près de Londres.

Nous lisons dans les annales du couvent de la Vierge-Fidèle: « Lorsqu’en 1848 il fut question de trouver un asile en Angleterre, dans le cas d une nouvelle révolution en France, le Supérieur ecclésiastique du Couvent de la Vierge-Fidèle-de-la- Délivrance, au diocèse de Bayeux, le Rév. Père Paulet, consulta plusieurs personnes distinguées à Paris. Il vint à Saint-Sulpice, exposa ses embarras au Supérieur Général de la Compagnie. M. de Courson lui désigna un de ses confrères, résidant à Norwood, ville des environs de Londres, et cherchant les moyens d’y fonder une mission catholique et en même temps une congrégation religieuse pour les pauvres orphelines irlandaises, réfugiées dans ce district en grand nombre. Le Père Paulet écrivit une lettre à M. Quiblier; elle est reçue par lui, comme une réponse du Ciel à ses instantes et ferventes prières. Il communiqua à Mgr Wiseman, Vicaire Apostolique de Londres, la lettre du Père Paulet. Le prélat ne demandait pas autre chose qu’un pareil établissement, il l’accueillit avec un vif empressement. »

Sur l’appel du prélat, le P. Paulet accourut à Londres, accompagné de deux religieuses. «Rien de plus touchant que la sainte et pieuse joie avec

laquelle le Père Quiblier reçut les pèlerins à Saint- Catharine’s-Docks, et les conduisit dans une grande école catholique allemande, qui venait de se fermer; le vieux prêtre germain demeurait encore avec le curé, à Castle-House. »

M. Quiblier présenta les religieuses et leur Supérieur à Mgr Wiseman qui insista pour que la fondation se fît.

Le curé eût bientôt trouvé un couvent. Il fut aidé par le zèle dévoué d’un nouveau converti, M. James Pursele, qui demeurait dans les environs, et dont la soeur entra plus tard dans la Congrégation de la Vierge-Fidèle.

Le 14 septembre 1849, M. Quiblier, au comble de ses voeux, reçut la première colonie des religieuses de la Délivrance. Elles étaient dix-huit, conduites par la Supérieure, la Rév. Mère Sainte- Marie. Il les installa à Sydenham-Grove, et là, il fit ce qu’il avait fait à Montréal, il favorisa leurs écoles, avec un dévouement sans bornes, et désintéressé. Pendant les vacances du chapelain, il s’offrait à le remplacer près des religieuses, leur donnant les exemples les plus édifiants de piété, faisant tous les matins une heure d’oraison à genoux devant le très Saint-Sacrement, et cherchant toutes les occasions de faire valoir leur établissement, se tenant toujours à l’écart, quand il voyait une oeu-

vre réussir, pour en laisser la gloire aux autres. Il fit toutes les démarches possibles pour retirer les enfants catholiques des W ork - Houses protestantes, mais là, il essuya un refus formel; il offrit alors de leur distribuer l’éducation religieuse, mais le fanatisme puritain ne put accéder à pareille concession.

Au mois d’octobre 1851, M. Quiblier vint visiter son Orphelinat à Norwood. Il fut heureux d’y trouver environ quatre-vingts orphelines. Le 19 mars 1852, il y assista pour la dernière fois à la fête de saint Joseph, son patron; il y fit ses adieux avant de se rendre à Paris.

La mission de Sainte-Anne de Spitalf ield fut une autre fondation de M. Quiblier, en Angleterre.

En 1843, Mgr Wiseman, consulté par les Pères Maristes de Lyon sur un projet d’établissement dans le Royaume-Uni de la Grande-Bretagne, en vue de missions diocésaines, leur conseilla de fonder à Londres une maison de missionnaires.

Quelques années plus tard, M. Quiblier, informé de l’état d’abandon religieux où se trouvaient environ six mille catholiques irlandais établis sur les bords de la Tamise pour y gagner leur vie, alla s’établir au milieu de ces pauvres gens. Ils

avaient loué une chambre, dans la partie orientale de Londres à Spitalf ield, où ils s’assemblaient pour prier: un des anciens récitait le chapelet, un second plus instruit y faisait une lecture de piété.

M. Quiblier, dès son arrivée à Londres, s’était attaché à cette intéressante colonie et Mgr Wiseman promit de lui donner un prêtre, dès qu’on aurait trouvé une maison convenable pour y dire la messe.

Dans le voisinage se trouvait l’école allemande dont nous avons parlé; M. Quiblier en fit l’acquisition, la transforma à la fois en presbytère et en chapelle; l’autel fut dressé dans la salle la plus vaste, et l’évêque y députa deux jeunes prêtres pour y exercer le ministère sous la direction de l’abbé Quiblier, M. de Courson, supérieur général de Saint-Sulpice, lui ayant accordé l’autorisation de se dévouer à cette mission de charité.

Les trois prêtres multiplièrent les catéchismes, les instructions; organisèrent des groupes de femmes dévouées qui s’en allaient deux à deux par les quartiers de Spitalf ield, de White Chapel, de Bethnal-Green, cherchant au milieu d’une population de soixante mille protestants, les catholiques: hommes, femmes et enfants, pour les préparer à leur première communion, ou les ramener à la pratique de la religion.

Le zèle des missionnaires obtint de premiers résultats satisfaisants. En peu de temps, ils comptèrent plus de deux cents personnes fréquentant les sacrements. Bientôt les exercices religieux furent suivis par un nombre toujours croissant de fidèles irlandais et cette année les communions pascales devinrent fort nombreuses.

Le chant des litanies de Lorette, qui avait lieu les dimanches, les lundis et les jeudis soirs de chaque semaine, attiraient beaucoup de fidèles. Le lundi de la Semaine Sainte, Mgr Wiseman vint visiter cette pauvre mission et félicita le directeur, les auxiliaires et les fidèles de s être «placés en si peu de temps à la tête de toutes les missions de Londres. »

L’élan était donné. Après Pâques, on compta trois cents premières communions et cinq cents confirmations, cinq mille communiions en cinq mois et des retours nombreux à la pratique de la religion: ce qui englobait la population irlandaise, presque en son entier. Ce n’était que la réalisation d’un succès prévu: l’Irlandais ne demande que des prêtres pour ne pas rougir de sa foi.

La mission cependant était fort pauvre, si pauvre que le très Saint Sacrement reposait dans un tabernacle sans garniture et sans lampe; que le missionnaire, portant le Saint Viatique aux ma-

lades, était parfois obligé de le déposer à terre, ne trouvant dans la chambre du mourant pas même un escabeau pour l’y recevoir.

A la vue de cette détresse qui déchirait son coeur, M. Quiblier comprit et sentit qu’il n’y avait qu’une communauté d’hommes apostoliques, et décidés à se contenter du nécessaire à la vie et à l’entretien, qui pût seule sauver cette mission.

Il s’ouvrit de son projet à Mgr Wiseman qui laissa toute liberté à sa charité de faire ce qui lui semblerait le mieux.

M. Quiblier partit pour Lyon, y demanda au supérieur des Pères Maristes, un de ses anciens amis, des missionnaires pour l’Angleterre. Le Supérieur, apprenant qu’il s’agissait de catholiques pauvres et délaissés, accepta immédiatement la mission, et, au mois d’août 1850, la Société des Maristes vint s’établir à Spitalfield.

En introduisant ces nouveaux ouvriers dans sa mission, le fondateur s’écria : « Ce n’est plus mon affaire, mais celle des Pères Maristes; je n’ai plus qu’à jouir du bonheur de savoir que chacun de mes pauvres sera désormais instruit, spirituellement assisté, que mes fautes seront réparées, que l’oeuvre à laquelle Notre-Seigneur a bien voulu vous employer, mes pères, grandira, prospérera, et deviendra une source de grâces pour Londres et pour

l’Angleterre. Cependant, ajouta-t-il, il me reste un désir, celui de voir ici une église bâtie, une communauté de frères et une communauté de soeurs pour les écoles. » C’était l’oeuvre de prédilection établie dans sa paroisse de Montréal, qu’il transportait en Angleterre. Peu d années après, son désir était réalisé. M. Quiblier avait donné à la mission de Spitalfield une impulsion pleine de vie, et quoiqu’elle soit la plus pauvre de Londres, on peut assurer qu’elle est la plus féconde en fruits de salut et la plus riche en espérances. Le progrès tient aux causes suivantes signalées par les RR. Pères Maristes. « D’abord notre chapelle est ouverte constamment à la dévotion des fidèles.

« Ensuite les prêtres y disent la Sainte Messe

tous les jours.

« Les prêtres y mènent la vie commune et sont

toujours au milieu de leur troupeau.

« Enfin les Pères y entendent les confessions

tous les jours.

« Les missionnaires y prêchent plusieurs fois la semaine; il y a tous les soirs, le samedi excepté, des exercices religieux. »

(4 septembre 1 850. )

Tout s’y fait selon les principes de Saint-Sulpice et les usages de Ville-Marie au Canada.

A partir de ce jour, M. Quiblier ne se considéra que comme l’un des membres les plus humbles de la maison; il n’entreprit rien sans l’avis du père supérieur; toute la conduite de ce vénérable père à l’égard de la Société des Maristes fut empreinte de cette parfaite délicatesse, de ce zèle, de ce dévouement qui, à Montréal, lui avait gagné l’estime et l’affection publique. Grâce à son concours, à son influence, à ses relations, M. Quiblier parvint à édifier l’église qu’il demandait. Après sa mort, en 1852, les Pères reconnaissants placèrent un vitrail représentant le mystère de la résurrection de Notre-Seigneur et, au-dessous, cette inscription: « En mémoire de feu le très Rév. Père J. V. Quiblier, p.s.s., aimé, vénéré par tous ceux qui l’ont connu. Avec succès il exerça son zèle ardent pour la conversion des âmes, en France, dans le Nord de lAmérique et en Angleterre, où il perdit sa santé en travaillant à établir cette mission. » Ce vitrail qui rappelle son souvenir est le fruit des offrandes de Son Eminence le Cardinal Wiseman, des Pères Maristes et d’autres amis.

Requiescat in pace!

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