Chapitre IV
Missions Etrangères de L'Indo-Chine.
On voit jusqu’à combien de siècles se sont étendus l’exemple et l’influence de l’esprit apostolique de M. Olier en Europe: il nous reste à dire ce qu’il fit pour les missions étrangères de l’Asie.
M. Olier prit un intérêt très grand aux missions du Levant en Asie; sur elles, en effet, reposait l’influence de la France et de la religion catho-
lique.
Obligé de s’occuper de la jeunesse ecclésiastique, enfermé dans l’enceinte du Séminaire, ne pouvant se répandre partout, il demandait avec instance à Dieu des missionnaires, pour les envoyer dans tout l’univers, pour faire connaître Notre-Seigneur au très Saint Sacrement, et opérer par eux ce qu’il aurait souhaite faire par lui-même.
Son zèle apostolique lui fit désirer de pouvoir quitter sa paroisse et son séminaire et d’aller en Perse, travailler à la propagation de la foi catholique en ce pays.
Ce sont de ces désirs que Dieu n’exauce pas, mais il en garde le mérite à ses saints.
Quand le Père Alexandre de Rhodes, missionnaire au Tonkin, vint en France organiser un
clergé pour desservir les deux cent mille infidèles qu’il y avait convertis, M. Olier sentit se rallumer en son coeur toute l’ardeur de son zèle pour les missions; ne prenant conseil que de sa charité, il voulut s’offrir pour travailler à cette oeuvre. « Ce qui me fait soupirer, écrivait-il, c’est l’absence des ouvriers dans la Chine, le Tonkin, et la Cochinchine. Dans un royaume entier il n’y a que neuf ouvriers pour trois cent mille personnes; dans un autre il y a quatre cent mille âmes qui n’ont pas un prêtre ni un évêque. On vient chercher en France des ouvriers... Mais je n’ai que des larmes de douleur, craignant que l’infidélité à la grâce ne me rende indigne de ce bonheur. »
M. Olier s’offrit au Père de Rhodes lorsqu’il reçut sa visite, mais le Père le refusa, le voyant lié à une autre mission plus importante dans l’Eglise. Le serviteur de Dieu, tout criblé d’infirmités qu’il était, se jeta à ses genoux et le conjura de l’accepter par tous les motifs que pouvait lui inspirer son grand amour pour le salut des âmes. Le Père de Rhodes resta inébranlable.
Pour le consoler, Dieu donna à M. Olier comme un pressentiment de ce qu’il voulait opérer en faveur des nations infidèles. Un jour, se plaignant à Dieu de son incapacité, il lui sembla « voir ici comme un commencement de séminaire pour les
nations étrangères, auxquelles quelques personnes zélées ayant vocation pour ces peuples pourront contribuer. »
Le fruit le plus sûr, le plus fécond, que Saint- Sulpice retira de tout ce mouvement apostolique fut de se voir affermi à jamais dans la connaissance de sa vocation; ce fut en même temps de voir le zèle de M. Olier se communiquer à ses successeurs; jamais ils ne se sont montrés indifférents à l’oeuvre des missions catholiques, et ils ont de tout temps profité des occasions de leur être utiles, ils ont fortement encouragé les fondateurs de sociétés de missionnaires, les ont aidés, car plusieurs sont sortis de leurs séminaires. Si l’on veut jeter un coup d’oeil sur l’Annuaire des Anciens Elèves de Samt- Sulpice, on les trouvera répandus dans au moins dix-sept communautés religieuses presque toutes dévouées à l’oeuvre des missions, on les retrouvera dans toutes les sociétés de missionnaires des diocèses de France.
Ce serait bien long de citer les noms des missionnaires qui, depuis M. Olier, sont sortis des séminaires de France, et ont évangélisé et évangélisent encore l’Europe, l’Asie, l’Afrique, l’Ancien et le Nouveau-Monde; mais ce serait un témoignage de trois siècles et demi du zèle apostolique de Saint-Sulpice et de son attachement à la foi de
saint Pierre, se perpétuant indéfectible dans l’Eglise Catholique.
Si M. Olier n’a pu se rendre au Tonkin, il était réservé à son successeur, M . Jean Verdier, devenu bientôt cardinal-archevêque de Paris, d’y envoyer trois de ses fils, en 1929. Après quelques mois consacrés à étudier l’état du pays, ces messieurs ont décidé de construire leur séminaire dans la banlieue de Hanoi, à Lieu-Grai. Il n’est pas douteux que cette nouvelle maison soit appelée à y faire beaucoup de bien. — (Note de l’éditeur).