Chapitre II
Missions Indiennes
Simple poste militaire sur les bords du Saint- Laurent, Ville-Marie au berceau, encore à l’état de mission, n’avait pas négligé le principal de sa vocation et la fin de l’établissement de la Société de Montréal: «la Conversion des Indiens.» Naturellement elle s’occupa des familles indiennes, qui venaient chasser dans l’île de Montréal. Dès que celles-ci virent s’élever le fort de la Pointe-à-Callières, elles transportèrent leurs tentes dans cette vaste prairie au sud de la Rivière Saint-Pierre, qui s’étend jusqu’à la Pointe Saint-Charles. Là, il y avait de bonnes terres reconnues par Champlain, et qui autrefois avaient été exploitées par une des anciennes tribus que Jacques Cartier y avait visitées dans son troisième voyage.
Sous le canon du fort, ces familles algonquines et huronnes se trouvaient en sûreté. Les colons, qui ne souhaitaient rien tant que leur conversion, entraient en relation avec elles, les secouraient dans leurs besoins, les accueillaient dans leurs maisons et, le jour, les laissaient circuler dans les allées du fort.
Le gouverneur se montrait bienveillant; la
famille d’Ailleboust, Mademoiselle Mance s’efforçaient d’apprendre leur langue, pour les instruire; et bientôt ils purent s’entendre et se comprendre.
On leur fit connaître les desseins de la Société de Montréal ; peu à peu, une légende se forma parmi ces pauvres Indiens, « c’est que la Colonie de Montréal n’avait été fondée que pour eux,» et de fait M. de Maisonneuve, Mademoiselle Mance, les principaux colons invitèrent avec instances les familles de nos alliés à se fixer autour du fort: on leur montrerait à cultiver la terre, on leur procurerait une habitation et des champs, ils apprendraient à vivre, à se nourrir, à s habiller comme les Français, le gouverneur serait leur père, ils seraient ses enfants, ils n’auraient rien à craindre de l’Iroquois, ils ne seraient privés ni de la pêche, ni de la chasse, ils apprendraient la « Prière » comme les Français et deviendraient agréables au Grand- Esprit.
Enchanté d’être reçus au fort à bras ouverts, un des chefs algonquins présenta son enfant au baptême. M. de Maisonneuve et Mademoiselle Mance se firent un bonheur de relever cet enfant des fonts baptismaux, au nom des Messieurs et des Dames Associés, et lui donnèrent le nom de Joseph, chef de la sainte Famille.
En véritable apôtre et père, M. de Maison-
neuve combla les Algonquins et les Hurons de caresses, les attira par ses libéralités, leur distribua des vivres et, dès la seconde année, ils accoururent en grand nombre. Ils laissèrent avec confiance à Ville-Marie leurs vieillards, leurs infirmes, leurs femmes et leurs enfants pour aller guerroyer plus librement contre les Iroquois, ou chasser le gibier, qui pullulait dans toute l’île, ou pêcher le poisson qui remplissait les eaux et venait se masser en bancs serrés aux pieds des rapides et des chutes du Saint-Laurent.
A la première nouvelle de cet Eldorado créé à Montréal pour les sauvages, le neveu du Borgne-de-l’Ile, un des plus brillants orateurs de la famille algonquine, accourut des Trois-Rivières pour se faire instruire de la « Prière », être baptisé et marié, se faire recevoir dans l’Eglise avec toute sa famille; déjà sans doute il avait été en rapport avec les Pères.
Le grand-oncle, le grand-chef, vint à son tour vérifier la réalité de ces faits qu’on lui racontait. Convaincu par tout ce qu’il vit, il demanda lui-même le baptême; il comprenait bien ce qu’il faisait. Le gouverneur fut son parrain et lui donna son nom, et après le festin qui suivit la cérémonie, il lui fit cadeau d’une belle arquebuse et
d’une habitation près du fort, dont il devint la sentinelle fidèle.
L’effet de la grâce fut immédiat. L’Indien le plus orgueilleux, le plus féroce devint l’homme le plus humble et le plus doux, un loup converti en agneau, l’apôtre le plus zélé pour le salut de ses frères. Il dépêcha des messagers dans les bois, pour les appeler à la prière. Il instruisit les siens, les présenta au baptême; près de quatrevingts furent ainsi régénérés dans les eaux de la grâce. Quand on sait combien, chez les Peaux- Rouges, les adultes répugnent à se convertir, on ne peut pas se refuser à considérer ce fait comme un prodige.
Les personnes de condition se donnaient volontiers le plaisir religieux de répondre des engagements de ces âmes primitives et sincères comme la nature; ainsi firent Le Gardeur de Répentigny, amiral de la flotte royale, l’ingénieur d’Ailleboust, David de la Tour, et les Dames de la Peltrie et d'Ailleboust, Mesdemoiselles Mance et de Boullongne, Barri et Lezeau.
De leur côté, les artisans s’offraient de construire leurs cabanes, de leur apprendre à cultiver la terre.
Un grand mouvement s’opéra alors au milieu des tribus huronnes et algonquines. Les Pères Jé-
suites des missions des grands Lacs et du haut Ottawa en vinrent à se demander si ces nations n’allaient point émigrer à Ville-Marie.
En 1643, le Père Vimont, témoin de cette agitation, écrivait de ses Pères: « Ils ont reconnu par expérience que Montréal peut beaucoup contribuer à la conversion des sauvages. La croyance s’établit chez toutes ces nations que Montréal n’est fondée que pour le bien de ces nations. »
Le jour de l’Assomption, les Algonquins avaient, le matin, assisté à la messe, et le soir à la procession du voeu de Louis XIII. Après le salut, ils montèrent avec les colons prier au pied de la «Croix de la Montagne». Les prières terminées, tous se relèvent pour admirer le paysage qui s’y déroule aux yeux: les pentes boisées de la montagne s’étendant jusqu’aux rives, les eaux du fleuve reflétant à ce moment les feux du soleil, bas sur l’horizon, les plaines fertiles et, au-delà, les volcans éteints, la chaîne des Adirondacks et leurs sommets dorés.
Ravi de ce spectacle, un guerrier élève la voix et s’écrie :
— « Voilà les prairies où jadis s’élevaient des villages remplis d’un grand nombre d’indiens. Nos ennemis en ont chassé nos pères et c’est ainsi que cette île est devenue déserte. »
— «Mon grand-père, ajouta un vieillard, a cultivé la terre en ces lieux: les blés-d’Inde y venaient à merveille. »
Et prenant une poignée de cette terre: « Regardez, dit-il, cette bonne terre, sa bonté est excellente! »
— « Revenez, s’écrièrent ensemble et gouverneur et colons. Revenez, vous serez traités comme des frères! »
Les Iroquois même étaient plus tard reçus avec affabilité par cette population apostolique, quand ils venaient demander la paix. On n’épargnait rien pour rendre le séjour de la pieuse Cité attrayant à ces faux parlementaires qui, souvent, ne venaient que pour espionner le pays. Les Pères Jésuites versés dans la connaissance des langues indiennes ouvrirent des catéchismes pour l’instruction des femmes, des enfants et des adultes de bonne volonté, ils les assemblaient dans les salles de l’Hôtel-Dieu.
Ce ministère souriait à Mademoiselle Mance, elle était ravie de les voir accourir en foule et, pour les attirer, elle ne manquait jamais de tenir « chaudière » et de préparer un « festin à tout manger » : c’était de toutes les péroraisons la mieux comprise et la plus persuasive pour ces enfants de la nature.
Le jour de Pâques 1646 eut lieu la communion
générale des convertis; leur piété inspira de la dévotion aux colons eux-mêmes.
Le jour de la Fête-Dieu les païens voulurent marcher en procession, ils suivaient en bon ordre, deux à deux, les arquebusiers, avec une grande modestie; l’Indien comprend sérieusement la tenue religieuse.
Le premier janvier 1647, dès l’aurore, les canons du fort annoncèrent la fête et l’ouverture de l’année nouvelle. Surpris dans leur sommeil profond, les sauvages, réveillés par les « tonnerres des blancs, » sortirent en armes de leurs cabanes et demandèrent ce que ce bruit signifiait. Le Gouverneur leur répondit : « A pareil jour, le Fils de Dieu a été nommé Jésus ou Sauveur, et le canon nous avertit de l’honorer.
— Oh! s’écrièrent les Indiens, nous aussi rendons-lui le même honneur. » Et ils ouvrirent avec entrain « une fantasia » et des décharges d’arquebuses qui n’avaient plus de fin.
Un Iroquois, bon enfant, se glissa dans l’église pendant la messe. Le Père l’ayant aperçu voulut le faire sortir. Le sauvage répondit: «Je crois en Dieu » et montra un chapelet — « Es-tu baptisé? — quel nom as-tu reçu?» L’Iroquois répondit: « Je ne sais; » et entendant parler de l’eau du baptême, il s”écria: «Ah! oui! les Hollandais m’en
ont souvent donné de Veau de feu , j en ai tant bu qu’on m’a lié pieds et mains pour m’empêcher de tuer mes frères. » Voilà dans la réalité et dans les effets, la différence entre les deux civilisations: la civilisation protestante et la civilisation catholique.
Parmi les baptisés de 1646, il y en eut qui, pendant trois ans, se firent admirer par leur constance et leur ardeur à mériter le baptême.
« Hélas, disait l’un d’eux, avant d’entendre parler de Celui qui a fait toute chose, je commettais toutes sortes de péchés; depuis que je sais que cela lui déplaît, je ne suis plus retombé. Il y a trois ans que je demande le baptême, je me fâche contre moi-même, car j’ai beaucoup offensé Dieu. »
L’hiver, à la chasse, il pensa mourir de froid; à peine était-il vêtu contre 30 ou 40 degrés de froidure. Dans cette extrémité, il dit à Dieu: — « Mon Père, secoure-moi! — si tu le veux, tu le peux; mais sache que tu ne me fâcheras pas, si tu ne le fais pas. Si j’étais baptisé je ne serais pas marri d’être malade, je ne crains pas la mort; fais-moi baptiser avant que je meure. »
Ces détails suffisent pour montrer avec quelle prudence, avec quelle sévérité même, on éprouvait les catéchumènes avant le baptême. Le 24 juin, celui-ci fut admis au sacrement de la régéné-
ration et devint un modèle pour tous ses compatriotes.
Les conversions en peu d’années auraient été nombreuses à Montréal, si la guerre des Iroquois contre nos alliés n’avait pas exterminé les Hurons et dispersé les Algonquins dans les bois.
Pour poursuivre leur but, les Seigneurs désirèrent que la Soeur Bourgeoys se chargeât de l’éducation des petites filles indiennes. M. de Maisonneuve lui en donna une de neuf mois que M. Souart avait achetée à sa mère, pour un collier de porcelaine; elle fut baptisée, tenue sur les fonts par le Gouverneur et l’épouse du major Closse, qui lui donnèrent le nom de Marie des Neiges: elle ne vécut que six ans et Dieu la prit au ciel.
Mission de Kente
De retour au Canada, en 1668, M. de Queylus ouvrit l’ère des missions lointaines, sur la demande des Iroquois Oioguoins établis à la baie de Kenté, sur le côté nord du lac Ontario, vingt lieues au-dessus de Kingston.
Il choisit M. l’abbé Trouvé et M. l’abbé de Salignac-Fénelon, frère puiné du grand archevêque de Cambrai, pour fonder cette mission.
Ces Iroquois étaient fort pauvres, ils vivaient de pêche pendant l’été, l’hiver ils se retiraient dans les bois et y vivaient de chasse. Leurs courses s’étendaient fort loin, au nord, jusqu’au lac Simcoe; à l’ouest jusqu’à la chute du Niagara. La mission embrassait tout le territoire de la province actuelle d’Ontario, et pouvait s’étendre à l’ouest jusqu’aux lacs Erié et Michigan.
M. de Bretonvilliers approuva cette mission et en fit tous les frais. A travers tous les rapides du Saint-Laurent, à travers tous les portages de l’immense forêt qui s’étendait sur soixante-dix lieues, de Montréal à Kenté, on transporta les vivres, les matériaux pour construire une résidence et une ferme, les animaux, les meubles et tous les instruments nécessaires pour fonder un village indien: il n’y avait aucune voie carrossable. Les dépenses furent énormes, la mission dura près de quatorze ans et occupa au moins six missionnaires, car MM. d’Urfé, Barthélemy, de Ciré et Mariet se joignirent bientôt aux deux fondateurs de la Mission.
Les missionnaires s’appliquèrent d’abord à préparer les enfants au baptême, après en avoir demandé la permission aux parents. A la fin de l’automne, fut annoncée aux sauvages la cérémonie qui devait couronner cette préparation: elle
produisit sur toute la tribu un effet salutaire; mais vint l’hiver, il fallut ouvrir la chasse, les missionnaires durent se séparer; M. Trouvé garda la résidence, M. de Fénelon les suivit dans les bois.
Pendant six années de travaux, de peines, de grandes fatigues et de misères, il parcourut toute la province d’Ontario, jusqu’au lac Erié et ne revint à Montréal que vers 1674. Les sauvages ont conservé le souvenir de son zèle et de sa charité et ont donné son nom à une rivière et aux chutes de cette rivière dans le voisinage du lac Simcoe.
Bientôt son cousin Lascaris d’Urfé vint partager ses travaux, puis l’abbé de Cicé, qui plus tard devint vicaire apostolique de Siam, MM. Barthélemy et Mariet qui évangélisèrent toute la contrée, de Kingston à Toronto, de Toronto à Niagara.
Ces courses étant très fatigantes, les missionnaires auraient voulu fonder une nouvelle résidence plus centrale, au milieu des grands lacs, près de la chute de Niagara, poste très fréquenté par les tribus de l’Ouest, mais le Séminaire de Montréal ne pouvait entreprendre cette dépense. La mission de la Montagne s’étant fondée, M. de Bretonvilliers ayant été appelé à une vie plus heureuse, la mission de Kenté, commença à décliner, fau-
te de pouvoir suivre les Indiens errants et dispersés de tous les côtés.
Beaucoup d'âmes, pendant les quatorze années, avaient reçu la bonne nouvelle du salut et avaient été amenées à la foi. Les infirmes, les vieillards, sédentaires consolés par les sacrements de l’Eglise, avaient vu s’ouvrir devant eux la porte du Ciel.
Les femmes, les enfants toujours plus dociles, avaient donné aux missionnaires de sérieuses consolations; les adultes retenus par leurs passions d’ivrognerie, de débauches, de vengeances politiques, avaient résisté tant que l’âge ou les infirmités ne les avaient pas cloués dans l’inaction. Mais le sort général des missions soit des Récollets, soit des Jésuites, n’avait pas eu plus de succès.
Cependant M. Olier, du haut du Ciel, avait souri à cette mission. Un jour que M. d’Urfé, faisant son action de grâces, s’était égaré dans la forêt et était demeuré deux jours et une nuit sans secours et sans vivres, il s’était adressé avec ferveur à son Père, et, par son intercession, il avait retrouvée la voie qui conduisait au campement où il était venu exercer son charitable ministère.
Ce n’était pas la première fois qu’il avait, depuis sa mort, éveillé la piété des missionnaires et des colons de Ville-Marie; déjà, en 1657, il avait
guéri le bras de Mademoiselle Mance, brisé et paralysé au service de l’hôpital.
Et ce ne sera pas la dernière fois qu’il mettra sa puissante intercession au service des communautés et de la Colonie de Montréal; leurs annales racontent et gardent le souvenir reconnaissant de plusieurs de ces assistances arrivées de nos jours.
Voyage aux Illinois
Une tentative de mission, dont M. de Queylus eut toute l’initiative, fut celle qu’il confia à M. Dollier de Casson et à M. Bréhan de Galinée, jeune diacre très intelligent et dont la science devait assurer, au besoin, le retour des deux missionnaires.
Cette mission fut conçue à l’occasion du voyage de découverte que M. Cavelier de La Salle commençait dans les vallées de l’Ohio et du Mississipi, que M. Olier voulait un jour voir évangélisées par Saint-Sulpice. Ce désir, M. Queylus avait dû le recueillir sur les lèvres de son supérieur mourant. M. de Bretontvilliers ne le désapprouva pas, M. Tronson eut l’intention de le reprendre
quand il verrait le séminaire solidement fondé, et M. Emery, dans une de ses lettres, nous apprend que ce fait avait été dans la tradition des supérieurs de Saint-Sulpice jusqu’à lui, et se laissa guider par cette lumière, dans la direction qu’il donna aux premiers missionnaires qu’il envoya aux Etats-Unis.
Ayant entendu un jeune esclave illinois parler des douces dispositions de ces peuples pour la Prière, du bonheur qu’ils auraient de voir des robes noires s’établir dans leurs villages, M. de Queylus fit venir M. Dollier, alors chez les Nippissingues, pour en apprendre la langue, et lui proposa ce voyage, qui du reste répondait parfaitement aux aspirations de son zèle apostolique.
De La Salle étant prêt à quitter Lachine, MM. Dollier et de Galinée, avec deux canots et leurs rameurs, accompagnèrent de la Salle jusqu’au lac Erié.
Là, le découvreur fut pris des fièvres, et les abandonna. Les deux missionnaires poursuivirent leur voyage, à travers mille aventures, mille soucis, fatigues et dangers, jusqu’à l’entrée du lac Michigan.
Une tempête, la nuit, envahit leur campement trop près des eaux ; la vague, énorme et violente, enleva leurs caisses de vivres, de vêtements et de muni-
tions, et les plongea dans le lac. La perte de leur chapelle, la privation de la célébration du Saint Sacrifice, leur seule consolation dans ces vastes solitudes, les força de revenir à Montréal faire d’autres provisions; car M. Dollier paraissait bien décidé de s’établir aux Illinois. Mais avant de se remettre en route, ne sachant pas si jamais ils pourraient reprendre le même voyage, se voyant au centre de cette merveilleuse vallée des lacs, grands comme des mers, ils pensèrent à la France: le pied de l’étranger n’avait pas encore foulé cette terre, nouvel empire dans un nouveau monde: ils s’arrêtèrent, plantèrent la croix du salut, y attachèrent l’écu de France aux armes du Roi, et prirent possession de ces contrées, au nom de la religion et du Roi Louis XIV.
La relation de ce voyage, de cette prise de possession rédigée par M. de Bréhan, fut envoyée et déposée aux Archives de Versailles; et au jour donné, elle servit de témoignage contre les empiètements de Messieurs les Anglais. Si le voyage n’avait pas servi au bien de la religion, il servit au moins à étendre le domaine de la Fille aînée de l’Eglise. Quand ce voyage n’aurait point eu d’autre résultat, il restait aussi grand que les autres découvertes de ce temps.
Cavelier de La Salle et le Mississipi
La protection que M. de Queylus accorda au jeune de La Salle, à son arrivée au Canada, le fief noble qu’il lui donna sur la rive nord du Sault Saint-Louis, et que lui-même par reconnaissance nomma « fief Saint-Sulpice », font grand honneur aux Seigneurs de Montréal, qui commencèrent sa fortune, le recommandèrent à M. de Frontenac, qui l’établit au fort Frontenac, construit à l’entrée du lac Ontario, et lui ouvrit l’empire des lacs, la fortune et la gloire de la découverte de toute la vallée du Mississipi.
Il est constant par les ouvrages de M. Margry que nul Européen n’avait pénétré avant La Salle dans la vallée du Mississipi, qui joint les lacs canadiens au golfe du Mexique. Jolliet, auquel on a voulu accorder cet honneur, n’avait pas dépassé les chutes Saint-Sulpice sur l’Ohio; il l’a lui-même avoué. Il ne signerait pas aujourd’hui la relation qui a été donnée sous son nom, et qui le fait descendre jusqu’à l’Arkansas. En tout cas, il ne vit jamais le delta du Mississipi, tandis que le premier, Cavelier de La Salle eut cet honneur, le 9 avril 1682.
M. Tronson prit à cette époque un singulier intérêt à cette découverte; et quand, avec les vais-
seaux du Roi, La Salle reprit sa découverte par le Golfe du Mexique, à sa demande, M. Tronson lui donna trois ecclésiastiques pour l’accompagner: son frère, l’abbé Cavelier de La Salle, Sulpicien de Montréal, et ses deux neveux sortant de Saint- Sulpice de Paris. Il y avait peut-être une mission à fonder à la Louisianne.
L’entreprise échoua; La Salle fut assassiné par ses compagnons.
M. Margy a fort bien relevé l’importance de cette découverte telle que Frontenac et La Salle l’avaient conçue. Elle ouvrait aux missions, au commerce et à la civilisation, de vastes contrées situées au centre du Nouveau-Monde, où l’on pouvait concentrer par le moyen des lacs et des rivières navigables sur deux ou trois cents lieues de cours, des tribus guerrières, qui auraient aimé la France et auraient été fières de s’en dire les alliées. Là devait se fonder cet empire sur les terres duquel le soleil ne se serait jamais couché, jouissant des charmes et des richesses de tous les climats, appartenant à la France; il eut été le plus beau joyau de la Couronne et de l’Eglise.
Telle avait été l’importance de la protection que M. de Bretonvilliers et M. de Queylus avaient donnée au découvreur. Peut-être ne l’ontils pas comprise aussi étendue, mais l’histoire qui
en voit les résultats ne peut s’empêcher de leur
en savoir gré.
Mission de la Montagne, de la petite Lorette,