Ép. I
Le séjour de Platon à Constantinople éveilla, chez un grand nombre, le désir de la vie monastique. Depuis longtemps sa sœur Tliéoctiste, et son neveu Théodore, aspiraient à la profession religieuse : la présence et les avis du moine décidèrent leur résolution. Et non seulement Théodore et sa mère, mais encore son père, sa sœur, et ses deux frères et trois oncles malernelsdirentau monde un adieu sans retour. Après avoir vendu tous leurs biens, donné à leurs esclaves la liberté et de généreux legs, distribué aux pauvres le reste de leur fortune, Photinet Théoclistese séparèrent. La mère et sa fille entrèrent dans un couvent de Constantinople, le père et ses trois fils allèrent au delà de la Propontide, dans une propriété de famille, la seule qu'ils eussent gardée et dont il firent un monastère.
Ce que furent les adieux de la mère et de ses fils, Théodore lui-même le raconte en ces termes : « Lo jour où notre mère prit Thabitde religion, nous étionlà avec notre père, dirai-je comme à une fête ou à des funérailles? Nous perdions notre mère, nous ne pouvions plus lui parler ni l'aborder avec la même liberté; nous songions à la séparation et notre cœur était pleinde tristesse. Etquand, aprèsle tempsécoulé. il fallut partir avec notice père, moi qui sortais d< Tage imberbe et devenais un homme, j'étais assurément attristé et plein de douleur, mais je supportais ma douleur avec action de grâce. Mais le plus jeunt de mes deux frères, Euthvme, encore tout adolescent, quand arriva l'heure de la séparation et du dernier adieu, quand on se livrait aux derniers embrassements, aux derniers appels, aux derniers pleurs, continuait à se tenir étroitement attaché sur le sein de sa mère, et ne voulait pas en être séparé, et deman-
dait de demeurer encore un peu, lui promettant qu'il ferait tout à l'heure sa volonté. Le cœur de notre mère fut-il alors attendri? et céda-t-elle aux larmes de son fils ? Non . Ecoutez sa sainte réponse . Prenant un visage sévère et domptant son amour maternel : « Mon fils, dit-elle, si tu ne pars point de toi-même, j'irai, de ma propre main, te conduire au vaisseau. » Mon jeune frère céda, ajoute Théodore, et nous pûmes nous éloigner \
Il semble bien que cejeuneEuthyme ait ressenti parfois, en présence de l'épreuve, des hésitations semblables, ou plus douloureuses encore, dont Théodore aussi fut le confident et le témoin attristé. « Sois donc enfin un homme, toi aussi, Euthymemon frère ; tuas combattu déjà le bon combat ; mais ne nous abandonnons pas l'un l'autre, toi ma lumière et mes entrailles, et pour les joies brèves et passagères de ce monde ne perdons pas la vie bienheureuse. Ne te laisse pas séduire par les plaisirs du présent, ni succomber devant la tribulation, ô mon frère. Ne va pas tourner le dos. Le Christ s'est réjoui de te voir flagellé pour sa cause, ne l'attriste point, ô frère bien-aimé, ni les anges qui se réjouissent avec Lui, ni notre père, ni notre mère vénérée qui nous a enfantés au Saint-Esprit, ni tes frères, ni moi surtout que tu dis aimer. Nous sommes trois frères selon la chair, soyons aussi frères selon l'esprit, ne déshonorons point ce nombre mystique et divin. »
L'autre frère de Théodore et d'Euthyme s'appelait Joseph; il devint archevêque de Thessalonique; il devait être l'un des plus féconds hymnographes et