Mes Moines de Constantinople
Saints ayant autrefois brillé dans TÉglise, ainsi que parmi les prairies odoriférantes. » Il demandait à la lecture des Pères la science des dogmes de la Foi et l'explication des obscurités de nos Saintes Lettres. Et dans ces travaux, son but n'était pas de briller au premier rang parmi les compagnons de son âge, mais d'acquérir une érudition et un trésor de connaissances qui le rendissent capable de lutter un jour contre l'erreur et de réfuter victorieusement toutes les subtilités de l'hérésie. Avingt ans, Théodore, par son travail et son intelligence, par la continuité non moins que par la sage direction de son ardeur studieuse, avait acquis sinon la science des lettres divines et humaines, du moins les germes féconds de cette science : ainsi que des grains choisis, ils allaient bientôt lever en son âme et, en grandissant, faire fleurir l'espoir d'une prochaine et brillante moisson.
Mais, si avide que se montrât le jeune homme dans la recherche de la science, on le voyait encore plus empressé à lapoursuite delà vertu, et sa conduite admirable attirait à sa personne le respect et presque la vénération de toute la jeunes r des écoles. Pour parler comme l'un de ses premiers biographes, il avait fait de la chasteté son inséparable compagne ; il évitait la société des pervers, ne fréquentait que celle des sages, visitait souvent les églises, était assidu à la synaxe et aux assemblées religieuses. Et déjà il s'essayait à macérer sa chairpar des veillesprolongées, par le jeûne et l'abstinence : avant d'être appelé à la vie religieuse, il voulait s'habituer à ses exigences et à ses labeurs, afin de les trouver faciles et de les pouvoir supporter sans peine.
Bientôt, en effet, Théodore irait chercher dans les austérités et les combats du cloître le secret d'une
perfection plus grande encore et d'une activité consacrée tout entière au service de Dieu et de l'Eglise. Après la mort de Constantin Copronyme, en septembre 775, Léon IV, son successeur, sans abroger les lois portées par l'empereur iconoclaste contre les partisans des Saintes Images, ni désapprouver leurs adversaires, laissa revenir les moines et sommeiller les prescriptions édictées contre eux; toutefois sa condescendance n'alla pointjusqu'à permettre qu'on rétablît dans son palais même le culte défendu; et plusieurs hauts fonctionnaires, coupables d'avoir honoré les Images, furent mis à la torture, jetés en prison et enfin relégués dans des monastères. L'impératrice Irène, convaincue du même crime, fut envoyée en exil, février 780. Mais, quelques mois plus lard, l'Empereur mourait, laissant la couronne à un enfant de dix ans, Constantin VI. Ce fut Irène qui régna sous le nom du jeune prince.
Elle s'efforça de rendre au plus vite la paix à l'Eglise, « la paix dont elle portait le nom, dont ello eut plus encore les œuvres ». Les pieux fidèles purent, sans crainte, servir Dieu et honorer les saints, et tout ce qui restait de moines et d'orthodoxes, étincelle échappée à la tempête, illumina de nouveau le monde du flambeau de la vraie doctrine.
C'est à ce moment que l'oncle maternel de Théodore, le moine Platon, revint dans la capitale et se rencontra pour la première fois avec son neveu. Depuis plus de vingt ans, il brillait par d'éclatantes vertus dans son couvent de Bithynie; à la mort de son abbé, il était devenu higoumène (ou supérieur) du monastère des Symboles, et il avait vécu dans une si profonde solitude qu'il apparut dans Bvzance comme un ressuscité d entre les morts : « Nous ignorions
nous-mêmes, dit Théodore, que le frère de notre mère fût encore en vie. Au sortir d'une longue nuit de combats, nous le vîmes briller comme l'étoile du matin*. »
L'abbé des Symboles, sous des dehors d'ascète, cachait une singulière puissance de séduction : sa parole était douce et harmonieuse, son commerce plus doux encore; il possédait les connaissances les plus variées; sa complaisance et sa bonté n'avaient point de limites. Aussi dans la grande ville, chacun voulait le voir, l'entendre et jouir de sa présence. Et Platon, se faisant volontiers tout h tous, devenait le médecin spirituel de cette société si frivole et si mobile ; il réconciliait les parents et les enfants, rappelait et faisait observer aux serviteurs et aux maîtres leurs obligations réciproques de se vouloir et de se faire du bien. Des familles entières furent transformées par ses conseils et ramenées h la vertu. Et plus que toute autre, la chrétienne et pieuse fimille de Théodore devait subir l'influence profonde du saint moine de Bithvnie : celui-ci arrivait à point nommé pour donner une direction définitive h la vie du jeune homme.
Théodore, on vient de le voir, nommait Platon son étoile ». Une autre fois, il caractérise en ces lermes magnifiques l'action de ce saint religieux sur son esprit et son cœur : « Vous êtes ma lumière, vous êtes le flambeau toujours brillant qui éclaire les ténèbres de mon esprit; vous êtes mon évangile, ma joie, ma fête, ma gloire. Sans vous le soleil est pour moi sans éclat; et j'aimerais mieux ne pas respirer l'air du jour que de ne voir plus votre visage^. »