IS SAINT THÉODORE
mais surtout, on le comprend, à son très saint oncle Platon qui était grandement consolé en voyant dans Théodore une admirable sagesse, une singulière modestie, et surtout une énergie sans pareille pour le bien. Dans Tàme du jeune moine, comme dans une lyre puissante et harmonieuse, c'était Taccord de toutes les vertus dans la plus parfaite mesure : prudence, simplicité, intelligence, activité, douceur, charité ; ces vertus si difFérentes, si opposées même conspiraient pour ainsi dire en sa personne et formaient en son âme une harmonie très variée tout ensemble et très simple.
Si les progrès de Théodore dans la vie spirituelle furent, à ce point, rapides et surprenants, c'est que, en se faisant moine à la fleur de l'âge, en plein succès des affaires, malgré l'espérance d'un avenir brillant, déjà comblé de richesses et d'honneurs, Théodore avait renoncé au monde non pas seulement en apparence et extérieurement, mais dans la plus stricte rigueur. Il ne fut pas de ceux, nombreux alors, qui, oubliant la parole du Seigneur : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède, n'est pas digne d'être mon disciple », font profession monastique mais gardent la propriété de leurs biens, traînent avec eux esclaves et attirail de propriétaires, érigent pour eux-mêmes des églises et des monastères dont ils se font les supérieurs : hier encore novices et aujourd'hui abbés; hier encore ne sachant point se conduire eux-mêmes avec sagesse, et demain prétendant conduire les autres sans aucune formation : ils doivent non à leur vertu, mais à leur richesse l'autorité sur leurs frères, tandis qu'ils auraient dû, pendant de longues années, apprendre comment il convient d'obéir à qui commande et
seulement alors parvenir à commander aux autres. Mais avant de savoir obéir ils entreprennent, à grand risque, de diriger, et les moines qu'ils forment sont semblables h eux-mêmes. Car Tobéissance précède le commandement comme l'éclair précède le tonnerre, comme l'étoile du matin précède le soleil levant.
Lorsque Théodore eut bien montré, par toute sa conduite, la perfection de son obéissance, son oncle commença à tourner, au profit de la communauté tout entière, les rares aptitudes de son neveu, et, entre autres missions, il le chargea de diriger la construction de l'église destinée au monastère, dans la solitude de Saccudion. L'édifice reçut l'approbation de tous, car il était magnifique. Tout y était splendide et charmant au regard : le toit, la coupole, les portiques, les voûtes, les angles étaient combinés dans les plus heureuses proportions ; mais ce qu'il y avait de plus gracieux et de plus beau, c'était le pavement en mosaïques aux multiples couleurs, dont l'éclat et l'harmonie ravissaient les yeux. La grâce divine qui habitait en Théodore, « cet homme divin » , lui avait donné la force de faire des merveilles, d'accomplir aisément des travaux difficiles, et promptement des entreprises laborieuses et longues.
Et quand il priait avec ses frères dans ce temple éclatant de peintures et de mosaïques, il brillait plus encore des rayons de Tamour de Dieu et delà componction ; et si empressés que fussent quelques autres moines, Théodore était toujours le premier à se rendre à l'église et le dernier à la quitter pour les offices de la nuit et du jour. On l'y voyait le corps et le visage immobiles dans l'attitude de la supplication, et l'esprit puissamment tendu vers la prière.
De plus, il réservait chaque jour une partie de son temps h s'entretenir, loin des hommes, seul à seul avec Dieu. Mais parce qu'il ne faut pas que la vertu demeure cachée, pas plus que le soleil levant, beaucoup de ses frères connurent le secret de Théodore et, maintes fois, le sol arrosé de ses larmes révéla clairement ce que le pieux moine avait voulu tenir caché *.
On sait que dans TEglise grecque les jeûnes sont nombreux et austères et l'abstinence fréquente, même pour les simples fidèles ; combien plus pour les moines! Sur ce point Théodore était de la plus grande sagesse : il ne visait point à une excessive abstinence de nourriture, ni n'affligeait point son corps par une diète intempestive, car l'une brise les forces physiques qui sont nécessaires à l'action et à la pratique de la vertu ; l'autre incline Tâme vers les passions et la porte à la mollesse et au plaisir. Il ne refusait donc pas à son corps la nourriture nécessaire pour le soutenir; et, tout en détachant son âme de la matière, il se nourrissait habituellement de tous les mets apportés, afin de ne paraître pas plus mortifié que les autres.
Et dès lors il était un modèle pour les meilleurs d'entre les moines qui rivalisaient de zèle avec lui et mettaient leur perfection à l'imiter comme un sûr exemplaire de toutes les vertus monastiques. Et ceci n'est pas un éloge banal et oratoire : le biographe de Théodore cite les noms des moines pour qui la sainteté deThéodore était un stimulantirrésistible : c'était, au premier rang, son frère Joseph que ses éminentes qualités appelèrent au siège épiscopal de Thessaloni-
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que ; c'étaient A.thanase, Naucrace qui devait succéder un jour à Théodore dans la direction du couvent de Stude ; c'étaient Eutliyme et Timothée qui versèrent leur sang pour la défense de la foi catholique, et beaucoup d'autres encore, qui, s'attachant aux pas de Théodore et composant leur vie sur la sienne, s'illustrèrent par les plus magnifiques vertus.
Tous ensemble, sous la direction de Platon, ils consacraient h l'étude la meilleure part du temps que leur laissait la règle. Etcomme s'il eûtpressenti qu'il serait un jour destiné, lui et les siens, à défendre l'Eglise par sa science, il mettait sa principale occupalion à méditer la Sainte Ecriture, ancien et nouveau Testament ; il étudiait les œuvres des Pères, surtout leurs commentaires de la Sainte Écriture, et les gravait profondément dans sa mémoire. Il eut un culte spécial pour lesécrits de saint Basile le Grand, qui estregardé chez les Grecs comme le véritable fondateur de la vie ascétique, le père et le patriarche de tous les moines. Au jugement de Tiiéodore, personne n'avait mieux interprété les choses religieuses, ni parlé avec plus d'éloquence que Basile. Bien qu'il étudiât toutes ses œuvres avec une merveilleuse ardeur et y trouvât un plaisir sans égal, cependant il vantait et chérissait entre tous le livre écrit par Basile pour les moines, il s'y donnait tout entier, le consultait pour toute la conduite de sa vie et s'y conformait avec la plus parfaite exactitude. Il avait pour ce livre une telle vénération que siquelques-uns lui paraissaient ne l'estimer pasassez,il ne les regardaitpas comme devrais moines et pensait qu'on ne devait pas les admettre à la profession monastique.
Il y avait alors, au monastère de Saccudion, quelques religieux qui avaient oublié la plupart des règles
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ascétiques de saint Basile, et qui n'observant plus la pauvreté monastique, amassaientdes richesses, comme s'ils étaient restés dans le monde. Le législateur des moines avait interdit de transformer les couvents, ces maisons de prière, en maisons de commerce. Mais insensiblement le relâchements'ëtait introduit jusque dans les meilleurs monastères, et la perspective de bénéfices pécuniaires avait implanté à côté des cloîtres Télevage des bestiaux, et pour soigner ceux-ci les moines en étaient venus à loger dans leurs murs tout un personnel de domestiques, bien que lacohabitation des moines et des séculiers fût déclarée dangereuse par saint Basile.
Théodore affligé de voir les règles monastiques violées, et les moines avoir des serviteurs, des troupeaux, des bètes de somme, voulut corriger au plus vite ces étranges abus. Il va trouver saint Platon. « Il faut, lui dit-il, ne pas négliger de porter remède à ce mal si général, mais, par notre exemple, mettre un frein h celte nouveauté pernicieuse inspirée par le manque de foi et par Tamour du monde. Car c'est une honte pour des moines de chercher à faire du lucre, comme font les mondains qui n'ont pas embrassé la vie religieuse ^ »
Théodore fut chargé par son oncle de mettre fin à cesabus si nuisibles auxintérêts des âmesetdu monastère. Mais dans l'éloge funèbre qu'il consacra plus tard à la mémoire de son oncle, Théodore lui laisse tout Thonneur de cette réforme : « Trouvant contraire aux règles du divin Basile et à l'esprit monastique la coutume d'avoir, dans les monastères, pour soigner les animaux femelles, des serviteurs qui y logeaient,