Ibid,y
2(i SAINT THÉODORE.
Sous Tinfluence de ces sabres mesures et de ces courageux exemples, la famille religieuse de Saccudion prenait accroissement : cultivée, ainsi qu'un champ fertile, par d'habiles et vaillants ouvriers, elle produisait des fruits abondants de salut. L'abbé Platon, voyant la sainteté grandissante de Théodore et l'heureuse influence que ses vertus exerçaient sur les moines qui en étaient les témoins, pensa qu'il était temps de demander pour lui le sacerdoce. Théodore résista longtemps : son humilité redoutait l'honneur de cette éminenle dignité de prêtre ; mais il 6nit par céder h l'obéissance et se rendit avec son oncle à Byzance où le patriarche Taraise lui donna les ordres sacrés, depuis le sous-diaconat jusqu'à la consécration sacerdotale.
Revenu en hâte h Saccudion, le nouveau prêtre (787 ou 788) estima qu'il était désormais obligé à une vie plus austère encore et plus mortifiée, et h monter plus haut dans le chemin de la perfection, caria vertu doit aller toujours de l'avant. Son zèle et son énergie grandissent encore : à peine ses yeux connaissent-ils désormais le sommeil, il passe la plus grande partie de ses nuits dans la méditation de nos Saintes Ecritures, et son âme, de plus en plus, monte vers Dieu autant qu'il est possible ici-bas, lui est intimement unie, ne cessant de vivre en sa présence, de le louer dans des hymnes, de le célébrer sans repos par la mélodie intérieure de toutes ses pensées. On aurait pu dire que déjà Théodore était passé à une autre vie et qu'il avait quitté la terre tout en y demeurant embarrassé dans l'enveloppe du corps.
Cependant, la renommée du couvent de Saccudion s'était répandue au loin et les novices s'y présentaient
nombreux. Il y eut bientôt jusqu'à cent moines. Platon commençait à trouver trop lourd pour ses épaules le soin du troupeau ; d'ailleurs, témoin des vertus de son neveu, il pensait qu'il était temps de l'associer à la direction du monastère. Mais Théodore, qui pour tout le reste était plus mol que la cire à obéir, ne se laissa point tout d'abord persuader. Il connaissait le jugement porté sur ceux qui s'approchent témérairement des prélalures : «S'il est difficile desavoir obéir, il paraît être beaucoup plus difficile encore de savoir commander. »
Mais, raconte Théodore lui-même \ « il arriva que Platon fut frappé par la maladie. Elle parut mortelle, et d'ailleurs répondait trop aux désirs de démission du supérieur ; il fit passer sur moi le fardeau d u commandement, sur moi qui n'étais pas même digne d'être commandé. » Ce que Théodore ne dit point, c'est que ce ne fut pas la volonté seule de son oncle qui le désigna pour les fonctions d'abbé, mais le suffrage des moines. Ceux-ci, d'une voix et d'un cœur unanimes, déclarèrent que Théodore était le plus digne de commander, et le plus capable de diriger leurs âmes, étant supérieur à tous par sa vertu et son savoir. Platon signifie à son neveu l'élection faite par l'assemblée de ses frères et sa volonté qu'il prenne désormais soin d'eux comme étant leur higoumène. Théodore enfin se résigne à donner son assentiment : il était dans sa trente-cinquième année, et, depuis treize ans, avait embrassé la vie monastique.
Il allait montrer bientôt, et, non plus seulement à l'intérieur d'un paisible monastère, mais en face