‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 16 sur 94 · LE DIVORCE IMPÉRIAL. PREMIER EXIL DE THEODORE · texte numérisé non relu

LE DIVORCE IMPÉRIAL. PREMIER EXIL DE THEODORE

Au commencement de 795, l'empereur Constantin VI, fils cFIrène, répudia sous de faux prétextes sa femme légitime Marie l'Arménienne. Après l'avoir enfermée dans un monastère et relégué leur fille, la petite Euphrosyne, elle aussi, dans un couvent, il voulut épouser une dame d'honneur de sa mère, Tliéodote, qui était proche parente de Théodore et de Platon.

Il ne restait plus qu'à célébrer les noces du nouveau couple impérial. Mais le patriarche Taraise se refusa de prononcer la dissolution du premier mariage et déclara qu'il souffrirait la mort plutôt que d'v consentir. En vain l'empereur le fit-il solliciter par les personnes qu'il croyait les plus capables d'ébranler sa résolution; il le manda au palais, multiplia les plus vives instances, voulut le persuader que Marie avait attenté à sa vie, et mit sous ses yeux le prétendu poison ; le patriarche fut inflexible et déclara que si l'empereur se remariait, il se verrait forcé de l'exclure des sacrements.

Constantin répondit à ces remontrances par la menace de renouveler la persécution contre les partisans des Saintes Images, éleva Théodote à la dignité d'impératrice, et prétendit contraindre le patriarche

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à bénir lui-même son mariage. Taraise ne céda ni aux prières ni aux menaces, mais, à son défaut, la bénédiction nuptiale fut donnée aux nouveaux époux par le prêtre Joseph, économe de la Grande- Egalise. Les fêtes du mariage durèrent tout un mois, et le prêtre Joseph y prit part.

Il semble bien que le devoir du patriarche eût été de soumettre aux peines ecclésiastiques les « adultères » et le prêtre qui les avait bénis. Mais Taraise jugea prudent de ne pas pousser à bout un prince aveuc^lé par la passion, et qui aurait pu se déclarer pour rhérésie et rouvrir les plaies encore saignantes de rp>lise. Il n'exécuta donc point sa menace d'excommunication et se renferma dans un silence plein de dissimulation. Mais ce ménagement n'apaisa point la haine de Tempereur contre le prélat; et la contagion de l'exemple impérial se répandit bientôt jusque dans les provinces avec une désastreuse rapidité.

Si la politique et la crainte de paraître censurer les mœurs du prince rendaient muettes les lois ecclésiastiques et désarmaient le patriarche, d'autres voix s'élevèrent pour faire entendre de courageuses protestations, et d'autant plus dignes d'être entendues qu'elles étaient plus désintéressées. La nouvelle impératrice étant la parente des deux saints réformateurs de Saccudion, il était piquant de savoir quelle serait, en cette affaire, l'attitude des deux moines Platon et Théodore. Elle fut, jusqu'au bout, telle qu'on pouvait l'attendre de leurs vertus apostoliques et de leur zèle indomptable.

Tous deux virent, dans la conduite de l'empereur, une nouvelle et périlleuse étape de l'empiétement I progressif du pouvoir impérial, toujours désireux de

se mettre au-dessus des lois ecclésiastiques aussi bien que des lois civiles, et de les modifier au gré de son bon plaisir; à leurs yeux, c'était une nouvelle intrusion de l'autorité civile dans les clioses spirituelles, et une confusion inadmissible des deux pouvoirs. Et si quelqu'un s'étonnait que, dans cette question du mariage de Constantin et de Tbéodote, ces moines aient tant lutté, tant soiifTert, et que l'empereur, pour les réduire, ait employé les moyens extrêmes, c'est que en la personne du prince et en celle du moine, deux puissances sont en lutte, l'Empire et l'Eglise; la première qui prétend à la suprématie même des consciences, la seconde qui revendique courageusement leur liberté.

« L'empereur, ditTliéodore, au mépris des lois de Dieu, rejetant la femme à laquelle il était légitimement uni, devint donc adultère comme Hérode. Alors notre Père (saint Platon) monue le zèle du Précurseur; et tandis que presque tous consentaient à l'iniquité, seul, pour ainsi dire, avec ses fils, il demeura intraitable. Et cependant, pendant toute une année, quels combats à subir : rumeurs sur rumeurs, menaces sur menaces de flagellations, d'exils, de mutilations * ! »

Pendant un an, en effet, Constantin ne négligea rien pour attirer à son parti les deux chefs du monastère de Saccudion. Il leur envoya des lettres, de l'argent, les plus belles promesses; il leur envoya des moines dont il était sûr, les parents qu'ils avaient encore à la cour; Théodote elle-même leur fit parvenir des présents avec l'assurance de sa vénération et de celle de l'empereur.

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