I. Ép. I
ni affirmé à la légère, mais après avoir été fixés et fortifiés dans notre sentiment par la lecture cl la méditation des Saintes Ecritures, et par l'avis de ceux que nous dûmes interroger. La vérité c'est donc que cela est défendu manifestement par la loi divine, et non seulement par Tapôtre saint Paul, mais par les autres Pères, d'accord avec le précepte apostolique. Pourquoi, en effet, dissimulerais-je plus longtemps ma pensée ? Pourquoi ne pas ouvrir mon âme et ne pas la délivrer de la souffrance qui l'étreint ? »
Théodore cite plusieurs textes par lesquels il justifie sa décision, puis il ajoute : « Je vous ai ouvert courageusement toute ma pensée, comme à un père et un ami. Et Dieu, qui connaît les cœurs, sait bien que nous ne publions rien au dehors — car nous n'avons pas d'autorité — et que nous n'avons point de haine ; mais mon cœur est rempli d'affection pour notre très pieux empereur et tous mes parents, car j'aime bien tous mes parents, vous le savez. Je fais mention de lui dans la sainte liturgie, je prie pour lui en particulier et en public. Et nous sommes en communion avec l'Eglise. Loin de nous d'en être jamais séparés! Pardonnez-moi, car je ne suis qu'un pécheur. J'avais choisi ce coin de terre pour y pleurer mes péchés et n'être plus mêlé au monde. Est-ce donc un crime? Accordez-moi, très cher cousin, car vous le pouvez, la faveur de vivre ici tranquille et solitaire, et s'il se peut, loin de tous les humains. Par vos soins intelligents, aplanissez ce qui est raboteux, redressez ce qui est tortueux. Soyez pour nous un arbitre de paix, aidez-nous à garder le calme et la tranquillité, et si, dans cette affaire, il est quelque chose qui nous soit utile, faites-le pour nous selon la justice et la raison. »
32 SAINT THI'ODORE.
La paix que souliailait si vivement Tliéodoie ne lui fut pas laissée. On essaya, par mille moyens, de le gagner, mais sollicitations, caresses, menaces furent pareillement inutiles. Constantin essaya luimême une suprême tentative. Sous prétexte d'aller prendre les eaux thermales qui jaillissent de l'Olympe bithynien, il se rendit à Brousse avec une magnifique escorte, comptant bien que les moines de Saccudion viendraient, comme tous les autres moines de la montagne, saluer leur empereur selon le cérémonial. Mais son attente fut trompée, Platon et Théodore s'abstinrent, etl'empereur, furieux, repartit en hâte pour Constantinople,ne respirant que la vengeance.
Aussitôt, il envoie un officier de sa garde et le îïouverneur du thème où se trouvait Saccudion avec mission de traiter comme des ennemis de guerre le couvent désarmé et ses moines défendus par la seule loi de Dieu. « Le pasteur, dit Théodore, fut enlevé du milieu de son troupeau et les brebis furent dispersées » c'est-à-dire que Platon fut conduit, de vive force, à Constantinople et comparut devant l'empereur. Mais comme il lui résista en face, pareil h un autre Jean-Baptiste, précurseur du Christ, on l'enferma prisonnier dans une étroite cellule, sous la garde même du prêtre Joseph qui avait donné la bénédiction nuptiale à l'adultère.
Pendant ce temps, h Saccudion, les moines éprouvaient les rigueurs de la colère impériale. Les uns étaient battus de verges, les autres expulsés du monastère et chassés en exil. Et, chose plus lamentable, un édit de l'empereur défendit de recevoir ceux qui souffraient ainsi pour le Seigneur, et à cet édit obéissaient les supérieurs des autres monastères, et bien rares étaient ceux qui osèrent accueillir les proscrits.
« Le Christ, disait plus tard, magnifiquement, Théodore, le Christ dormait, pour des raisons que seul il connaissait, éprouvant l'amour des uns et leur persévérance, prenant en pitié l'inhumanité des autres et les provoquant au repentir*. »
Quant à Théodore, avec onze de ses religieux, il fut conduit, sous escorte militaire, jusqu'au lieu de son exil, Thessalonique. Lui-même a raconté dans une lettre, qui nous est heureusement parvenue, son long et lointain voyage. Platon lui avait écrit, depuis sa prison de Constantinople, pour l'informer des événements de la capitale et des tentatives faites par l'empereur et ses délégués afin de fléchir sa résolution qu'il assure garder inébranlable. Son neveu lui adresse, en réponse, cette épître d'une humilité si touchante et d'une sincérité admirable. « Les larmes me viennent avant les paroles, mes entrailles s'émeuvent, et ma main tremble en écrivant Comment
pourrai-je vous répondre ? Et par où commencer ? C'est à moi, ô Père, que vous écrivez de telles choses ? C'est à moi ver de terre, bourbier, enfant prodigue que vous adressez les paroles qu'un père adresse à son fils?... J'ai donc reçu, ô mon Père, votre lettre dans mes mains indignes, comme des tablettes écrites par Dieu même. J'ai écouté votre voix écrite comme on ferait de la voix d'un ange ou d'un apôtre, et elle m'a brisé le cœur et tiré des larmes. Et j'ai pleuré et je me suis lamenté, non à la façon de Jérémie déplorant les malheurs des ennemis de Dieu, mais par affection pour vous et par reconnaissance envers Dieu. Car les nouvelles que vous m'avez apprises sont vraiment dignes de louange, dignes