I . Lp. I, 3, gi'S
ia loi de Dieu, et d'être appelé le fils d'un Père tel que vous. Que vos prières continuent à me garder sain et sauf, car je crains mes péchés et ma vie prodigue. Sachez que vos saintes oraisons fortifient ma faiblesse et soutiennent mes pas. Et non seulement moi, mais tous ici nous avons une même âme avec vous et sommes prêts à souffrir ensemble jusqu'à la mort. Ne craignez donc pas à cause de nous. Mais bon courage, ô Père, courage. Courage, ô vaillant pilote, ô modèle de piété, ô imitateur des saints. Oui, vous avez magnifiquement combattu, vous avez lutté avec toute l'ardeur de la jeunesse, et votre esprit, je le sais, est avec l'esprit des martyrs. Et tout ce que je dis de vous demeure bien au-dessous de mon désir et de vos mérites. »
Dans la même lettre, Théodore raconte ensuite à son oncle, par le détail, son départ pour l'exil et les péripéties de son long et douloureux voyage, de Brousse à Thessalonique.
C'est le jour même où Platon fut emmené à Constantinople, que Théodore dut quitter son couvent, et commença, au milieu des plus dures fatigues et des épreuves de tout genre, à cheminer en proscrit vers l'endroit qui lui avait été assigné. Il indique à son oncle ses étapes successives, désigne les villages où ils passent, les ennuis dont ils se voient accablés, l'anxiété que leur cause la maladie d'un de leurs compagnons, les clameurs et la curiosité que provoque leur passage, la rencontre qu'ils font, à l'improviste, de neuf de leurs frères envoyés aussi en exil, dispersés comme des brebis sans pasteur, et qui entourent Théodore en versant des larmes qui lui brisent le cœur. « Notre conducteur, dit Théodore, ne nous permit pas de nous entretenir avec
eux. Nous ue punies que nous regarder d'un œil compatissant, nous dire adieu par des cris et nous séparer avec des larmes. » Il trouve, à Paula, la vénérable sœur de Platon, et Sabhas, abbé de Stude, mais ils ne peuvent les voir que dans le plus grand secret, et pendant la nuit. Enfin, les exilés parviennent à Lampsaque, sur THellespont, où ils attendent trois jours de pouvoir mettre à la voile. Arrivés à Abydos, ils y demeurent toute une semaine, puis font voile vers Eléonte où ils attendent encore, huit jours durant, un vent favorable qui, enfin, les conduit en neuf heures à Lemnos.
Puis, de Lemnos, poussés par un vent impétueux, ils franchissent en douze heures les cent cinquante milles qui séparent cette île du continent. Le samedi 25 mars, jour de l'Annonciation, à trois heures, les proscrits arrivaient à Thessalonique. « Quelle entrée! écrit Théodore. Je n'ai garde de la passer sous silence. Le préfet de la ville avait envoyé un officier avec des soldats, qui nous attendaient à la porte d'Orient. A notre approche, ils marchèrent vers nous en rang et en silence. Puis, quand nous fûmes passés, ils fermèrent les portes derrière nous et nous conduisirent, toujours sous escorte, à travers la place publique, à la vue de la foule accourue au spectacle, jusqu'au préfet de la ville. Celui-ci, oh! le brave homme! nous montra bon visage, et après nous avoir salués jusqu'à terre, nous parla le mieux du monde, puis nous fit mener chez Tarchevêque. Nous y allâmes après avoir prié à Sainte-Sophie. Le très saint archevêque nous accueillit très bien, nous adressa les exhortations qu'il fallait, et, pour nous reposer, nous fit prendre un bain et donner des aliments. Le lendemain matin on vint nous prendre, et
SOUS prétexte de nous conduire prier à l'église de Saint-Démétrius, on nous sépara les uns des autres. Je fus emmené avec un autre frère à l'endroit où je suis encore maintenant, mais on nous sépara aussi l'un de l'autre : nous nous embrassâmes en pleurant, et plusieurs des assistants étaient émus de compassion.
« Voilà où nous en sommes, ô Père. Je mène ici, moi, pauvre moine, une vie de tristesse et de larmes. Mais je veux mettre fin à cette lettre. O Père, pourquoi m'avez-vous quitté? mais vous ne m'avez point quitté. Pourquoi vous êtes-vous éloigné de moi? mais vous êtes en moi. Où vous reverrai-je ? En quel état? Entendrai-je encore votre voix si chère, si salutaire ? Quand m'assiérai-je à votre table ? jouirai-je de votre présence? Serai-je encore repris, averti, châtié par vous?
«Mais je prends à témoin les hommes, je prends à témoin les puissances célestes, que c'est la loi de Dieu qui, seule, m'a séparé de vous, seul le commandement éternel. Que la terre entière le sache bien. C'est pourquoi je me réjouis, et rends à Dieu des actions de grâce. Et vous aussi, ô Père, Père trois fois heureux, réjouissez-vous et soyez fier. Des couronnes vous sont tressées; le lieu du repos vous est préparé. Votre zèle renouvelle celui des anciens Pères, votre prison est une chaire de vérité. Le juste est dans les chaînes, car il est intraitable. Ceux qui pratiquent la piété lui rendent grâces, ceux qui ont du zèle en deviennent plus fervents en contemplant ce magnifique prélude, tandis que les persécuteurs répandent au dehors des discours calomnieux, surtout les moines; mais au fond du cœur, ils sont torturés par le remords et amèrement accusés par leur
SâINÏ TH£0I)ÛB£. 3
conscience. Bien plus, ils vous admirent. Car ses ennemis eux-mêmes, dit saint Grégoire, savent admirer la vertu de l'homme courageux, lorsque, la colère cessant, sa conduite est estimée à son vrai poids. Oui, les Anges vous louent, les hommes vous déclarent bien heureux, le Christ vous accueille parmi les siens et vous ouvre pour l'éternité les portes du royaume des ci eux*. »
Que l'on ne s'étonne point de ces accents lyriques et de ces pompeux éloges : Théodore avait pour son oncle la plus profonde vénération et une admiration sans réserve ; mais il était aussi sincère dans le conseil et l'exhortation que dans l'éloge. « Notre seul souci, lui écrit-il une fois avec une surprenante franchise toute religieuse, notre seul souci parmi les tribulations de l'exil, notre méditation incessante, nos longues et indignes prières, c'est, ô Père très regretté, c'est que vous soyez fort, c'est que vous demeuriez inébranlable dans la confession de la vérité divine, sans rien craindre, sans être troublé par les attaques de ceux qui cherchent à anéantir les glorieuses luttes que vous soutenez par la grâce de Dieu pour la vertu. Le bruit s'en est répandu partout, et a rempli de surprise et de confusion presque tous les hommes; en relevant l'étendard du salut parmi les chrétiens, vous sauvez l'honneur des moines. Tout homme sensé peut dire maintenant que le Christ vit parmi nous, qu'il règne sur nous, et que nous lui obéissons plutôt qu'aux hommes qu'il a créés non pour être désobéi, mais pour être glorifié par eux. Vous savez tout cela, et vous n'avez pas besoin de mon exhortation, mais vous m'avez