I. Laud, funeb. S, Platonis
son avis et ne blâmer personne. La question de la conduite opposée de Taraise et de Théodore est-elle donc si facile à résoudre? Le silence du patriarche ne fut-il pas une de ces compromissions qui compromettent tout, sa réserve, une de ces capiiulalions qui ne sauvent rien? Et qui eut donc raison, Tarchevêque silencieux ou le moine intrépide qui se fait le fier champion de la morale chrétienne outragée? On essayera de le dire un peu plus loin, car la même situation se retrouvera bientôt, en une phase nouvelle, sous un autre empereur et un autre patriarche, et une seconde fois Théodore sera condamné à l'exil. Dès maintenant, il est permis de constater que l'exemple de l'empereur devint vite contagieux. Après avoir murmuré du divorce, on l'imita. Les liens sacrés du mariage se relâchèrent. Les courtisans, les gouverneurs de provinces, les personnes puissantes ou renvoyaient leurs femmes, ou peuplaient leurs maisons de concubines : en peu de temps, la débauche devint publique. Le mal se répandait non seulement dans la capitale, mais dans tout l'empire et même dans les contrées les plus reculées et chez les rois et princes étrangers : ils avaient pour excuse l'exemple de l'empereur des Romains, et chacun d'eux voulait croire que, si l'empereur avait fait cela, le patriarche et avec lui les évèqucs avaient approuvé sa conduite.
Il était donc bon pour l'Eglise qu'il se rencontrât un moine ayant assez de courage et de désintéressement pour mépriser toute cette prudence humaine qui n'est qu'une trahison des droits de Jésus-Christ, pour prolester à la place de rarchevêque silencieux, et venger, au péril de sa vie, les lois de Dieu outragées.
En tout cas, dans ce conflit douloureux, Théodore avait montré déjà quelle influence un homme énergique et résolu pouvait exercer sur ses contemporains; il s'était révélé le véritable chef du parti catholique militant; et tous ceux qui, dans Timmense empire, gémissaient de voir TEglise byzantine trop souvent asservie aux caprices du pouvoir civil, durent tressaillir en apprenant qu'ils avaient enfin à leur tête un guide, et que les menaces, les flatteries, les supplices ne pourraient enchaîner sa parole ni ébranler sa constance.