‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 26 sur 94 · AU MONASTÈRE DE STUDE : LA VIE ASCETIQUE DE THÉODORE · texte numérisé non relu

AU MONASTÈRE DE STUDE : LA VIE ASCETIQUE DE THÉODORE

L'exil de Théodore avait été une éclatante prédication, et le glorieux proscrit rentrait, populaire et vénéré, dans son couvent de Saccudion. Mais la paix extérieure et la tranquillité matérielle que le moine était venu redemander à la montagne de Bithynie ne lui furent pas assurées longtemps. Les Arabes ravageaient l'Asie Mineure et poussèrent même leurs excursions jusqu'aux abords de Constantinople. Dans la crainte de périls incessants les religieux jugèrent prudent d'abandonner la place et de chercher asile dans la capitale. Ils y furent accueillis avec le plus grand empressement par le patriarche et par l'impératrice ; celle-ci leur demanda de se fixer au monastère de Stude — d'où le surnom de Studite donné plus tard à saint Théodore.

Ce couvent, bâti sous le règne de Léon le Grand, en 4^3, par le consul Studius, dans le quartier de Psamathia, était l'un des plus considérables de la ville; son enceinte, qui s'étendait jusqu'à la Propontide, était immense, et capable de contenir la multitude d'ascètes qui, bientôt, allaient s'y trouver réunis sous la houlette pastorale de Théodore. Il était dédié

à saint Jean-Baptiste, et « ce fut, remarque un des biographes de notre saint, la volonté de la Providence de faire habiter ce temple du Précurseur par celui qui s'était montré son courageux imitateur dans la lutte contre l'adultère ».

Lorsque Thigoumène de Saccudion y arriva, le couvent n'était plus qu'un vaste désert, les persécutions de Constantin Copronyme y avaient fait la solitude. Mais les vertus de l'abbé Théodore attirèrent, en foule, les âmes désireuses de se sanctifier sous sa direction, et le monastère de Stude, « nouvelle Jérusalem », compta bientôt jusqu'à mille moines. C'était donc une véritable cité monastique à diriger. Pour ne pas être contraint de reprendre le gouvernement du monastère, et aussi pour que la communauté ne fût pas sous l'autorité de deux abbés, Platon s'était fait reclus dans l'enceinte même du couvent; il y donna toujours humblement l'exemple de la plus parfaite obéissance.

Théodore, par d'habiles règlements et par la sage division des charges et du travail, y fit bientôt régner une discipline admirable avec toutes les vertus monastiques. Comme Thigoumène seul, malgré toute son activité et son zèle, n'aurait pu suffire à la tâche colossale de diriger en personne toute cette multitude, il institua, pour Taider dans cette tâche, une savante hiérarchie de surveillants, dignitaires ou serviteurs, qui, chacun dans la limite bien précise de ses fonctions, contribuaient au bon ordre et à la régularité de tout le monastère. Il serait impossible de rappeler ici, dans le détail, ce que fut l'organisation intérieure donnée par Théodore à son couvent, et sans intérêt d'énumérer la longue série des diverses fonctions qui, depuis Thigoumène ou abbé, jus-

qu'aux cuisiniers, contribuaient à faire de Stude une ruche monacale modèle.

Il y avait, dans cette armée, des groupes distincts avec leurs chefs, préfets, directeurs ou inspecteurs; il V avait des maîtres de chœur: des maîtres de cérémonies; un économe et un sous-économe; celleriers et dépensiers; infirmiers et hospitaliers, tailleurs, cordonniers, boulangers, et jusqu'à des vignerons, laboureurs, charpentiers, tisserands, forgerons, en un mot, tous les services nécessaires à l'entretien d'une grande et nombreuse communauté.

Les moines qui étaient chargés de ces fonctions ou diaconies, depuis l'économe jusqu'aux plus humbles des dignitaires, dépendaient en toute chose de l'higoumène et devaient lui rendre un compte exact de leur administration. Ce contrôle de l'abbé, s'il apportait un juste frein à l'exercice des autorités secondaires, assurait surtout dans l'intérieur du couvent cette unité de direction sans laquelle il n'y a pas de paix, de concorde, de vie commune.

De plus, Théodore avaitpris soin d'écrire pour chacune des catégories de fonctionnaires monastiques le tableau de ce qu'elle devait faire ou éviter; il publia un code pénitentiel qui indiquait très clairement la sanction dont il entendait punir les fautes contre la règle; et même, il composa de petites pièces iambiques pour mieux rappeler à chaque classe de dignitaires ou serviteurs les obligations de sa charge. Par exemple au chef de chœur ou canonarque, dont le rôle était très important et très difficile, car il devait suggérer phrase par phrase aux deux chœurs tout ce qui devait être chanté et préluder aux modulations à exécuter, Théodore adressait ces poétiques recommandations : « Vous qui tenez la lyre des chants sa-

crés, soyez comme une trompette dans le concert de vos frères. Faites retentir, quand il faut, la simandre, et que votre voix, archet vivant, suggère toujours h propos lesparoles à chanter, distinctement, avec douceur, comme un orgue mélodieux, car vous êtes la voix harmonieuse de toute la confraternité. Commandez toujours à tous avec dignité, jamais par faveur, par colère, ou dépit, mais avec les mots et le ton qui conviennent. Car tous sont les membres de Dieu et les vôtres. Si vous faites ainsi, Dieu vous donnera la couronne*. »

Au cuisinier, il disait avec plus de précision : « Qui ne vous donnerait la couronne, ô mon fils, vous qui supportez chaque jour un rude labeur? Votre travail est celui d'un serviteur, mais votre récompense sera grande ; votre occupation esclave salit vosmains, mais purifie vos fautes. Le feu vous brûle maintenant, il ne vous brûlera point plus tard. Allez donc, plein de courage, à votre cuisine, coupez le bois, lavezles marmites, apprêtez la nourriture de vos frères comme celle de Dieu même; assaisonnez tout cela de vos prières, afin d'obtenir les bénédictions divines comme l'antique Jacob ; et soyez heureux d'occuper ainsi votre vie^ »

Au moine qui était chargé de la porte du monastère il faisait les recommandations suivantes : « Veillez avec crainte, ô mon fils, sur la porte par où sortent et entrent les hommes de Dieu. Ecoutez, répondez avec discernement, rapportez seulement ce qu'il convient de dire, taisez ce qui causerait préjudice. A ceux du dehors, à ceux du dedans, soit frères, soit étrangers,

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