‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 29 sur 94 · I. Cat., 44, iSg · texte numérisé non relu

I. Cat., 44, iSg

lui toutes les vertus auxquelles s'est engagé le moine en recevant l'habit de religion.

De toutes les vertus religieuses, la plus importante, la plus nécessaire surtout dans une communauté nombreuse comme celle de Stude, est, sans contredit, l'obéissance. Au jour de sa profession, le moine s'y est obligé solennellement. En présence de tous ses frères, il a promis d'obéir jusque dans les moindres choses, sans murmurer, comme le patriarche Abraham, comme les apôtres, au milieu même de toutes les tribulations. L'higoumène lient, pour lui, la place même du Sauveur, et le moine lui doit obéir comme les brebis au pasteur. Sans examiner curieusement ses ordres, avec zèle et empressement, ainsi que l'instrument qui se laisse conduire par l'ouvrier et ne choisit pas ce qu'il doit faire, l'ascète s'en remettra, toujours et en toutes choses, à la sagesse de son supérieur. Car peut-il se trouver, dit Théodore, « rien de plus suave, de plus agréable, de plus joyeux que d'agir par obéissance et non point par caprice et volonté propre ? Vivre ainsi, c'est vivre pour Dieu dont la volonté se manifeste par l'intermédiaire du supérieur ». C'est l'obéissance absolue, parfaite, qui donnera la force de résister « aux persécutions, de ne craindre ni rois, ni magistrats, ni luttes, ni coups, ni prisons, ni exils, ni la mort même ».

Celui qui n'obéit pas ainsi, qui jeûne, qui prie, qui veille sans esprit d'obéissance et sans conformité avec la règle, manque de la vraie piété : ce n'est pas un moine véritable, c'est un étranger.

Aussin'est-ilpasde vertu que saint Théodore exige avec plus d'insistance : il la prêche sans cesse, en prose et en vers, dans ses lettres et dans ses catéchèses, et ses conseils formeraient le plus magni-

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fique et le plus judicieux traité d'obéissance monastique. Comme tous ses moines n'étaient pas, à son gré, assez dociles à pratiquer cette vertu essentielle, un jouril leur fit cette conférence : « Il en est parmi vous qui refusent des fonctions ou diaconies et pour justifier leur conduite se contentent de dire : Excusez- moi. Que dites-vous, mon frère? Vous avez promis l'obéissance jusqu'à la mort, et maintenant vous refusez une charge à laquelle vous étiez apte par la grâce de Dieu ? Voilà comment l'obéissance est ébranlée. Mais je crains, direz-vous, de traverser la mer. C'est par manque de foi que vous craignez de traverser la mer, que vous craignez là où il n'y a pas de crainte. Si vous aviez foi à l'obéissance, vous n'auriez pas peur non seulement de franchir la mer, mais de vous jeter dans les eaux à l'exemple de cet illustre obéissant, qui, sur l'ordre de son Père, ne craignit pas de traverser un fleuve immense à la nage; il le fit sans aucun danger, à la stupéfaction de ceux qui étaient présents. L'obéissance a vaincu même les bêtes féroces, témoin ce moine qui sur l'ordre de son Père enchaîna une hyène ; l'obéissance fait des prodiges même parmi les morts, témoin cet Acace qui parla du fond de son tombeau. Mais pourquoi rappeler ces exemples ? C'est par son obéissance que le Fils unique de Dieu « obéissant jusqu'à la mort de la croix » (Philipp. II, 8) accomplit le salut du monde* ». Après la pensée de l'obéissance, il n'en est guère de plus fréquemment rappelée aux moines par Théodore, que la pensée de la mort. Mais la vie religieuse est une préparation continuelle à ce redoutable passage vers l'éternité; aussi semble-t-il que, de songer

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