‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 30 sur 94 · I. Cat.^ ia · texte numérisé non relu

I. Cat.^ ia

à la fin qui attend chacun d'entre nous, ce soit une occupation si habituelle et si présente à rascète, qu'il n'y trouve plus rien d'amer et d'affligeant, mais seulement une grave et austère jouissance. Pour Théodore, on va le voir, la pensée de la mort évoque seulement de touchants et mélancoliques ressouvenirs de ceux qui ne sont plus, de tous les « bienheureux frères et pères » d'antan, et la résolution de se tenir toujours prêt à recevoir la redoutable visiteuse, de mourir chaque jour à soi-même, afin de vivre éternellement.

« Mes frères et mes pères, dit-il, chaque chose humaine se fait en son temps déterminé : autre est le temps des semailles, autre celui de la moisson; autre le temps de la paix, autre celui de la guerre; autre le temps du travail, autre celui du repos. Mais pour le salut de notre âme tous les moments sont bons, et tous les jours favorables, si du moins nous le voulons. C'est toujours le temps de la prière, le temps des larmes, le temps du pardon des injures, le temps du royaume céleste à conquérir. Et pourquoi attendre? pourquoi remettre à demain? pourquoi de jour en jour différer notre amélioration? Est-ce que « la figure de ce monde ne passe pas » ? (I Cor. VII, 3i). Est-ce que, chaque jour, il ne meurt pas une foule sans nombre? Est-ce que les tombes qui s'ouvrent ne triomphent pas de notre malheureuse nature? Est-ce que la terre ne reçoit pas nos corps, ses proches parents? Est-ce que nous demeurerons toujours ici-bas? Ne pensons-nous donc pas à la foule de nos frères de cette communauté, qui sont maintenant sortis de ce monde? Où sont nos bienheureux pères? Où sont nos frères spirituels et nos frères selon la chair? Où sont nos amis qui

56 SxVINT THÉODORE.

habitaient la même contrée, qui chantaient avec nous? Il ne reste que le souvenir de leur présence sans la réalité. Eveillons donc, excitons notre àme afin qu'elle soit vigilante, contrite, purifiée, sanctifiée, illuminée, dans la crainte que, si la mort venait nous surprendre soudain, il n'y ait personne pour nous ouvrir et nous porter secours. Donc que l'indolent devienne vigilant ; que le désobéissant obéisse ; que l'orgueilleux s'humdie; que celui qui est dur s'adoucisse; que celui qui ne sait pas pleurer se pénètre de douleur; que celui qui ne s'est pas confessé se confesse; que le paresseux travaille. Vous, accomplissez selon la règle tous vos devoirs \ »

Quel fruit les moines retiraient-ils donc de ces exhortations si fréquentes et l'éloquence toute personnelle de Théodore avait-elle sur les âmes soumises à sa direction la force persuasive qu'il attendait? Lui-même, en toute sincérité, se pose la question ou plutôt y répond ; « Peut-être quelqu'un dirat-il que les catéchèses ne servent à rien. Au contraire, il me semble qu'elles sont fort utiles. Ce que la charrue est à la terre, l'eau ii celui qui a soif, le sermon catéchétique l'est pour l'auditeur de bonne volonté. D'où vient que l'àme se pervertisse? D'où viennent les guerres, les discordes, les disputes entre frères? N'est-ce point du manque d'exhortations et d'avertissements? Là où l'on exhorte, où l'on instruit, régnent la paix et la sérénité, et repose l'Esprit- Saint. Et c'est pourquoi moi, humble moine, je m'efforce, avec crainte et désir, de vous instruire, de vous avertir, de vous exhorter, de vous former, afin de vous préserver, si je le puis, et moi-même

Page 1