‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 32 sur 94 · Cat. io · texte numérisé non relu

Cat. io

ment que Ton peut mettre à écouter une lecture i\ haute voix. Du temps de nos pères, on ne parlait pas h tort et h travers, mais avec douceur et modération; maintenant on le fait avec colère, avec des cris et des contorsions du visage. Est-il rien de plus malséant? Du temps de nos pères, il n'y avait pas de murmures; ce que Ton donnait à chacun était reçu avec reconnaissance, si bien que cela même qui était amer s'adoucissait, ce qui était désagréable devenait charmant. Maintenant nous murmurons, nous critiquons, et non pas seulement entre nous, mais en public, provoquant, pour ainsi dire, les autres h murmurer avec nous et à offenser Dieu. Il ne faut pas qu'il en soit ainsi, mes frères, et ce n'est point là conduite de moines, et ce n'est pas faute légère d'être convaincu de médisance, car « les médisants ne possèdent pas le royaume de Dieu » (l Cor. vu, lo). Ce n'est pas faute légère de murmurer : « Ne murmurez point, dit l'apôtre, comme quelques-uns d'entre eux murmurèrent, et ils périrent par l'exterminateur » (I Cor. x, lo). Désormais, donc, ne ferons-nous pas attentio à nous-mêmes? Désormais, préparons-nous afin d'être trouvés prêts à lutter. Si l'on vous outrage, supportez avec courage l'injure et dissimulez en vous-mêmes l'opprobre : « Je fus troublé, dit le Psalmiste, et je n'ai rien dit (Ps. LXXVI, 5). L'insulte passe, mais voire vertu demeure à jamais. On vous a donné moins de nourriture et de breuvage que vous n'auriez voulu. Remerciez de ce qui vous échoit; car d'autres peut-être sont désireux de recevoir ce que vous dédaignez. Autrement, que deviendrait l'obéissance, et comment vous en glorifier? Car ni la tempérance, ni les veilles, ni le sommeil sur la terre dure, ni aucun travail, ne sont aussi

méritoires que la mortification de la volonté, et ne témoignent aussi bien des progrès dans la vie cénobitique*. »

Dans une autre catéchèse, prononcée àTentrée du carême, c'est encore cette même nécessité d'immoler d'abord sa volonté, de mortifier le cœur plutôt que le corps, qui est retracée par rhigoumène. Au reste, pour le jeûne, comme pour la psalmodie, le travail des moines, le silence, l'étude, et tous les autres devoirs monastiques, c'est l'obéissance qui doit les régler et qui en assure le mérite devant Dieu.

On a remarqué, sans doute, cette formule « mes frères et mes pères » par laquelle l'abbé s'adressait à ses moines. Il n'y faudrait point voir cette distinction établie en Occident entre religieux revêtus ou non du sacerdoce. Théodore n'y met qu'une intention tout affectueuse, au reste il justifie lui-même ces deux titres :

« Mes frères et mes pères, je ne cesserai de vous appeler de ce beau nom de frères et de pères, car, je le sais, avec vous ce titre est juste et cette appellation est véridique. Ils sont, en vérité, frères et pères, ceux qui ont aimé Dieu plus que leurs parents, leurs frères, leur famille, leur pays, et toutes les choses visibles, et qui mènent ensemble la vie commune; ils ont un seul cœur et une seule âme; Dieu est leur père, et la céleste Jérusalem leur patrie. Voilà ce que vous êtes, ô frères aimés de Dieu, vous, « race choisie, sacerdoce royal, nation sainte, peuple conquis, qui devez annoncer les grandeurs de celui qui vous a appelés, des ténèbres à son

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