REPRISE DE L'AFFAIRE DU DIVORCE
le bien commun est en question. » En tout cas, l'élu, d'après le jugement de Théodore, devait avoir passé successivement, et sans hâte, par tous les degrés de la hiérarchie avant d'arriver au rang suprême. Il n'en fut pas ainsi pour le nouveau patriarche, Nicéphore, qui, simple fonctionnaire civil, franchit en quelques jours tous les degrés du sacerdoce, puis reçut la consécration épiscopale le jour de Pâques dans l'église de Sainte-Sophie. Platon et Théodoie et quelques autres moines de Stude payèrent l'opposition qu'ils avaient faite à ce choix de vingt-quatre jours d'emprisonnement.
Mais ce n'était que le commencement de démêlés plus longs et plus graves. Il prit fantaisie h l'empereur de faire réhabiliter par le nouvel élu le prêtre Joseph, jadis excommunié pour avoir approuvé et béni, au mépris des lois de l'Eglise, le mariage illégitime de son prédécesseur Constantin, dont on se rappelle le divorce scandaleux. Ce prêtre Joseph venait de rendre à l'empereur un service politique considérable en mettant fin à la révolte de Bardane : il ne pouvait rester sous le coup de censures ecclésiastiques. Un synode, réuni à cette occasion, et où prirent place des évêques et des moines, accueillit le désir de l'empereur et rendit à Joseph sa dignité de Grand Économe et tous ses droits sacerdotaux. Théodore, présenta ce synode, protesta de vive voix contre cette décision, et dès le lendemain écrivit au patriarche Nicéphore pour lui faire connaître toutes les raisons de sa conduite. « L'observation entière des canons, disait-il, est nécessaire à l'orthodoxie ; l'économe a été déposé par les saints canons. Il ne faut donc point lui permettre de faire les fonctions sacrées, et non pas seulement dans le secret, mais
en public et pour ainsi dire à la source même du sacerdoce. Nous en attestons votre sainteté, écrivait Théodore, en présence du Christ et des saints Anges qui nous entendent, vous allez provoquer un grand schisme dans notre Eglise. Nous sommes régis, bon gré, mal gré, par les saints et divins canons et nous j leur devons obéissance. Mais nous supplions votre , sainteté, prêtez l'oredle, écoutez notre voix. Comme j un médecin habile, comme un bon pasteur, écartez une brebis de la fonction sacrée, et gagnez tous ceux qui ne font pas de faux pas ; et que la lèpre d'un seul ne se communique pas à toute notre Eglise que notre Dieu et Seigneur a rachetée de son sang*. »
La lettre de Théodore demeura sans réponse. Pendant près de deux années, Thigoumène de Stude se renferma, de son côté, dans un silence prudent : « N'ayant pas, disait-il, l'autorité épiscopale, ni la puissance de correction, il me suffisait de me garder moi-même, et de ne point participer à la communion de ce prêtre Joseph et de ceux qui, sciemment, célèbrent avec lui la sainte liturgie. » Aussi longtemps que cela fut possible Théodore tint cachée sa résolution de ne plus communiquer avec l'économe; mais en 888 un secrétaire d'État vint demander au frère de Théodore, Joseph, devenu archevêque de [ Thessalonique, pourquoi il n'était en communion ni \ avec la cour ni avec le patriarche. L'archevêque répondit : « Je n'ai rien contre nos pieux empereurs (Nicéphore et son fils Staurace) ; je n'ai rien non plus [ contre le patriarche, mais c'est contre l'économe qui i couronna le mariage adultère et, à cause de cela, fut déposé par les saints canons. » A quoi l'envoyé de