‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 44 sur 94 · I. Ép. I, 3i · texte numérisé non relu

I. Ép. I, 3i

malgré l'exil menaçant, malgré le glaive qui luit, malgré le bûcher qui s'allume. »

Telle est, pour ainsi dire, la ligne de conduite clairement exposée par Théodore à ses moines ; dans cette nouvelle phase de la querelle h propos du divorce impérial et de ses complices , Théodore et ses moines devaient se montrer aussi courageux que pendant la première période de cette lutte douloureuse. L'empereur, voyant que ni les menaces, ni, non plus, les conseils qu'il faisait tenir à Théodore par des moines dévoués aux idées du prince ne pouvaient émouvoir l'higoumène de Stude, donna l'ordre au patriarche Nicéphore de réunir un concile où furent conduits les abbés Platon et Théodore, et le moine Calogéros, « Comment pourrais-je, disait Théodore dans l'éloge funèbre de son oncle, résumer en quelques mots la longue série des événements qui se succédèrent pendant toute une année, intimidations et menaces, combats et épreuves? Une troupe de soldats cerna de toutes parts notre monastère, de sorte qu'il n'était permis ni d'ouvrir la bouche, ni de montrer la tête. A l'intérieur, c'était la crainte; au dehors, les menaces et l'épouvantement; ceux qui les inspiraient, je ne veux pas les nommer, par respect pour leur habit. Oh! quelle époque douloureuse ! Il n'y avait presque personne qui résistât à ce courant; presque personne qui conseillât le bien et défendît la cause de Dieu! Enfin, pour tout dire en peu de mots, pendant la nuit notre Père Platon est enlevé du monastère et emprisonné. Depuis sa prison il est entraîné au synode, par la main des soldats, avec trois de ses frères (Théodore, Joseph et Calogéros), ainsi qu'un scélérat. Quel spectacle digne de pitié : on vit ce vieillard, à cause de ses infirmités, porté sur les

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épaules avec des chaînes au pied, et jeté, pour ainsi dire comme un objetd'horreur, d'un dos à un autre*. »

Ce synode que Théodore, dans ses lettres, appellera le deuxième « synode de Tadultère » décréta, si Ton s'en tient aux lettres de l'abbé de Stude, que le mariage de Constantin VI et de Théodote devait être regardé comme légitime, en vertu d'une dispense accordée; que les empereurs ne sont pas soumis aux lois de l'Eglise; que l'exemple cité de saint Jean-Baptiste, ou de saint Jean Chrysostome n'a aucune valeur pour justifier la conduite des moines; que chaque évêque a autorité sur les saints canons et droit d'en dispenser; et enfin que quiconque n'accepterait pas ces propositions serait excommunié.

Aussitôt après ce synode, Théodore, Platon et l'archevêque Joseph furent conduits en exil et relégués aux îles des Princes, puis enfermés étroitement dans des prisons séparées. Quant aux moines restés à Stude, on essaya par tous les moyens de les détacher de l'obéissance à leur supérieur et de les attirer au parti « mœchianien » : le monastère fut occupé militairement; un jour même, l'empereur s'y transporta de sa personne, fit comparaître l'un après l'autre tous les moines, puis voyant qu'il ne pouvait ébranler ainsi leur fermeté, il les réunit tous ensemble pour essayer un dernier effort et leur dit : « Tous ceux d'entre vous qui veulent obéir à nos exhortations, être en communion avec le patriarche et l'Eglise catholique, venez vous placer à ma droite. Et que ceux qui persévèrent dans leur premier sentiment viennent se ranger à ma gauche. » Tous les moines, en bloc, se précipitèrent à sa gauche.

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