REPRISE DE L'AFFAIRE DU DIVORCE
grand Pierre que le Christ notre Dieu a donné les clefs du royaume des cieux et confié la dignité de chef du troupeau, c'est à Pierre, c'est-à-dire à son successeur, que l'on doit soumettre tout ce qui, dans l'Église catholique, est innové par ceux qui s'écartent de la vérité. Voilà ce que nous, humbles et modestes moines, nous avons appris dos anciens Pères ; aussi, un enseignement nouveau ayant surgi récemment au milieu de notre Eglise d'ici, nous avons cru devoir, d'abord par l'intermédiaire d'un de nos Pères, le très saint archimandrite Epiphane, puis par cette simple lettre, le soumettre à l'ange de votre suprême Béatitude. Il s'est tenu, ô vous le chef divin de tous les chefs, un synode de prévaricateurs, comme dit le prophète Jérémie, un concile d'adultères. Il n'a pas suffi à ces hommes de conspirer en faveur du prêtre qui bénit le marip.ge adultère et de le recevoir à la communion, mais comme pour mériter le nom de parfait hérétique, ils ont excommunié dans un second svnode tous ceux qui n'adhèrent point à leur erreur ou plutôt l'Eglise catholique ellemême. Pour se justifier, ils se font rempart d'un mot qui ne vaut rien. Ils appellent, d'un ton dogmatique, ce mariage de divorcés une dispense ou « économie » ; ils décrètent que les lois divines n'ont aucun pouvoir sur les rois; ils défendent d'imiter ceux qui luttèrent jusqu'au sang pour la vérité et la justice, par exemple le Précurseur et Chrysostome; ils déclarent que chaque évêque a pouvoir sur les saints canons au delà de ce qu'ils ont fixé. »
Puis, après avoir en toute simplicité, comme il le dit, et sans fard, exposé la suite de l'affaire, Théodore ajoute : « J'emprunte maintenant le cri du cory-
fi
phée des apôtres appelant à son recours le Christ, lorsque les flots de la mer étaient soulevés, et je dis à votre Béatitude, vous qui êtes représentant du Christ : » O premier pasteur de TEglise qui est sous le ciel, sauvez-nous donc, nous périssons. Imitez le Christ votre Maître, tendez la main à votre Église, comme il tendit la main à Pierre. Pierre commençait seulement à enfoncer dans les flots, tandis que i| notre Eglise est encore une fois submergée dans les profondeurs de Thérésie. Imitez, nous vous en sup- • plions, le grand pape dont vous portez le nom; de même qu'autrefois, à l'apparition de l'hérésie d'Eutychès, il s'élança contre elle, pareil à un lion spirituel, par ses épîtres dogmatiques, de même, vous, j'ose le dire à cause du nom que vous portez, poussez donc des rugissements divins, faites entendre votre tonnerre contre la présente hérésie.... Au reste, nous conjurons Votre Sainteté de nous compter au nombre de ses brebis, de nous éclairer et de nous fortifier par ses saintes prières. Si elle daignait le faire encore par ses instructions, ce serait le témoignage d'une divine condescendance : le Christ luimême n'a-t-il pas écrit à Abgar, et beaucoup d'inférieurs ont été honorés par les lettres des apôtres et des saints. C'est de moi seul, humble pêcheur, retenu en prison, que je vous écris cette lettre, parce que mon Père et compagnon le reclus, ainsi que mon frère l'archevêque de Thessalonique, sont emprisonnés dans d'autres îles. Mais ils vous disent néanmoins les mêmes choses que moi, et avec moi se prosternent aux pieds sacrés de votre Béatitude. »
Le souhait de Théodore fut exaucé et le pape lui envoya une lettre d'exhortations et de bénédictions ;
REPRISE DE l'affaire DU DIVORCE. 91
riiigoumène s'empressa de remercier avec de vérilahles transports de reconnaissance sa Béatitude apostolique dont les paroles et les prières rendaient à l'âme des exilés une nouvelle ardeur, à leur fai- Ijlesse la force, à leur langueur le courage pour persévérer sans défaillance, jusqu'à la fin, dans la foi orthodoxe. Puis, revenant encore une fois sur cette (juestion du divorce impérial et toutes ses funestes conséquences, il remet sous les yeux du pape la série des fautes commises en cette affaire : c'est l'empereur qui répudie sans raison son épouse légitime, et contracte une union adultère; c'est le prêtre qui commet la faute plus grande et plus déplorable de bénir cette union; c'est la conduite coupable de tous ceux qui coopèrent à cette transgression des lois divines, qui l'approuvent, qui prennent parti pour l'adultère et son ministre en couvrant cette transgression du nom de dispense salutaire à l'Eglise de Dieu ; c'est enfin l'anathème prononcé par le synode contre tous ceux qui n'acceptent pas ces décisions scandaleuses; c'est la prison, la torture pour tous ceux qui ne consentent pas à dire que cette « dispense » est une œuvre sainte.
Et peu importe à Théodore qu'il s'agisse en toute cette affaire de la personne du prince! « Il n'y a pas, répond-il, d'acception de personne auprès de Dieu », quoi que prétendent les Mœchianiens au dire desquels les lois ne sont pas les mêmes pour tous, mais cèdent et disparaissent pour les rois. Et où donc, s'écrie-t-il, où donc est l'Evangile des rois?... Telles sont les entreprises arbitraires et impies, telles sont les œuvres de l'hérésie mœchianienne. Nous avons cru, nous les plus humbles enfants de l'Eglise catholique, qu'il était nécessaire de vous
en informer, vous le premier des pasteurs et notre chef apostolique'. »
Le moine Epiphane, qui avait porté à Rome la lettre de Théodore et rapporté à celui-ci la lettre du pape, apprit à l'higoumène de Stude que, là-bas, il avait des ennemis qui mettaient en doute sa parfaite orthodoxie, et l'accusaient de compromissions hérétiques. Il n'éprouve aucun embarras à se justifier. ' « Il est étrange de prétendre que nous, qui souffrons pour la vérité catholique, nous aurions des sentiments hérétiques. Silence à toute bouche qui nous accuse et nous calomnie. Nous sommes orthodoxes, quoique pécheurs, ô bienheureux Père, et nous professons, sans aucune altération, la foi apostolique. Nous reconnaissons tout concile général et particulier, s'il est approuvé, avec tous les saints canons qui y sont portés; nous détestons et anathématisons toutes les hérésies et tous les hérétiques. Anathème à Barnanuphius, à Isaïe, à Dorothée, à Dosithée, qui furent anathématisés par saint Sophrone. (C'étaient les hérétiques avec lesquels Théodore avait été accusé de pactiser.) Et de même, pour tout autre hérétique, pour toute autre hérésie, anathème à ceux qui les suivent, évêques, moines, ou tout autre. Anathème aussi à celui qui n'a point anathématisé, comme il le faut, tout hérétique. Pour nous, nous sommes purs de tout sentiment hérétique, grâce à vos très saintes prières, ô le plus vénérable des Pères*. »
Théodore n'était point le seul à renseigner le Siège apostolique ; le parti contraire avait, de son côté, montré à Rome une grande activité et retourné contre