‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 49 sur 94 · I. Ep. I, 5i, logy · texte numérisé non relu

I. Ep. I, 5i, logy

persuader au monde queThéodore seul et ses moines lui résistaient, et que les autres s'étaient rangés à son sentiment.

Ce fut donc avec la joie la plus légitime que tous virent arriver la fin de cette longue et triste affaire. Au mois de mai 8ii, Tempereur Nicéphore et son fils Staurace partirent en expédition contre les Bulgares ; trois mois plus tard, le 20 juillet, Nicéphore était surpris par l'ennemi et tué ; son fils Staurace, grièvement blessé, mourait deux mois après, laissant le pouvoir à son beau-frère Michel le Curopolate.

Le plus pressant souci du nouvel empereur fut de rappeler d'exil saint Théodore, de faire cesser la relégation de tous ses moines, et de rétablir la paix religieuse dans l'empire. De nouveau, la cause de tout le trouble de l'Église byzantine et de l'État, le prêtre Joseph, fut frappé et interdit : le patriarche Nicéphore portait enfin contre lui la sentence jadis prononcée contre le même personnage par le patriarche Taraise. La communion fut rétablie entre les deux partis, et non seulement Théodore se réconcilia avec le patriarche, mais il apporta le plus grand zèle h ramènera l'apaisement et à l'union quelques esprits récalcitrants; il les eut bientôt gagnés, et de nouveau l'Église de Constantinople, évêque, prêtres etraoines, donna le spectacle de la concorde la plus parfaite. Dans la suite, on le verra, rhigoumène de Stude et le patriarche devaient se retrouver fraternellement unis dans la souffrance et dans la lutte et rivaliser de foi et de courage pour la défense des saintes images.

Ainsi finissait la dernière phase de cette affaire de divorce qui avait, deux fois, attiré sur Théodore les rigueurs de l'exil. Deux fois, méprisant toute prudence humaine, il avait voulu venger la morale outra-

REPRISE DE l'affaire DU DIVORCE. 97

ce, et il avait osé rappeler aux empereurs qu'ils doivent, comme les autres chrétiens, obéissance à rÉvangile et qu'ils ne sont pas au-dessus des lois de rÉglise. Cette leçon, Théodore eût souhaité qu'elle fût donnée aux princes par ceux qui en avaient, plus que lui, le droit. Mais les deux patriarches, Taraise et Nicéphore,run après l'autre, gardèrent le silence ; et ce fut l'higoumène qui, au péril, de sa vie, osa dire à l'empereur tout-puissant ce nonlicet que le Précurseur avait autrefois fait entendre à Hérode et payé de sa tête. Dans la conduite du prince et dans ses prétentions d'obtenir, pour la justifier, une « économie» ou dispense spéciale des lois ordinaires de l'Eglise, Théodore voyait, avec raison, une manifestation nouvelle de l'effort ininterrompu par lequel le pouvoir civil cherchait à dominer le pouvoir spirituel et à le soumettre à son influence. Lorsque Théodore réclame, pour la seconde fois, la déposition du prêtre Joseph, nous serions tentés d'accuser d'excès une semblable exigence, puisque le coupable avait subi sa peine déjà pendant huit ans, mais l'higoumène de Stude connaissait bien le personnage, il avait sondé toutes les bassesses de celte âmeservile que l'on allait bientôt trouver au premier rang des iconoclastes persécuteurs. Lorsqu'il proteste contre l'élection h l'épiscopat d'un simple laïque, hier encore fonctionnaire civil, et demain patriarche de la nouvelle Rome, il a, pour le justifier, l'autorité des canons ecclésiastiques; et la défiance initiale qu'il manifeste pour ces sortes de choixn'est que trop légitimée par des condescendances qui ne furent pas exemptes de faiblesse. Pour ces évêques, si vertueux d'ailleurs qu'on les suppose, un tel moine était gênant. Car évêque et moine se faisaient, du rôle de l'ordre monastique

dans l'Eglise, des conceptions inconciliables. « Vous êtes moine, disait révêque,il ne vous est pas permis de juger les actions des prêtres, vous n'avez qu'r obéir et non pas commander et surveiller'. >> Mai Théodore déclarait que c'était affaire aux moines d résister à toute innovation, si légère qu'elle paraisse dans l'Évangile, et que s'ils donnaient aux laïques l'exemple de l'hérésie et de la communion avec les hérétiques, ils auraient h répondre de leur perdition. Et Théodore avait raison d'appeler innovation àfl l'Evangile le nouveau mariage contracté par l'empereur du vivant de son épouse légitime, et, plus encore, de j s'élever de toute la vigueur de son zèle contre ' l'étonnante déclaration de prélats complaisants que les lois divines ne sont pas établies pour les rois. Contraste étrange que celui de ces évêques qui tremblent et s'humilient devant l'omnipotence impériale, et de ce moine, né pourtant et grandi auprès du palais des empereurs, qui se dresse avec son indomptable j énergie pour réclamer l'obéissance aux lois divines et dénoncer l'asservissement de l'Eglise de Byzanceaux volontés du pouvoir civil. Au reste, dans cette lutte saint Théodore soumettait sa conduite, ses paroles, ses écrits au jugement suprême du siège apostolique, gardien de la vérité et de la discipline catholiques ; son intelligence, aussi bien que sa foi, voyaient dans cette union absolue avec le Pontife romain la seule garantie d'orthodoxie, un contrepoids nécessaire à l'envahissement de l'autorité impériale et le seul remède sûr aux dissensions intérieures de cette Eglise de Byzance, si inquiète et si troublée.

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