‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 50 sur 94 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

Lorsque Théodore, revenu d'exil, eut repris posiession de son couvent de Stude, il lui fut aisé de îiontrer h ses moines combien la vertu est chose •are et difficile en des temps si troublés, combien la utte, pour ceux qui veulent combattre, prend de ormes, et enfin que le travail est utile toujours, mais levient alors plus nécessaire à la persévérance. Et )ientôt on revit fleurir toutes les vertus monastiques, ous les genres d'études et de travaux qui avaient ait de ce monastère le modèle de tous ceux de la îapitale : au témoig^nage du biographe de notre saint, 'éclat d'un glorieux passé fut éclipsé par le présent. )e nouveau, aux exercices ascétiques, les uns oignent l'étude de l'éloquence, la méditation et 'étude des Saintes Ecritures, d'autres composent des lymnes, des cantiques, des mélodies; d'autres se brment à la pratique des arts manuels afin de procurer à leurs frères tout ce qui est nécessaire à la vie sans qu'il soit besoin de sortir du couvent. Et la renommée de tant de vertus et de science se répand de plus en plus et remplit la terre.

Mais cette belle ardeur fut bientôt encore troublée par les plus redoutables événements. L'empereur Michel ne fit guère que passer sur le trône. Après

une expédition malheureuse contre les Bulgares, juin 8i3, il fut contraint d'abdiquer et de laisser! l'empire aux mains de Léon rArménien. Les insuccès * militaires de Michel, venant après ceux de son prédécesseur, Nicéphore, dévoués tous deux au culte des images, avaient fourni l'occasion au parti iconoclaste, demeuré nombreux et influent parmi les officiers, de rappeler les brillants exploits de Constantin V Co-J pronyme, l'ennemi déclaré de « l'iconolatrie ». Proclamé basileus par la volonté des soldats, le nouvel empereur Léon pouvait-il manquer de favoriser, et d'imposerpeut-étre, l'hérésie chère aux soldats ? Après quelques délais et tentatives diplomatiques, poussé d'ailleurs par les iconoclastes notoires dont il s'étaiti entouré, Léon l'Arménien essaie d'abord de gagner] à son dessein le patriarche Nicéphore; mais celui-ci | ne se laisse toucher ni par les caresses impériales, j ni par les menaces; une autre fois, l'empereur, entouré \ de tous les hommes qui s'étaient faits les champions de cette doctrine impie, rassemble en son palais avec le patriarche les prêtres et les higoumènes de la capitale. Théodore était parmi eux. L'empereur, assis h son trône, dans tout l'éclat d'une pompe officielle, au milieu de ses officiers et de tous les grands dignitaires de sa cour, prend le premier la parole pour rappeler que la loi de Moïse interdisait toute image faite de main d'homme, et que les empereurs Léon risaurien et Constantin avaient fait disparaître les images et défendu leur culte; puis, il propose aux deux partis de tenir une conférence sur cette question. Le patriarche et divers assistants prirent la parole pour réfuter le discours impérial. Après eux saint Théodore se leva pour affirmer avec la plus ardente conviction, par des textes de' la Sainte Ecriture,

par des exemples, par les plus éloquentes raisons, la légitimité du culte des images. Puis il finit par ces courageuses paroles auxquelles les oreilles des princes, à Byzance, n'étaient point habituées : « O Empereur, puisque vous nous provoquez à interroger et à répondre, voici ce que nous vous répondrons tout d'abord : les affaires ecclésiastiques sont du ressort des prêtres et des docteurs; l'empereur a l'administration des choses extérieures. C'est ce que dit l'Apôtre : « Dieu établit dans son Eglise en premier lieu les apôtres, puis les prophètes, puis les docteurs » (I Cor. XII, 28) et nulle part il ne fait mention des empereurs. C'est à ceux-là qu'il appartient de prendre des décisions touchant les dogmes et la foi; et c'est votre devoir de leur obéir et de n'usurper pas leur fonction*. »

A ces mots, l'empereur, interrompant Théodore, lui dit en l'appelant par son nom : « Ainsi donc, aujourd'hui, vous me rejetez hors de l'Eglise? — Ce n'est pas moi, reprit le saint, mais c'est le divin Apôtre ou plutôt c'est vous-même qui l'avez devancé, en vous séparant d'elle par vos actions. Mais si vous voulez revenir à elle, demeurez avec nous qui vous annonçons la vérité, et qui vénérons l'image du Christ : suivez en toutes choses le très saint patriarche, notre père à tous. »

La liberté de ce langage déchaîna la colère de l'empereur qui mit fin brusquement à la réunion avec (les cris et des menaces; mais à peine les catholiques étaient-ils rentrés dans leurs demeures qu'un décret impérial leur était communiqué, portant défense de parler encore des questions de foi, de les enseigner,

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