I. Ep. II, i
tanlinople, parut à l'empereur un défi. Aussi s'emprossa-t-il de faire présider par le nouveau patriarche Théodote les trois sessions d'un svnode où le concile œcuménique de 787 fut déclaré hérétique et tous les orthodoxes frappés d'anathème. Et comme Théodore ne cessait pas d'encourager, par sa parole, par ses écrits, à demeurer inébranlables dans la confession (le la foi orthodoxe, l'empereur prononça contre lui une sentence d'exil. Le prince allait se faire le bourreau de ses propres sujets; le moine allait devenir le chef incontesté du parti catholique, le centre spirituel de tous les orthodoxes. Le concile, il est vrai, n'avait point comme celui de 706, tenu sous Constantin Copronyme, confondu le culte des images avec Tidolatrie, mais l'atténuation de la doctrine iconoclaste ne devait en rien diminuer les violences de l'iconoclaslie impériale, et les actes de Léon l'Arménien ne le cèdent en rien pour la cruauté à ceux de Constantin Copronyme : c'est que, pour l'un et pour l'autre, la doctrine iconoclaste servait des desseins politiques : elle était devenue une doctrine de gouvernement. La déposition de Nicéphore, l'élévation scandaleuse de Théodote au patriarcat, les incidents du concile lui-même, où plusieurs prélats trop peu dociles avaient été cruellement maltraités, présageaient le • retour des plus impitoyables persécutions.
Lorsque Théodore eut connaissance de la décision impériale qui le condamnait à l'exil, il réunit tous ses moines, leur fit ses suprêmes recommandations, puis il leur désigna soixante-douze d'entre eux qui devaient servir aux autres de guides et de modèles, et enjoignit à tous de quitter le monastère lorsque lui-même en serait sorti. Sansdoute il redoutait pour plusieurs le voisinage de la cour et les tentations du
pouvoir. « Les jours, disait-il, sont mauvais et les pieds des impies sont rapides. » Puis recommandant à Dieu et aux premiers d'entre ses frères toute la communauté, il sort du monastère laissant tous ses moines dans la tristesse etdans les larmes, et se dirige vers le lieu de son exil, la forteresse de Métopa, aux bords du lac Apollonia, sur les limites de la Bithjnie et de la Phrygie. C'était le troisième exil que l'intrépide abbé subissait pour n'avoir pas voulu régler sa foi sur les décisions du tout-puissant empereur et avoir préféré aux faveurs du pouvoir et à son monastère lui-même lafîdélité à la doctrine de l'Eglise catholique.
Parmi les catéchèses qu'il adresse à ses moines, celle-ci, qui fut peut-être une des premières écrites après le départ de Théodore à ses frères dispersés, contient une rapide réfutation des erreurs iconoclastes et les plus touchantes exhortations à demeurer fidèles à leur culte. « Mes frères et mes pères*, hier pendant que nous célébrions la mémoire du Précurseur, le souvenir me revint à la pensée de notre vie au monastère : comme nous étions alors, tous ensemble, « marcliantdanslaconcordedans la maison de Dieu » ! (Ps. LIV, i5). Et comme nous voilà maintenant dispersés, l'un ici, l'autre là, en diverses régions et contrées. Mais puisque cette dispersion est pour la cause de Dieu, il faut nous en réjouir : réjouissezvous, dit-il, et soyez heureux, parce que votre récompense est grande dans les cieux (Matth., V, 12) et aussi parce que nous ressemblons à notre Maître qui a dit : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi; s'ils ont gardé ma parole, ils garderont