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aussi la vôtre. Mais ils vous feront toutes ces choses à cause de mon nom, parce qu'ils ne connaissent point celui qui m'a envoyé » (Joan., XX, 20-21). Et en vérité, de même que les Juifs ignorent le Père, eux qui n'ont pas reçu le Fils, de même les Iconomaques ignorent le Christ, eux qui repoussent son image. Voyez leur perverse doctrine avec ses deux variétés ; les uns ne veulent pas qu'on fasse aucune image du Christ; les autres concèdent qu'on puisse en faire, mais comme on fait des tableaux de guerre ou de chasse, et ils disent : « On ne doit pas adorer l'image du Christ, pas plus qu'on n'adore l'image d'un cheval, d'un bœuf, d'un cliien, d'un lion, d'une panthère, d'un serpent, d'un oiseau ou d'un poisson. » Quel homme sensé ne gémirait d'un tel langage ! Qui pourrait ne pas verser de larmes ? L'image du Christ que les anges révèrent, qui fait frémir les démons, ils ne rougissent pas de la comparer à celle des bctes fauves, des quadrupèdes, des serpents, des oiseaux, des poissons et de la confondre dans le même déshonneur. Oh ! l'affreuse pensée! Oh! l'audace plus afïVeuse encore ! Et quoi encore ? Ils appellent homme l'image d'un homme, bœuf^ celle du bœuf, âne celle d'un âne, chameau celle d'un chameau, perdrix celle d'une perdrix; de même pour les divers genres de plantes et d'animaux; quant à l'image du Christ, ou de la Mère de Dieu, ou des saints, ils ne supportent pas qu'on leur donne le nom du prototype qu'elles représentent; ils les appellent simplement des images sans vouloir ajouter de qui, afin de n'être pas pris dans leurs propres filets : tant ils sont remplis de déraison et de blasphème!
Et c'est pourquoi, moi, humble moine, l'àmcattris-
tée et craignant d'être accusé si je garde le silence, poussé par la nécessité, j'élève la voix, brièvement et pour peu de temps. Car si les hétérodoxes ne cessent pas, et en particulier et en public, et de vive voixet par écrit, d'aiguiser leur langue de blasphème contre le Christ, nous, devrons-nous taire ce qu'il faut dire? Et comment porterions-nous la colère de Dieu ? Comment imiter nos pères, qui, en des conjonctures semblables, disaient que c'était trahir la vérité que de la dissimuler et se taire? »
Saint Théodore ne voulut point se taire. Et pendant son exil qui devait se prolonger plus de douze années, par ses lettres, par ses instructions catéchétiques, par une correspondance infatif^able et une activité intellectuelle étonnante, il soutient, conseille, relève ou encourage, non seulement ses moines, mais tous les orthodoxes, et c'est à lui-même que s'applique tout d'abord ce bel éloge qu'il adressait, de Smyrne, à ses frères, sur la fin de son long eloignement : « Ceux du dehors, hommes et femmes, dans le cloître et dans le monde, ont confiance en vous. Et c'est à bon droit, car, par la grâce du Christ, vous êtes la lumière de Byzance, pour ne pas dire du monde entier'. '>
1 Kp. H, G6, I -iy'i''.
SAINT TH£OiiORE,
CIJAPITRE Vm
Saint Théodore devait passer en exil tout le reste du règne de Léon l'Arménien, mais non pas toujours dans ie même Heu. Il ne demeura pas plus d'une année au fort de Métopa, trop près de la capitale, au gié des peisécuteurs,ei d'où il était trop lacile à Thii^oumène de suisre les vicissitudes de la lutte et de diriger les orthodoxes. Au printemps de 816 il ( fut déporté beaucoup plus loin de Constantinople, dans la forteresse de Honita, au thème des Anatoliques, à quelque cent milles de la côte lycienne; puis, après trois ans de séjour, il est conduit et interné à Smyrne.
Les premiers mois d'exil laissèrent, à ce qu'il semble, encore quelque liberté à Théodore. Il partageait son temps entre la prière, le travail des mains, le silence et la lecture. Les catholiques des environs venaient le voir et l'entendre; ceux de ses moines dispersés par la persécution dans cette contrée se réunirent plusieurs fois autour de lui et il leur faisait ses catéchèses comme au couvent. Mais surtout il écrivait sans repos ni trêve, enseignant, consolant, encourageant non seulement ses frères les moines, mais des évèques, des religieuses, des laïques de tVfate ctoB'ditto'n, p'r'ètfcant infaligabbement
à tous la résistance à toutes les séductions de Thérésie impériale, le courage et l'espoir. L'une de ses lettres « à ses frères dispersés, incarcérés et exilés pour le Clirist » tomba entre les mains de Tempereur. Théodore y établissait, une fois de plus, par des textes nombreux de TEcriture, par l'autorité des Pères de TEglise, par les décisions des conciles, la doctrine catholique sur le culte dû aux images du Christ, de la Mère de Dieu et des saints: mais il portait sur TEglise de Byzance un jugement qui devait profondément irriter le prince qui prétendait y régler, à son gré, les croyances : « Pour nous, disait Théodore, nous pensons comme l'Eglise apostolique et universelle, car cette Eglise de Byzance est un rameau hérétique, et c'est son habitude de se séparer des autres en beaucoup de manières ^ » Pour la franchise de ce langage, pour ses prédications continuelles, pour l'influence qu'il conservait sur les orthodoxes, l'higoumène de Stude fut transféré bien loin dans l'intérieur, à Bonita, et on lui fit défense de voir personne et d'écrire à personne sur les questions de foi. Mais à cette défense il répondit en homme apostolique, comme il l'avait fait déjà, par les paroles de l'apôtre : « S'il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu'.à Dieu, jugez-en. Car nous ne pouvons pas ne point parler de ce que nous avons vu et entendu. » (Act.,iv, 19, 20.) Et encore : a II faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes, n (Act., V, 29.)
Aussi Théodore continua-t-il, sans que son zèle fût ralenti par la flagellation que lui valut cette courageuse réponse, à répandre les exhortations et
Sp. ti, 8, iiW.
les conseils dans une correspondance qui nous est d'autant plus précieuse qu'elle s'échangeait au prix des plus grands périls. Il était difficile d'avoir des messagers fidèles. Tout un système d'espionnage et de délation enveloppait les amis des images. Mais l'exilé convient avec ses moines d'une écriture chiffrée, et il trouve, parmi ses disciples, des courriers sûrs, que n'arrêtent ni les fatigues ni les dangers de lointains voyages où ils risquent toujours et oii il leur arrive quelquefois d'être surpris et arrêtés par la police impériale. L'un d'eux, le moine Denis, est envoyé à Jérusalem, puis à Rome, mais il est deux fois emprisonné; le moine Eupliémien est deux fois chargé d'une mission pour l'abbé d'un monastère de Rome; le moine Epiphane fit aussi deux voyages dans cette ville ; d'autres religieux vont porter les lettres de Théodore jusqu'au monastère palestinien de Saint-Sabas.
Ces lettres nous apprennent toutes les souiïranccs sous le poids desquelles on essaya de briser enfin l'énergie de son âme et la fidélité de son disciple Nicolas qui l'avait suivi dans son exil. Il écrivait à l'économe de Stude, le moine Naucrace qui venait d'être emprisonné et flagellé avec sept autres frères : « Gloire à Celui qui vous a appelés à la confession de sa vérité; gloire à Celui qui fortifia vos âmes, qui me sont si précieuses, dans le combat qu'elles ont livré avant les autres, sans crainte du visage de l'impie. Vous êtes bienheureux, ô mes fils aimés ! et trois fois bienheureux. Et s'il faut parler de moi, je suis bienheureux, moi aussi, l'infortuné, le misérable, d'être appelé le père de tels fils qui sont les enfants de Dieu et les héritiers du Christ. Quelle joie,plIus déle'otable que touttejoieî Etqlièlle gloire!
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)rter les sti^rmates du Chiist, participer à ses soufîîces vivifiuntes : quelle couronne plus admirable le tout diadème!
« Voilà donc vos actions : le ciel les a louées, la terre les a entendues. Les miennes sont sans intérêt et pleines de péchés, et notre frère Adrien vous en a informés, car il a pu arriver sain et sauf. S'il faut encore ajouter quelque chose, voici ce que je puis vous dire. Après nous avoir déchirés h coups de fouet — Théodore et son disciple Nicolas — ils nous ont enfermés dans une chambre haute, ont muré la porte et retiré l'échelle. Tout autour, il y a des gardes pour que personne n'approche et ne touche à notre réduit. Et même, quiconque pénètre dans l'enceinte fortifiée est suivi par des gardes qui ne le laissent aller nulle part ailleurs que chez lui et surveillent ses sorties. Il y a un ordre sévère de ne nous rien donner que de l'eau et du bois. Ainsi, on nous a placés ici comme dans un tombeau, pour nous faire mourir. Mais la miséricordieuse bonté de Dieu nous soutient avec des provisions que nous avions apportées et avec ce qui nous est donné par l'ouverture de notre fenêtre, jusqu'où un homme monte par l'échelle à l'heure marquée. Je n'oserais pas dire ce que dit Daniel, lorsqu'il reçut son repas d'Habacuc : « Dieu s'est donc souvenu de moi. > (Dan., XIV, 3j.) Et pourtant, il s'est souvenu de nous qui sommes pécheurs, il nous prend en pitié, il nous dirige, il nous protège. Mais lorsque, par sa permission, les provisions nous manqueront, la vie nous manquera en même temps, et nous nous en réjouissons, et cela aussi sera im bienfait de Dieu*. »
I Ep. II, 34, 1208.
Si les plus durs traitements peuvent briser son corps, ils sont incapables de fléchir Tincbranlable résolution de son âme : « Allons-nous donc céder? Allons-nous garder le silence» et, par crainte, obéir aux hommes et non h Dieu? Non, jamais. Mais jusqu'à ce que le Seigneur nous ouvre la porte, nous ne cesserons pas de remplir, autant qu'il est en nous, notre devoir, et de redouter et de fuir le jugement dont est menacé le silence *. »
Au début de la persécution, tous les higoumènes de la capitale étaient d'accord avec l'abbé de Stude dans leur résistance aux prétentions exprimées par l'empereur d'exiger le silence diplomatique sur la question des images. Mais beaucoup d'entre eux, que l'on jugeait plus tlexibles, à peine partis pour l'exil, reçurent l'ordre de revenir à Constantinople; on se contenta de leur demander un acte pur et simple de communication avec le clergé de la cour, et bientôt la plupart eurent la faiblesse d'y consentir. Il es! vrai que les supplices dont on menaça les orthodoxes, et qui leur furent bientôt infligés, pouvaient efl'rayer les âmes les plus robustes. Ils devaient égaler en cruauté les persécutions de Constantin ^ et faire un plus grand nombre de victimes. Saint Théodore en faisait ce tableau dans une lettre adressée au patriarche d'Alexandrie :
« La persécution s'est abattue sur nous, ô bienheureux, et la plus rude des persécutions. Les autels ont été renversés, les temples du Seigneur dévastés, temples publics, sanctuaires privés, dans les couvents d'hommes et dans ceux de femmes, les anciens temples comme les nouveaux. Spectacle lamentable