‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 64 sur 94 · I. Ép. II, loo, i · texte numérisé non relu

I. Ép. II, loo, i

niaient les conseils de son expérience et de sa saj2^esse. L'abbé INîacaire, supérieur du monastère bithynien de Pélécètes, avait été expulsé de son couvent, exilé et jeté en prison : la communauté n'a plus de chef, et les religieux, troublés et inquiets, se demandent h qui ol)éir, d'autant que le patriarche légitime, saint Nicéphore, contraint de donner sa démission et condamné lui-même à l'exil, est remplacé par un évêque intrus, auquel les orthodoxes ne reconnaissaient aucune juridiction. Que faire sans patriarche, sans higoumène? Aux environs de Pélécètes vivait un saint ermite, Sergius, que les moines conjurent de prendre la direction du monastère; il est élu higoumène, et il accepte. Mais, nouveau sujet d'anxiété : l'élection ne pourra être confirmée, puisque l'Eglise d'Orient n'a plus de chef orthodoxe; l'higoumène ne pourra recevoir l'investiture canonique, ni, par conséquent, exercer les fonctions de sa charge.

C'est alors que les moines de Pélécètes, dans leur situation sans issue, s'adressent à saint Théodore : il est le personnage le plus en vue de tout l'ordre monastique; il connaît d'ailleurs ces couvents de l'Olympe où il passa ses premières années de profession religieuse, et l'orthodoxie u'a pas de représentant plus intrépide que lui : seul, il peut donner une décision qui soit acceptée de tous. Nous avons la réponse du saint à la « Fraternité « qui l'avait consulté. « Vous êtes devenus, dit-il, un troupeau sans pasteur, et en des jours où les loups cruels se précipitent sur les brebis du Christ et s'ingénient à ravir les âmes comme une proie. Mais puisque c'est Dieu qui a permis que votre pasteur vous fût ravi, il faut l'en remercier et ne pas désespérer. Et puisqu'il

vous a paru bon de choisir pour higouméne notre 1res religieux frère Sergius, continuez à vous laisser

iiriger et gouverner par celui que vous avez élu

omme père spirituel, si toutefois, ajoute Théodore, NOUS n'avez aucun doute que ce soit le désir de Macaire, votre père spirituel; qu'il soit votre guide dans !a persévérance et dans la perfection; qu'il vous

;irde de la tempête des esprits hérétiques et vous conduise au port du salut, et que le saint nom de Dieu soit glorifié h cause de vous. »

Puis,s'adressantà Sergius, il lui dit : « Vous n'avez pas eu tort, les conjonctures étant telles, de quitter le trou de votre rocher et de devenir le conducteur de vos frères. Demeurez dans votre charge jusqu'au jour où Ton désignera notre saint patriarche; alors il faudra remplir les formalités légales et canoniques. Tant que ce jour ne sera pas venu, dirigez vos frères dans le Seigneur comme devant rendre compte pour leurs âmes, et recevoir vous-même la récompense de votre sollicitude. Ayez seulement des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un cœur vigilant et cherchant Dieu, tous les sentiments d'un pasteur, une parole qui instruise, une conduite pleine de dignité, une tenue et une démarche de bon ton. Paissez donc les brebis du Seigneur; gardez-les fidèles dans la bergerie orthodoxe; nourrissez-les de la pâture des commandements de Dieu; reposez-les près des eaux de sa volonté sainte; prenez soin de ne laisser ravir ni vous ni aucune d'elles par les bêtes féroces de l'hérésie*. »

Mais, plus persuasif encore que ses exhortations épistolaires, le courage de Théodore au milieu des

I Ép. II, 146, 1457.

soufTrances de son exil, fut une admirable et conl nuelle prédication. Ce qu'il endura de tribulations pendant les trois années de son séjour à Bonita pourrait à peine s'exprimer. En hiver, c'était un froid i rigoureux qui torturait son corps frêle et malade; en j été, des chaleurs excessives le suffoquaient dans son | étroit réduit. De plus, raconte le biographe son disciple, il était tourmenté par des essaims de toutes sortes de vermines qui pullulaient à l'aise dans cette prison obscure, infecte et poussiéreuse. L'inflammation de ses plaies, l'œdème de tous ses membres ne lui laissaient aucun repos. Ajoutez à ces douleurs physiques, les plaisanteries et les rires moqueurs de ses gardiens, et même la torture de la faim et de la soif, car il ne recevait pour nourriture qu'un petit « morceau de pain, et encore de deux jours l'un! Et toutefois, dans cette extrême disette, Théodore songeait plus aux souffrances de son compagnon de prison, son disciple Nicolas. « A ce que je vois, mon fils, ces hommes cruels veulent nous faire mourir de faim. Mettons en Dieu toute notre confiance. Pour moi, je veux me contenter de la sainte communion ■ (il portait toujours avec lui quelques parcelles du ! corps vivifiant du Seigneur, et il célébrait les saints \ mystères, chaque fois qu'il le pouvait). Je ne pren- | drai que cette nourriture aussi longtemps que le j Christ conservera des forces et un souffle de vie à mon corps cliélif. Pour vous, mangez toute la part qui nous est donnée, et qui vous suffira h grand'peinc, car elle est trop exiguë; et peut-être ainsi pouriez-vous éviter la mort par la iaim qui vous menace. Si vous pouvez, grâce h ce léger soutien, prolonger votre vie, vous annoncerez ma mort à l'économe et à nos autres frères, si ttUe est la

volonté de Dien *. » Théodore ne mourut pas de celte épreuve, car, un grand personnage de la cour étant passé vers ce moment à Bonita, et ayant* appris ce que souffrait l'abbé de Stude, ordonna de lui donner désormais la nourriture suffisante et tous les soins nécessaires.

Au commencement de la troisième année de séjour à Bonita, les mauvais traitements recommencèrent à accabler Théodore et son compagnon de captivité. De nouveau, une catéchèse de Thigoumène était tombée aux mains de Tempereur. L'abbé y recommandait, avec celte ardeur communicaiive dont ses lettres nous donnent tant d'exemples, à tous ses disciples enfermés dans les prisons impéri.des on soufflant les persécutions pour le Christ, de persévérer dans leur courageuse résistance aux violences et aux tentations perfides de la secte infâme des brûleurs d'imai^es. A la lecture de cette lettre, Léon l'Arménien, emporté par une fureur violente, donna l'ordre à son préfet d'Orient de flageller, s'il le pouvait, de sa propre main, de cent coups de nerfs de bœuf, l'auteur de la lettre. Le préfet se rend en toute hàle auprès de Théodore, le fait sortir de prison ainsi que son compagnon Nicolas; puis, montrant la catéchèse incriminée : « La reconnais-tu? » demande-t-il à Théodore — « Oui, répondit le saint, elle est de moi, et de personne autre. » Là-dessus, le préfet fait d'abord dépouiller de ses vêtements le disciple et secrétaire du saint, Nicolas, qui avait copié la lettre, et le flagelle cruellement sous les yeux de son maître. Puis, c'est le tour de Théodore; il reçoit les cent coups de nerfs

T. fritte , 197, 593.

de bœuf qui déchirent cruellement tous ses membres, qu'ils meurtrissent jusqu'aux os. Théodore est' laissé gisant à terre, h demi-mort, insensible à tout, excepté à la douleur, incapable de nourriture, de boisson et de sommeil. Toutefois les soins de son disciple finirent par le ramener à la vie. Et ce n'est pas, semble-t-il, sans une émotion mêlée d'admiration que le moine-biographe de Théodore raconii par le détail les charitables services rendus alors à l'higoumène par son compagnon de lutte et de prison : « Nicolas, en excellent serviteur, lui faisait apporter de la tisane, à peine une tasse par jour; il en humectait la langue desséchée de son père spituel, en versait goutte à goutte dans sa bouche, le ranimant peu à peu et le rappelant de la mort à la vie. Puis, lorsqu'il vit que les forces renaissaient, il commença à soigner les chairs, déjà tombant en pourriture; à la suite des coups de la flagellation elles s'étaient corrompues, remplies d'ecchymoses noires et de pus ; des lambeaux s'en détachaient, morts et inutiles ; Nicolas les enlève avec un petit couteau, les sépare des chairs demeurées saines afin de hâter, par ce remède, la cicatrisation. »

Cette flagellation si cruelle avait eu lieu le 23 février 819; tout le temps du carême et au delà se passa au milieu de ces souffrances corporelles, et c'est à peine si Théodore était revenu complètement à la santé pour les derniers jours de la Pentecôte *.

Les plaies du courageux confesseur de la foi étaient à peine fermées qu'un message impérial vint donner l'ordre de transférer Théodore à Smyrne. Avant d'exécuter cet ordre, l'officier qui en était

i. yitsB, 20a, 397.

largé, prit grand soin d'explorer tous les coins i recoins de la prison pour voir si les moines n'y aient pas caché des trésors : illusion habituelle et t'ception certaine réservée à l'avidité de tous les rsécuteurs. Comme il ne trouva rien, il déchargea rage sur Nicolas et Théodore et, brutalement, les >ussa hors de leur misérable cellule. Théodore, cii était très affaibli par les souffrances, était pareil un cadavre. A peine pouvait-il marcher. INéanoins, mettant en Dieu sa confiance, et se faisant olence à lui-même, il fortifiait la faiblesse de son ips par l'espérance des biens réservés aux justes, ainsi soutenu par cette espérance, malgré les firmités et les douleurs physiques, après un voyage iig et pénible, inhumainement poussé pendant le Lir, entravé la nuit comme un lugitif, il atteignait Smyrne au commencement de l'été 819; sur l'ordre de l'empereur, il fut remis aux mains de l'évêque iconoclaste de cette ville : Théodore devait demeurer encore vingt mois dans cette nouvelle captivité, et y souffrir toutes sortes d'épreuves et de tourments, enfermés tous deux dans une seule chambre, réduits au pain et à l'eau, et condamnés sous la menace des plus durs châtiments à n'avoir avec le dehors aucune relation. Mais aucune crainte ne pouvait empêcher Théodore d'écrire à ses moines pour les réconforter dans leurs épreuves. « Naguère, dit-il dans une lettre datée de Smyrne, naguère ma lettre vous arrivait du thème des Anatoliques, elle vous vient aujourd'hui du thème des Thrakésiens. Car les princes de ce monde nous ont translérés à Smyrne et nous font garder dans une prison beaucoup plus étroite et plus rude que la précédente. Mais « la parole de Dieu n'est pas enchaînée * (II Tim.

II, 9), Tamour ne connaît pas de repos et le précepteh ne peut se taire *. » j'

Une autre fois, de cette même prison de Smyrne, f en envoyant à ses frères une lettre collective il leur i dit : a Les conjonctures présentes m'obligent à vous * écrire h tous ensemble et non h chacun en particu- p lier : ce n'est pas dédain, ni mépris, à Dieu ne plaise ! | car comment pourrais-je dédaigner les fils de mes! entrailles, les confesseurs du Christ? je prendrais plutôt pour encre mon sang et la peau de mes' chairs pour parchemin afin de vous écrire, s'il était possible, et m'entretenir avec vous chaque jour. Mais si je vous écris amsi, c'est à cause de la surveillance beaucoup plus sévère de ma prison. D'ailleurs cette même lettre suffira à ceux qui soutiennent les mêmes combats. »

« Continuez, leur dit-il, mes bien aimés fils, à supporter courageusement les tristesses de la prison, et toutes les épreuves qui vous attendent, à savoir : mourir chaque jour, rendre témoignage, lutter jusqu'à ce que vienne le temps de la paix, quand le Seigneur l'aura trouvé suffisant pour éprouver ses confesseurs et pour châtier les incrédules. Que le jour succède au jour dans la patience et le courage ; que votre main s'applique à un travail, que votre langue chante des psaumes, que votre corps soit réduit en servitude, que votre esprit veille à ne pas laisser la porte ouverie aux vices, et qu'ainsi votre prison devienne une prison large et spacieuse, agréable et charmante, et le palais du Christ : car je sais trop que votre prison n'a rien d'un palais Mais persévérez, mes braves, à combattre; soyez

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