‹ Saint Théodore (759-826)Chapitre 66 sur 94 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Trois jours après son élévation au trône impérial, Michel II publiait un cdit qui rapportait toutes les sentences d'exil et ouvrait la porte des prisons ;iux victimes de son prédécesseur. Théodore allait donc pouvoir, après sept années d'absence, reprendre le chemin de Constantinoplp. Il revint, par petites journées, recevant partout sur son passage les plus touchants témoignages de vénération. A Ptélée, il rencontra un grand nombre de ses moines ainsi que son frère Joseph, archevêque de Thessalonique, tous, comme lui, exilés pour la foi catholique. Tout entiers à la joie de se revoir après une si longue absence et de si terribles épreuves, ils demeurèrent là plusieurs jours, heureux de pouvoir de nouveau célébrer ensemble les fêtes de l'Eglise, et de reprendre les exercices de la vie cénobilique. Dans une catéchèse qui, sans doute, appartient à cette époque, Théodore disait précisément à ses moines : « Mes frères et mes pères, les années précédentes nous avons célébré les îeles du Seigneur notre Dieu, mais non pas comme cette fois, dans une église et avec un grand nombre

d'entre vous; vous avez vu, en effet, et des chœurs plus nombreux, et des tables plus nombreuses, et cela sur un sol étranger. Il faut nous en réjouir, et il faut craindre; nous réjouir de Taccomplissement des promesses de Dieu, craindre d'être intlignes de ses bienfaits en le provoquant, par notre inf^ratitude, à détourner de nous sa sollicitude paternelle. Car si nous recevons ses bienfaits avec reconnaissance, si nous le servons avec crainte et tremblement, « voici ce que dit le Seigneur : La cruche de farine ne manquera point, et le flacon d'huile ne diminuera point » (III, Reg., XVII, i4). Voyez, mes frères, comme les fêtes passent, les solennités prennent fin, les jours s'en vont, et chacun d'entre nous disparaît d'ici bas. Voilà notre frère Tliéodule qui est mort : c'était l'un des plus vaillants, d'une obéissance éprouvée, d'une constance inébranlable dans la foi; il avait souffert pour le Christ et les coups et la prison, et c'est dans la persécution qu'il finit sa vie. » Et Théodore, établissant, pour ainsi dire, le gain de la persécution, ajoute : « Et quel plus grand bonheur pourrait nous arriver, que celui d'avoir tant de nos frères — leur nombre va jusqu'à cent et davantage — qui ont brillé comme des astres, et qui ont laissé pour l'exemple de leurs contemporains et des âges futurs, dans les lieux où on les avait bannis, leurs corps sacrés en témoignage à l'orthodoxie. Et je ne parle pas seulement de noire communauté, mais, aussi bien, de ceux qui, appartenant à d'autres monastères, sont morts victimes de la persécution. C'est un puissant soutien pour l'Eglise de Dieu d'avoir eu une si grande nuée de martyrs pour l'image adorable de Notre-Seigneur Jésus-Christ, pour l'image de la Mère de Dieu et de tous les saints; et s'il n'y avait pas

autre preuve de la vérité, celle-là suffirait seule à LIS les hommes de réflexion*. »

Après un séjour de quelque durée h Ptélce, Tliéo- )ie, avec ses moines, se rendit à Brousse; la noulle de son arrivée s'étant répandue dans toute la ;ion de l'Olympe, il se vit bientôt environné de iix qui, dans les solitudes, sur les montagnes, au idod des cavernes, s'adonnaient aux exercices de l'ascétisme et désiraient contempler le chef de tous les vaillants confesseurs de la foi, obtenir sa bénédiction et ses prières. De Brousse, Théodore se rendit à Chalcédoine, puis aux environs de cette ville alla visiter le patriarche saint Nicéphore qui, depuis sa déposition, vivait au bord du golfe dans un monastère qu'il y avait autrefois fait bâtir. L'évêque et le moine purent, à loisir, pendant quelques jours, s'entretenir de leurs épreuves, verser ensemble des larmes de joie et d'espérance, louer le Seigneur qui veille toujours avec miséricorde au salut de tous les siens; mais ils durent aussi se demander ce qu'il leur restait à faire. Car si l'empereur Michel avait permis le retour des exilés et ouvert les prisons, il n'avait pas encore rendu la liberté d'honorer les saintes images. Ainsi que l'écrivait Théodore, « l'hiver était passé, toutefois ce n'était pas encore le printemps, mais seulement une courte éclaircie, avec l'espoir d'une heureuse traversée. Le feu est éteint : pourquoi restet-il encore de la fumée'? »

Aussi Théodore, sans vouloir encore aller à Constantinople, s'arrêta avec ses moines à Crescentios sur le golfe de Nicomédie. Il écrivit, de là, à l'empe-

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