I. Laud. funeb
sait point aux plaisanteries, aux spectacles, aux jeux et amusements divers qui font le charme des jeunes o-ens de même âge et de même rang ; on le voyait uniquement soucieux de s'instruire et son plaisir le plus vif était d'accroître ses connaissances et de nourrir son esprit. A mesure qu'il grandit en âge et en jugement, il parcourut le cycle des études profanes, grammaire et poétique, rhétorique, dialectique. Par la finesse et la promptitude de son esprit aussi bien que par l'activité de son travail le jeune élève brille, sans rival, au premier rang. Bientôt il sait parler et écrire le grec dans toute sa pureté; en étudiant les meilleurs d'entre les poètes, il ne se laisse pas attirer par toutes les fleurs de la poésie, mais se fait un choix de celles qui lui paraissent les plus utiles. Ce qu'il recherche, ce n'est pas de connaître les mythes gracieux et les brillantes fictions, il s'en défie avec autant de soin qu'Ulysse se défiait du chant des sirènes : c'est d'ouvrir son intelligence, par l'étude des lettres profanes, à la connaissance des Lettres chrétiennes. S'il orne son esprit par la lecture des poètes, s'il l'exerce même à des compositions poétiques, il n'oublie point les sages conseils des anciens, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze : « Imitez l'industrieuse abeille qui, guidée par la nature, butine sur chaque fleur pour en retirer avec une habileté merveilleuse ce qu peut servir h composer son miel. Vous, vous êtes guidé par rintelligence : recueillez largement ce qui peut vous servir, mais si vous rencontrez motou chose capable de vous nuire, éloignez-vous au plus vite, car rien n'est plus rapide que la pensée humaine. Ainsi donc, tout ce qui a été écrit à la louange de la vertu, à la critique du vice, lisez-le, apprenez-le avecsoin, gravez dans votre esprit et la pensée elle-même et l'élégance
de la diction. Quant aux niaiseries que ces auteurs ont écrites sur les dieux, ce sont des fables et des mythes déshonnêtes, des doctrines enseignées par le démon, des fictions dignes de rires et de larmes ; détournez-vous de tous ces appâts trompeurs, méprisez ces dieux, mais estimez les écrivains qui vous apprennent à les connaître ; sur la même plante laissez les épines et cueillez les roses'. » ^
Théodore usa du même éclectisme pieux dans Tétudc des rhéteurs etdes philosophes. «Une s'exerçait pas, écrit dédaigneusement son biographe, au bavardage frivole et aux controverses des rhéteurs, mais, s'appliquant par-dessus tout à savoir bien équilibrer une composition oratoire, il laissait à d'autres, qui en font métier, le souci de vaniteux arguments et de fines et élégantes expressions. »
Pour la philosophie, dès qu'il se mit à l'étudier, il s'y adonna de toute son ardeur, et successivement il en approfondit lesdiversesparties, l'éthique, ladogmatique et la dialectique. Il voyait, tout autour de lui, des hommes artificieux tenir des discours imprudents et soulever des problèmes dangereux qui ébranlaient, détruisaient même la foi dans les âmes : Théodore se fit une règle d'éviter leur société et de n'assister jamais à leurs leçons.
Tout enveloppé qu'il fût par Tatmosphère profane de ces études, Théodore n'oubliait point les sainte Ecritures. Il les méditait avec ardeur et mettait à les approfondir le meilleur de son âme. iSon seulement il en savait le sens vulgfaire, mais il s'efforçait encore d'en pénétrer le sens mystérieux et caché. « Semblable à l'abeille laborieuse, il butinait parmi les Vies des