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Si, clans ces œuvres didactiques, l'inspiration se trouve parfois gênée par la monotonie de la forme et de la pensée, du moins on y rencontre toujours les ardeurs d'une conviction persuasive, maintes fois le conseil se précise en une formule métrique très heureuse et très nette, et la pièce finit sur un trait vigoureux et profond.
Mais il y a, semble-t-il, beaucoup plus d'élan et de souplesse, de variété et d'élévation, et de tout ce que l'on est convenu d'appelerpoésie dans les hymnes religieux, sous quelque nom qu'on les désigne, tropaires ou canons, composés par saint Théodore. Dans ces pièces nouvelles, écrites non plus d'après les règles de l'ancienne métrique classique, mais en conformité avec les lois du lyrisme chrétien, le savant higoumène paraît rechercher de préférence, si l'on en juge par les seules pièces aujourd'hui publiées, les sujets historiques. Tour à tour il célèbre les grands docteurs des Eglises d'Orient, les évêques renommés par leur courage, leur science ou leur zèle pour la foi, les martyrs particulièrement chers aux Byzantins, saint Jean le Précurseur, saint Nicolas le Thaumaturge, le plus populaire de tous les saints de l'Orient, les saints moines. Des dix-huit poèmes sous forme de tropaires récemment mis au jour, un seul, le cantique funèbre pour la sépulture des moines, ne se trouve pas inspiré, ou emprisonné dans un cadre historique. Il offrait donc à l'imagination du poète l'occasion des plus pathétiques tableaux : les longues années de pénitence passées dans l'austérité du cloître, les terreurs qu'inspire aux âmes des justes eux-mêmes la venue du moment redoutable; avant Théodore, un autre poète religieux, traitant le même sujet, laissait entrevoir quelque chose du bonheur réservé aux élus,
faisait apparaître et parler le Christ, la Vierge, les anges, les saints, donnait, en un mot, à son œuvre, une forme dramatique pleine d'effets inattendus, de grâce naïve et de couleurs éclatantes.
Théodore de Stude, occupé comme il le fut toute sa vie par les travaux les plus accablants, n'avait pas toujours assez de loisir pour attendre l'inspiration ; si elle lui arrive, elle reste courte et intermittente; elle n'est pas assez puissante pour donner à l'œuvre de l'hymnograplie studite l'abondance et l'ampleur d'autres poètes antérieurs. Mais la phrase poétique de Théodore coule naturellement et sans effort, douce, paisible, tempérée ; c'est le langage de l'iioméhe et le style des catéchèses plus souvent que la langue de la poésie; dans ses vers comme dans sa prose Théodore ne peut se défendre de prêcher toujours, il cherclu beaucoup moins à plaire aux esprits délicats, qu'î convertir les âmes. Ainsi, dans son cantique funèbre] il nous fait entendre des plaintes, mais calmes el résignées, sur l'incertitude de l'heure de la mort,^ sur la brièveté de notre vie, puis des conseils sur le bon emploi du temps, et des généralités sur l'excellence de la vie monastique : « A celui qui sort pieusement de ce monde accordez le repos avec les justes, ô Christ notre Dieu ; si, étant homme, il a péché pendant sa vie, vous qui êtes sans péché pardonnez-lui ses fautes volontaires et involontaires par les suffrages de la Mère de Dieu, afin que tous ensemble nous puissions chanter pour lui l'Alleluia. »
« Quel efFrayant et étrange spectacle! Il est sans vie celui qui, hier encore, était mon compagnon, sa voix a cessé de se faire entendre; son œil est sans regard, tous ses membres sont devenus silencieux. Dieu, ainsi qu'il est écrit, a mis fin à ses jours, et
jamais plus il ne reviendra. Puissions-nous tous, Ihbas, chanter ensemble l'Alleluia! »
« Répondez-moi, mon fils, je vous le demande : Où habitez- vous depuis votre départ de ce bas monde ? Avec quelles âmes est votre demeure? Etes-vous maintenant dans le ciel? possédez- vous ce que vous espériez? Avez- vous trouvé le lumineux séjour? le séjour où les chœurs des vivants sont dans Tallégresse, et chantent à Dieu l'hymne triomphal, TAlleluia! »
« Vous aviez compris, par la grâce de Dieu, que cette vie est un songe et une ombre, et vous aviez, suivant le conseil divin, quitté parents, frères et proches, et l'univers tout entier; dans votre désir du Seigneur, rien des choses de ce monde ne nous semblait précieux; et c'est pourquoi vous avez trouvé la vie éternelle, et c'est pourquoi vous êtes aimé de celui qui chante h Dieu l'Alleluia! »
« Il me semble vous entendre nous dire : « Mes frères, écoutez bien mes paroles; tant qu'il en est temps, combattez; tant qu'il est jour, travaillez avant que le stade ne soit fermé pour vous; mettez vos soins, ô frères aimés, h vaincre Bélial, afin que vous ayez part à la gloire du Christ et que vous chantiez à Dieu le cantique mélodieux, l'Alleluia! »
« Qu'elle est belle, la vie que vous avez choisie! Quoi de meilleur que d'habiter avec vos frères dans ce couvent! c'est là que le Sauveur vous ordonna de vivre, et David chanta votre bonheur. Soyez donc heureux, 6 mes frères, obéissez h votre pasteur, aimez-vous les uns les autres, rejetez loin de vous tous les vices, afin de chanter à Dieu le cantique mélodieux, l'Alleluia! »
« Encore un mot d'adieu, ô mes frères, vous ne me verrez plus, vous n'entendrez plus ma voix avant
que le juge ne m'ait examiné, quand nous tous, les humains, nous serons appelés au tribunal du Cbrist, au milieu de la crainte, où toute âme sera jugée. »
Le cantique s'était ouvert par une prière h Dieu, il se termine par une prière au défunt : « Nous avons entendu tout ce que vous avez dit; mais, si vous trouvez véritablement le Seigneur, priez pour nous tous, afin que, en esprit et en fidélité, nous menions à bonne fin les luttes de Tascétisme, que le divin Pasteur nous associe à sa vie magnifique, que nous jouissions tous de la grâce divine, en chantant à Dieu le cantique mélodieux, l'AUeluia! »
Après la très sainte Mère de Dieu, saint Nicolas de Myre tenait le premier rang dans la dévotion des Byzantins ; il est encore aujourd'hui Tun des saints les plus populaires de TEglise grecque. Un des plus gracieux poèmes deThéodore lui estconsacré, et célèbre la puissance de l'illustre évèque, ses miracles, sa charité envers les naufragés, envers lesprisonnierset les condamnés h mort, son assistance bienfaisante dans les danj^ers, la vertu sanctifiante et fortifiante de la myrrhe qui découlait encore de son tombeau. <i Par votre vie éclatante vous avez brillé comme un soleil, vous étesdevenu, par vos miracles, illustre dans tout l'univers, ô bienheureux saint Nicolas, très fidèle serviteur du Christ, priez pour nous qui vous invoquons en votre fête, ô protecteur infatigable.
c( Pontife de Myre, oint par la myrrhedivine, vous quiexhalezla myrrhe agréabledesmiracles, comment, ô saint Nicolas, pourrais-je vous chanter, infecté que je suis de Todeur du péché ? Mais que la myrrhe de vos prières soit un parfum pour mes actions, donnez à mes accents l'agréable douceur du nard spirituel, afin que je vous célèbre dignement, ô vous, de ceux
qui vous invoquent en votre fête protecteur infatigable.
« Vous distribuez vos bienfaits de mille manières également assurées; celui qui prie avec confiance votre image peinte obtient tout ce qu'il veut. Car votre faveur est grande, ô saint Nicolas. A nous aussi obtenez ce que nous vous demandons par votre intercession auprès du Christ qui vous aime, afin que nous vous célébrions dignement, ô vous, de ceux qui vous invoquent en votre fête protecteur infatigable.
« Le Christ vous a donné, par-dessus tous lessaints, le pouvoir de protéger ceux qui sont en péril. C'est pourquoi chacun vous réclame comme patron, ô saint Nicolas, et celui qui est tourmenté par l'affliction, condamné à l'exil, ou conduit h la mort. Car vous venez généreusement au secours de tous, afin que l'on vous célèbre dignement, ô vous, de ceux qui vous invoquent en votre fête protecteur infatigable. ))
Le cantique en l'honneur du saint se prolonge sur ce ton, avec ce refrain toujours pareil à la fin de chacune des treize strophes, et se termine par cette humble et confiante invocation : « Vous qui habitez par delà les mondes, vous qui êtes heureux avec les anges, souvenez-vous de moi devant Dieu, de moi votre indigne mélode ; donnez la grâce à tous ceux qui célèbrent votre jour mémorable, vmus, l'arbitre de la paix, le consolateur des affligés, l'intercesseur de tout l'univers, vous l'honneur et l'ornement des prêtres, le secours des princes, ô vous, de tous ceux qui vous invoquent en votre fête protecteur infatigahle* ».
On doit encore à saint Théodore un grand nombre