I. Analecta sacra Spic. SoJesrn
d'odes en Thonneur de la très sainte Mère de Dieu et de la très sainte Trinité. Il est, surtout, l'auteur du « Triodion » qui contient tous les canons ou offices depuis le commencement du grand carême, jusqu'à la semaine de la Pentecôte, et qui est encore en usage aujourd'hui dans TÉglise grecque. Et ainsi, c'est donc la voix même de saint Théodore que la liturgie officielle de cette Egh'se emprunte pour donner une voix à la prière de ses prêtres et de ses moines, aux supplications de ses fidèles, et célébrer, tour à tour, les grands mystères de la souffrance et de la mort du Sauveur, de sa Résurrection et de son Ascension glorieuse. Est-il une poésie plus noble et plus haute que celle qui est choisie pour servir de formule à la prière de tout un peuple, pour devenir Texpres-j sion ardente et suave de l'adoration, de l'action de] grâces, de la supplication, de tous les sentiments et] de tous les désirs dont est possédée l'âme chrétienne ?|
Mais quel que soit l'intérêt que Ton porte aujourd'hui h l'œuvre poétique de saint Théodore, il est de beaucoup surpassé pnr celui de ses ouvrages en prose, qui sont d'ailleurs plus aisément accessibles, surtout par ses écrits ascétiques et par ses lettres. Si les traités que l'higoumène composa, pour la défense des saintes images, pendant la persécution iconoclaste, un ÂntirrJiétique en trois livres, une Rcfutation d'un poème iconomaque, et quelques autres de moindre étendue, ne nous retiennent pas autant que les caléchèseset la correspondance dont l'attrait est demeuré plus intense et plus vivant, du moins faut-il en marquer les caractères les plus généraux.
On a vu déjà que deux tendances se manifestaient parmi les ennemis des images; l'une, radicale, n'admettait aucune image; l'autre, plus modérée, en per-
mettait la reproduction mais interdisait ou limitait le culte qui leur est dû. D'où, tout l'effort apologétique de saint Théodore se portera à prouver que la représentation, par l'image, du Christ, de la Vierge et des saints, est parfaitement légitime, et que le culte de ces images repose sur les plus solides fondements. Mieux que tout autre de leurs défenseurs, Théodore excelle à démêler les raisons profondes, religieuses ou politiques, qui donnent à cette lutte tant d'apreté : il voit dans ces querelles théologiques renaissantes l'influence des anciens partis condamnés au concile œcuménique de ySy et essayant de reprendre leur revanche ; mais il y voit encore plus l'intervention abusive du pouvoir impérial subordonnant les intérêts de la foi chrétienne h la politique d'Etat, sans aucun souci de l'autonomie de l'Eglise. Il arrivait donc que Théodore, en prenant la défense des images, devenait non seulementle champion de l'orthodoxie, mais encore le défenseur de la liberté et de l'indépendance de l'Église.
C'est surtout par des raisons intrinsèques, tirées du dogme même delà nature humaine dans le Christ que le saint s'applique à établir et à justifier la légitimité des représentations par l'image.
Aux yeux de Théodore, une autre raison d'établir des images c'est l'avantage spirituel que le chrétien retire de leur contemplation. Pour tous, savants et ignorants, parfaits et imparfaits, l'image est le meilleur commentaire de l'Écriture; par les exemples qu'elle rappelle, par la vertu mystérieuse qui s'en dégage, elle est un des moyens les plus efficaces de sanctification. « Eh! qui donc, disait-il, à la vue d'une image qu'il a regardée attentivement et en détail, n'en retient pas dans son âme une impression profonde,
édifiante si l'image est édifiante, dangereuse si Timage est mauvaise, dontrobsession le poursuit même à la maison et le porte à la componction ou excite le feu de ses passions* ?» Avec saint Basile, il proclame que la peinture est pour nos yeux ce que la parole est à nos oreilles, et les images prêchent en silence ceux qui les regardent et nous excitent à Pimitation des saints qu'elles nous représentent. Et quant aux images qui représentent le Seigneur, Théodore, en conséquence de la doctrine sur la nature humaine du Christ, leur attribue une valeur religieuse pour ainsi dire indépendante. Accepter et vénérer les images du Christ, c'est, à ses yeux, faire une profession de foi en l'humanité vraie et parfaite du Seigneur; les repousser, c'est une hérésie, ou, comme il aime aie redire, un acte de judaïsme.
Lorsqu'on se rappelle cette doctrine de Théodore sur les images, on est moins surpris de trouver sous sa plume le pompeux éloge qu'il adresse à un officier qui avaitdonnépourparrain à son fils l'image desaint Démétrius. « Votre Seigneurie, lui écrit-il, vient d'accomplir une action divine, je vous envoie toute mon admiration pour votre foi robuste, ô homme de Dieu. Vous avez pris, à la place du parrain, l'image du grand martyr Démétrius, et vous avez fait ainsi le baptême de votre fils gardé de Dieu. Oh ! l'admirable confiance! Ce n'est pas seulement au centurion, mais c'est à vous aussi, dont la foi rivalise avec la sienne, que le Christ a dit : « Non, je n'ai pas trouvé une si grande foi en Israël ». Le centurion a obtenu ce qu'il demandait : vous aussi vous avez reçu ce que vous désiriez. Ce que la parole du Christ a fait pour