Ép. II
passages des lettres de saint Théodore suffisent à montrer l'intérêt de cette correspondance, l'étonnante variété des questions qui s'y trouvent exposées, la sap^esse des conseils qu'elle renferme, la grâce aimable, la savoureuse douceur d'un style, qui par instants, fait songer au gracieux et poétique langage de notre saint François de Sales.
Parmi les discours de saint Théodore, il en est quelques-uns, — une douzaine seulenient sont publics — composés en forme solennelle et réunis parlois sous le litre de Lwre des panégyriques. Ils renferment l'éloge funèbre de son oncle saint Platon, un discours sur la fête de Pâques, sur les Anges, sur la Dormition de la Vierge, le panégyrique de saint Arsène, de l'apôtre saint Barthélémy, celui de saint Jean-Chrysostome, de saint Ephrem, de l'apôtre saint Jean, un discours sur la nativité et un autre sur la décollation de saint Jean-Baptiste. Leur ton, presque toujours solennel et magnifique, ne paraît pas exempt de recherche et contraste vivement avec la louchante simplicité des instructions familières des Catéchèses. Tel, par exemple, cet exorde du discours sur la nativité du « saint prophète et précurseur Jean-Baptiste : »
a Si ma voix ressemblait au rossignol harmonieux dont les suaves mélodies sont la joie du printemps, elle pourrait peut-être célébrer la grande voix de vérité qui s'élève aujourd'hui; mais comment ma parole, toute faible et disgracieuse, louera-t-elle celui qui est la gloire des Prophètes? comment dire son éminente dignité d'apôtre? comment glo-— rifier en lui Thonneur éclatant du marlvre ? Il mel faut considérer aussi que, pour les autres saints, ils furent loués seulement par des saints; mais l'éloge
e celui que je dois célébrer aujourd'hui a été prooncé par le Christ lui-même, par Dieu qui est la érité; « parmi les fils delà femme, dit-il, il n'est ersonne de plus grand que Jean-Baptiste » (Mattli. [, II.) Puisque une telle louange, qu'il est imossible de surpasser, est faite du grand Précurîur par la suprême autorité du Verbe, aurait-il onc encore besoin de notre humble discours, ô les chers auditeurs? Arrière cette pensée : mais est pour accomplir un devoir de bon serviteur, béir à l'ordre de notre Père, et nous sanctifier 1 rappelant le souvenir du saint Précurseur, que ous allons montrer cette hardiesse téméraire.* »
A toutes ces précautions oratoires, à ces craintes,
ces excuses, comme je préfère la péroraison du anégyrique de l'apôtre saint Jean, où l'allusion IX luttes iconoclastes provoque je ne sais quelle istesse sereine et communicative ; sa touchante ^ière pour la paix de l'Eglise, battue par la temîte, n'est-elle pas de tous les jours?
« O bienheureux, et trois fois bienheureux, et tout eureux Jean, grand soleil de l'Evangile, source inrissable de la théologie, rameau apostolique, pareil Pierre, du haut du ciel regardez-nous avec bienîillance. Voyez quelle tristesse ici-bas : on supprime s autels couronnés par les images saintes ; on détruit
beauté des temples sacrés; l'image du Christ est ►urnée en dérision et considérée comme rien dans !S villes, les villages, les maisons; de même celle de . Mère de Dieu et des autres saints pareils à vous, ou iférieurs. Partout c'est la désolation. Prenez avec DUS Pierre, prenez encore avec vous Jacques, nous
vous en supplions. Vous trois, les témoins assidus du Christ dans sa transfiguration, dans la plupart de ses miracles, dans son agonie, dans sa prière, comme étant déjà mieux initiés que les autres apôtres, vous trois maintenant avec le reste du pieux collège apostolique rendez-nous propice la Sainte Trinité : que le Christ commande à cette mer déchaînée comme autrefois àTibériade, et que la sérénité et la paix reparaissant, il ramène son Eglise à la joie et à la beauté de son antique orthodoxie^ »
Dans son éloge de la « Dormition » de la saint Mère de Dieu, Théodore regrette de n'avoir qu'un faible voix humaine pour célébrer les louanges de la Vierge Marie : il faudrait, pour chanter sa gloire, une trompette puissante, un clairon capable de se faire entendre dans l'univers entier. Puis, en une page admirable de poésie, il raconte l'arrivée mervcilleusçiv de tous les apôtres au lit de mort de la Vierge, leur|| suprêmes entretiens, les désirs du ciel dont se consume la Mère du Christ, puis les douze salutations que lui adressent les apôtres : « Salut, disaient-ils, échelle de Jacob, buisson miraculeux, toison de céleste rosée, cité du grand Roi, Bethléem spirituelle, demeure d'Ephrata, montagne virginale où apparut le saint d'Israël ; salut, flambeau d'or qui éclaire les ténèbres de ce monde, propitiatoire de l'univers, nuée légère où reposa le Seigneur, livre sacré des préceptes divins, loi de grâce, porte close par où entra et sortit le Seigneur d'Israël; salut, montagne inaccessible, non faite de main d'homme, d'où est sortie la pierre angulaire. »
Et Théodore finit son brillant panégyrique par une
Louchante et magnifique invocation : « Vous qui allez par delà les nuées, et qui entrez au ciel, et pénétrez dans le saint des saints au milieu des chants de triomphe et d'allégresse, daignez bénir, ô Mère de Dieu, le monde tout entier; que votre intercession nous obtienne l'heureux mélange de la température, des pluies à propos, des vents favorables, une terre fertile ; donnez la paix à PEglise, la victoire à Torthodoxie, protégez l'Empire, repoussez les nations barbares, soyez propice à tout le peuple chrétien ; enfin, pardonnez-moi mon audace*. »
Mais les exhortations plus familières, ou catéchèses, qui, d'ailleurs, sont avec les lettres de Théodore la partie la plus considérable de ses écrits, présentent Line plus grande variété d'intérêt, et des tons plus divers. Elles renferment, pour ainsi dire, la chronique du jour, puisque la catéchèse se faisait trois fois la semaine et que l'higoumène ne manqua jamais à ce devoir de sa charge, même en exil où la lettre suppléait à la parole, même pendant sa dernière maladie où il écrivait ce qu'il n'avait plus la force d'exprimer à haute voix. Selon les circonstances, Théodore savait être grave et solennel, quand il annonce de nouvelles persécutions, la mort ou les malheurs de quelque frère ; débordant de joie et d'enthousiasme, quand il parle du courage et des triomphes des moines confesseurs de la foi; il excelle à s'élever toujours, même des sujets en apparence les plus ordinaires, à de hautes considérations morales; sa parole, simple, gracieuse, à l'allure volontiers poétique, nourrie de la moelle savoureuse des Saintes Écritures, est empreinte d'une douce et pénétrante onctio:i
que tel de nos critiques contemporains propose en exemple à tous les prédicateurs.
Souvent il y recommande à ses moines, et avec de plus pressantes instances quand la persécution les a dispersés, la fréquente communion. Il voudrait qu'il fût possible à tous de la recevoir chaque jour. « Vous pouviez, au couvent, communier chaque jour; maintenant vous le faites à peine et très rarement. Je ne dis pas cela pour que vous vous en approchiez à la légère et au hasard, car il est écrit : « Que l'homme s'éprouve lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et boive de ce calice. Car quiconque e mange et boit indignement, mange et boit son jugement, ne discernant point le corps du Sauveur » (I, Cor., xi, 28-29). Non, je ne dis point cela, à Dieu ne plaise; mais je dis que, par le désir de la sainte communion, nous devons, autant qu'il se peut, nous purifier et nous rendre dignes de ce don divin : car le pain qui nous est offert nous apporte -a vie. Car le Seigneur a dit : « Le pain que je vous i donnerai, c'est ma chair que je vous donnerai pour j la vie du monde » (Joan., vi, 52). Voyez quel don I ineffable, infini ! Il n'a pas fait que mourir pour i nous, il s'est donné lui-même en nourriture. Est-il 1 une preuve plus décisive de son ardente charité? Est-il rien de plus salutaire à notre âme ? Sachons donc bien la grandeur d'un tel don, purifions-nous autant qu'il est possible, et participons à ces divins mystères. Ils nous seront d'un puissant secours. Mais si nous vivons dans l'indifférence pour la communion, comment pourrions-nous n'être pas entraînés par les passions ? Elle sera aussi notre viatique pour la vie éternelle'. »