‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 10 sur 96 · PREMIERE ENFANCE · texte numérisé non relu

PREMIERE ENFANCE

de sa douleur, cette femme n'insiste pas ; mais soupçonnant quelque chose de mystérieux dans cet obstination, de retour au logis, elle en donne avis à la mère. Théodora prend la main de l'enfant, lui arrache le papier, malgré ses pleurS; et y voit écrit : Ave Maria... Thomas redouble ses cris, et à peine lui a-t-on rendu son trésor, qu'il le porte à sa bouche et l'avale aussitôt.

Les auteurs qui ont rapporté ce fait y voient présagée l'avidité spirituelle de Thomas d'Aquin pour les Saintes Ecritures. Ils disent aussi qu'il figurait la dévotion filiale que devait professer envers la très Sainte Vierge le plus grand des Docteurs.

Dès sa plus tendre enfance, le moyen infaillible d'arrêter ses pleurs était de lui présenter des livres ou des manuscrits; il prenait un singulier plaisir à les remuer et à les feuilleter. Une fois même, alors qu'il commençait à marcher, trouvant ouvert le coffre où étaient renfermés les papiers de famille, il les en tira un à un et les dispersa par la chambre.

Après de tels indices, on n'aura pas de peine à comprendre de quels soins le comte et la comtesse entourèrent l'éducation de leur dernier enfant. La pieuse mère surtout s'empressa de diriger vers Dieu Pexercice naissant de sa raison, et imprima dans sa jeune âme les notions élémentaires de la foi. C'est bien, en effet, sur les genoux d'une mère chrétienne, que le cœur de l'enfant doit s'épanouir au rayon de la vérité. C'est des lèvres de sa mère qu'il doit apprendre à connaître Dieu, et à balbutier avec amour les noms de Jésus et de Marie.

Heureux l'enfant à qui Dieu fait le don inappré-

Ib LIVRE r\ — VIE DE SAINT THOMAS.

ciable d'une mère vraiment chrétienne : elle est l'Ange visible qui protège son berceau, la lumière douce et sereine qui plus tard éclairera sa route à travers les obscurités de la vie, et le gardera des précipices qui bordent le chemin.

Telle fut Théodora pour Thomas d'Aquin. Nul doute aussi que le Saint- Esprit ne dirigeât intérieurement cette âme privilégiée et ne l'inclinât sans cesse vers le bien. Sous cette double intiuence, Thomas grandit en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Mille reparties fines, mille traits charmants révélaient la vivacité de son esprit et la bonté de son cœur. Les parents étaient les premiers à jouir de ces développements merveilleux, et les habitués du château, ravis d'admiration, empruntaient volontiers les paroles que les voisins et les proches de sainte Elisabeth disaient au sujet de Jean-Baptiste, le divin Précurseur: « Voici un enfant extraordi- « naire : que pensez-vous qu'il devienne un jour ? »

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