‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 11 sur 96 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'écolier du mont-cassin.

Dédit illi coram prxcepta, et legem vitx et disciplina. EcCL. XLV, 6.

Le Seigneur dirigea son cœur vers les préceptes, et la loi de vie et de doctrine.

HOMAS achevait sa cinquièaie année; les soins que réclamela première enfance ne lui étaient plus nécessaires, et le comte d'Aquin crut le moment venu de procurer à son fils une éducation plus virile et une instruction plus élevée, en dehors de la maison paternelle.

Mais à quels maîtres le confier? Le choix ne fut pas long. L'abbaye du Mont-Gassin, avons-nous dit, n'était qu'à deux lieues de Rocca-Secca. Fondée par saint Benoît, peu après la naissance de son institut à Subiaco, on la regardait comme la capitale de l'Ordre monastique en Occident. C'est là quele saint Patriarche avait fini sa carrière; c'est là qu'on vénérait son tombeau, avec celui de sainte Scholastique, sa sœur: tombeaux vides, il est vrai, depuis que les précieux corps en avaient été secrètement retirés l'an 647 et transportés dans les Gaules, à Floriacum, aujourd'hui Saint-Benoît- sur-Loire.

Au Mont-Gassin, de même que dans les autres

l8 LIVRE 1^^, — VIE DE SAINT THOMAS.

abbayes bénédictines, de jeunes enfants étaientadmis à recevoir la culture de l'esprit et du cœur.

Les plus nobles familles y envoyaient leurs fils. Du temps même de saint Benoît, nous voyons le Patrice romain Tertullus lui confier le jeune Placide encore enfant, et le sénateur Equitius, son fils Maur, adolescent de bonne espérance, tous deux illustres parmi les premiers disciples du saint Patriarche.

Au terme seulement de leur éducation littéraire, ces jeunes gens regagnaient le foyer de la famille. Mais il n'était pas rare qu'épris des charmes de la solitude, et subjugués par la vertu de leurs saints maîtres, ils renonçassent pour jamais au monde. Aussi les écoles monastiques du moyen âge devenaient-elles pour la vie religieuse dericheset fécondes pépinières.

Est-il permis de voir dans ces institutions admirables le type de nos collèges ecclésiastiques et de nos Petits Séminaires? Sans aucun doute. Nos Petits Séminaires en particulier sont, dans la pensée de rÉglise, des écoles de science et de perfection. Une jeunesse d'élite y reçoit d'hommes instruits et dévoués renseignement des lettres, en même temps que celui de la religion et des bonnes mœurs. Combien de prêtres vénérables, cachés dans l'obscurité d'une maison d'éducation, sacrifient chaque jour au service de Fenfance et de la jeunesse, comme jadis les moines Bénédictins, des talents et des vertus, qui auraient jeté un vif éclat au rang supérieur de la hiérarchie sacerdotale!...

Mais si nos collèges chrétiens sont établis sur le

Page 1