‹ Saint Thomas d'AquinChapitre 9 sur 96 · PREMIERE ENFANCE · texte numérisé non relu

PREMIERE ENFANCE

Puer e/jtn ingeniosus, et sortitus suin aiiimam bonam. Sap. VIII, 19.

J'étais un enfant bien-né, et j'avais reçu de Dieu une bonne âme.

ouvKNT Dieu se plaît à faire abonder les miracles dans la vie des Saints, et plus d'une fois leur naissance est accompagnée de signes merveilleux. Ainsi en fut-il pour le Docteur Angélique : les prodiges forment une auréole autour de son berceau.

Quelques chroniqueurs rapportent qu'en Tan i 220 un phénomène extraordinaire fut observé à Bévagna, ville d'Italie. Durant toute une nuit et une partie du jour suivant, trois météores apparurent dans les cieux, chacun portant en son disque l'image d'un Frère Prêcheur. A cet aspect, des enfants se mirent à parcourir les rues en criant : « A Téccle, à l'école ! a voici des maîtres que le ciel nous envoie. »

De la bouche des tout jeunes enfants, dit le Psalmiste, vous ave:{. Seigneur, fait sortir la louange^ pour la confusion de vos ennemis.

Dans le récit qu'on vient de lire, dût-on ne voir qu'une gracieuse légende, toujours est-il qu'à la même époque naissaient les bienheureux Jacques de Béva-

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gna et Ambroise de Sienne, l'un et l'autre, dans l'Ordre de Saint-Dominique, savants maîtres et éloquents prédicateurs, et, peu après, saint Thomas d'Aquin, Maître sans rival et Docteur incomparable.

Mais voici un fait plus certain.

Aux environs de Rocca-Secca, vivait avec d'autres solitaires un ermite appelé Fra Biiono, Frère le Bon, meilleur encore, dit Guillaume de Tocco, par la pureté de sa vie que par son nom, et vénéré comme un saint des habitants de la contrée.

Un jour, poussé par l'Esprit de Dieu, Frère le Bon vint trouver Théodora. « Noble Dame, lui '( dit-il, réjouissez-vous, vous aurez bientôt un fils « qui portera le nom de Thomas. Vous songerez, « ainsi que votre époux, à faire de lui un moine du « Mont-Cassin, espérant l'élévation de votre fils à « la dignité abbatiale. Mais Dieu en ordonnera autre- • ment. Cet enfant sera religieux dans TOrdre des ' Frères Prêcheurs. Telles seront la splendeur de '( sa science et la sainteté de sa vie, qu'on ne pourra « trouver son pareil en ce siècle, dans le monde u entier. »

La châtelaine répondit humblement :« Je suis loin « de mériter Thonneur que vous m'annoncez, véné- «. rable ermite ; mais que Dieu fasse selon son bon c< plaisir. »

L'événement ne tarda pas à justifier la prédiction du solitaire : vers la fin de 1224, ou dans l'un des deux premiers mois de 1 225, naissait au comte et à la comtesse d'Aquin un sixième enfant.

Honorius III exerçait alors le Pontificat suprême. Landolphe le pria de vouloir bien être le parrain du

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nouveau-né. Le Pape y consentit volontiers, et se fit représenter par Tévêque d'Aquin. L'enfant reçut au baptême le nom de Thomas, plutôt en mémoire de son aïeul, le fameux comte de Sommacle, que par déférence pour la parole de Termite.

Ce nom, qui en hébreu signifie abîme, fut. imposé par un secret dessein de Dieu. Il exprimait que cet enfant serait un jour un abîme de science, d'où les saints Conciles tireraient leurs décisions, et les Universités leurs plus purs enseignements.

On acquit bientôt une preuve nouvelle de la protection céleste dont notre Saint était l'objet. Une nuit d'été, Forage le plus épouvantable se déchaîne au-dessus de Rocca-Secca; la foudre tombe sur la tour du château, y fait un dégât considérable, pénètre dans l'appartement où reposaient les enfants du comte, et tue dans son lit la plus jeune sœur de Thomas. A cet effroyable coup de tonnerre, la mère épouvantée s'élance vers le berceau dans lequel dormait Tenfant. Le trouvant sain et sauf, elle rend grâces à Dieu, et dès lors commence à espérer l'accomplissement de ce qui lui a été prédit touchant ce fils de bénédiction.

A quelque temps de là, la comtesse d'Aquin allait aux bains de Pouzzoles, près de Naples. Ne pouvant se résigner à être séparée d'un enfant devenu plus cher que jamais, elle l'emmena avec elle. Or, un jour qu'on se disposait à le baigner, Thomas aperçoit un morceau de papier, le prend et le tient fortement serré dans sa main. Vainement la nourrice essaiet-elle de lui faire lâcher prise ; l'enfant serre toujours davantage et finit par éclater en sanglots. Touchée

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