L^ÉCOLIER DU MONT-CASSIN
modèle des institutions monastiques d'autrefois, les Écoles apostoliques, de fondation récente, en présentent une copie peut-être plus fidèle encore.
A quels élèves s'ouvrent ces écoles? A ceux que recommandent une naissance sans tache et une enfance sans souillure , et qui à une intelligence plus qu'ordinaire joignent le goût de l'étude et de la piété, avec le désir de se donner tout à Dieu. La fortune leur a -t-elle été refusée, ces enfants sont reçus gratuitement, ainsi qu'il se pratiquait dans les écoles monastiques. Des âmes dont la générosité est à la hauteur de leur loi, s'empressent de procurer, en totalité ou en partie, l'entretien d'un aspirant à la vie apostolique; et celui-ci, devenu prêtre, missionnaire, portera chaque matin à l'autel le souvenir des bienfaiteurs auxquels, après Dieu, il devra sa vocation, et qu'il rendra participants de ses mérites.
Soumis à une règle en rapport avec leur âge, formés peu à peu aux vertus religieuses et apostoliques, initiés, bien qu'en une mesure restreinte, à la psalmodie chorale,, honorés de l'habit ecclésiastique, ou, à certaines heures, d'un vêtement de chœur non sans quelque ressemblance avec celui des religieux, ces jeunes gens sont comme des plantes choisies dans le parterre réservé de la sainte Eglise. Quelle préparation meilleure à l'épanouissement d'une vocation ! Que ne peut-on pas attendre d'un jeune homme soustrait à l'influence délétère du mal, avant que le péché n'ait obscurci son intelligence et flétri son cœur ! Et toutefois, c'est dans la plénitude de sa liberté, que V Apostolique, écoutant Tappel de Dieu, sollicite la faveur de devenir le frère en Religion de
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ceux dont il n'a été jusqu'ici que le disciple. Passant tranquillement de Técole au noviciat, il y transportera les premiers germes des vertus monastiques, et, fidèle à la grâce, il sera plus tard le modèle de ses frères, l'honneur de son Ordre, la consolation de l'Église.
■ Telle est l'idée que nous pouvons nous faire de l'école du Mont-Cassin, à l'époque où Thomas y fit son entrée.
En plaçant son fils dans cette maison, le comte d'Aquin eut-il Tiniention arrêtée de le donner à l'Ordre, pourvu que l'enfant ratifiât plus tard cette consécration ? La déposition d'un témoin au procès de canonisation le ferait croire, et donnerait même à entendre que les pensées secrètes du comte avaient une plus haute visée. « Le père, dit Barthélémy de Capoue, chancelier et protonotaire du royaume de Sicile, le père présenta Frère Thomas tout enfant, présumant qu'il gouvernerait un jour l'abbaye du Mont-Cassin. »
Ce rêve d'ambition, qu'on pardonne à un père, Landolphe pouvait d'autant mieux le caresser, que Sinibald, qui tenait alors la crosse abbatiale, était l'oncle paternel de l'enfant. Cependant, il n'existe aucune preuve que saint Thomas ait jamais contracté un engagement quelconque avec cet Ordre illustre, ni même qu'il en ait porté l'habit, autrement qu'à titre d'élève de l'école monastique. Mais, chose certaine, il demeura constamment attaché d cœur aux fils de saint Benoît, et Dieu voulut qu'i vînt achever ses jours dans un monastère de l'Ordre de Cîteaux, qui est une branche du tronc bénédictin
Le jeune seigneur d'Aquin quitta Rocca-Secca
Tan 1229 ou i23o. La douleur du comte et de la comtesse, à cette séparation, ne leur permit pas de le remettre eux-mêmes aux mains de Sinibald ; ils le firent conduire avec escorte, et Guillaume de Tocco nous donne ce détail: que la nourrice de Thomas fut chargée de le présenter au nom des parents.
Instruits des particularités merveilleuses de sa première enfance, lesrnoinesduMont-Cassin accueillirent leur élève avec une sainte fierté, et le confièrent aux soins d'un maître choisi.
Sous la conduite de ce digne Religieux, le nouveau Samuel ne tarda pas à faire de rapides progrès, et à montrer des vertus vraiment supérieures à son âge.
Jamais on ne le vit s'abandonner, même quelques instants, à une conduite légère et dissipée. Posé, réflé chi, taciturne même, exempt de toute puérilité, il fuyait par goût les amusements et les conversations des autres petits gentilshommes, qu'on formait, comme lui, aux bonnes mœurs et aux nobles traditions. Toutefois il était à leur égard plein d'amabilité et de prévenances. Il restait de longs moments à l'église, réitérant ses prières, et tenant presque toujours un livre à la main. Son application à l'étude était remarquable ; il n'avait garde de manquer à la tâche des leçons qui lui étaient prescrites.
A mesure que la raison s'ouvrait dans cette âme d'élite aux plus magnifiques perspectives, une pensée devenait chaque jour plus dominante , la pensée de Dieu. Souvent Thomas demandait à son maître : « Qu'est-ce que Dieu?... il faut le servir, l'honorer,
a l'aimer, et pourtant on ne le voit pas ! » Le maître lui répondait conformément à la capacité de son âge ; et ce charmant écolier, écoutant ce qu'on lui en disait, y prenaitunsingulierplaisir. Bien plus, poussé par un mouvement divin à connaître, préférablement à toute autre science, la science de l'Etre infini, l'enfant écrivait avec un soin empressé ce qu'il recueillait sur les lèvres de son professeur ou ce que Dieu lui-même daignait lui communiquer.
Un développement si rapide laissait entrevoir quels trésors allaient s'amasser dans cette intelligence, et la nouvelle des progrès de Thomas, portée à ses parents, les comblait de satisfaction. Le père ne se lassait pas d'exprimer hautement ses espérances pour l'avenir ; quant à la mère, renfermant dans son cœur tout ce qui lui était dit, elle songeait aux prédictions du vénérable ermite.
Vraisemblablement, ce fut au Mont-Cassin que l'enfant béni se nourritpour la première fois du Pain des Anges. Gomment se prépara-t-il à cet acte, d'une souveraine importance pour orienter la vie chrétienne ? Sur ce point l'histoire est muette ; mais il est aisé de comprendre quelles douces et suaves émotions goûta le futur chantre de l'Eucharistie, en s'asseyant au banquet ineffable où se donne en nourriture Celui qui a dit : t Laissez venir à moi les petits enfants. »
Depuis près de cinq ans, cette jeune plante, à l'abri dans la maison du Seigneur, y prenait de merveilleux accroissements. L'abbé Sinibald, surpris de l'avidité que montrait pour la science l'élève admiré et aimé de tous, remarquait en même temps les indi-
l'écolier du MONT-CASSIN. 2 3
ces d'une future sainteté. Sentant la grave responsabilité qui lui incombait dans l'instruction d'un tel enfant, il manda le seigneur Landolphe, et, avec un désintéressement parfait, lui conseilla d'envoyer son fils à Naples, afin qu'il y continuât ses études en suivant les cours de l'Université.