LE DÉFENSEUR DES ORDRES MENDIANTS. I
parmi le bon grain , dans le champ du Père de famille.
L'opposition qui, dès 1243, avait commence' à gronder sourdement, comme les roulements d'un tonnerre lointain, devint plus retentissante à partir de i25o, sous forme de railleries, chansons injurieuses, libelles difiamatoires, et finit par éclater, avec le fracas de la foudre, en i25 5, dans un livre intitulé : Les périls des derniers temps.
Ce livre avait pour auteur Guillaume de Saint- Amour, docteur de Paris. On y soutenait que les Religieux mendiants, en laissant de côté le travail des mains, étaient en voie de damnation ; qu'il ne leur était point permis de vivre d'aumônes, et qu'on ne pouvait même leur en donner sans pécher mortellement; queni le Pape, ni lesEvêques ne pouvaient les admettre à entendre les confessions ou à prêcher, sans l'agrément du clergé paroissial ; enfin qu'ils étaient positivement ces faux prophètes, précurseurs de l'Antéchrist, dont parlent les Livres saints.
Sur dix-sept Docteurs que comptait alors l'Université de Paris, quatre seulement adhérèrent à ce pamphlet. C'était une minorité intime ; mais, comme de tout temps l'arrogance d'une poignée d'audacieux a su prévaloir sur la réserve des honnêtes gens, ce groupe hostile, cette réunion d'incendiaires, selon Texpression de Thomas de Cantimpré, déchaîna une foule d'écoliers libertins et désœuvrés, à l'effet de dénigrer les Religieux, et de porter jusqu'aux nues le nouvel écrit.
Sousle couvert des Ordres mendiants en général, Pouvrage était dirigé contre les Frères Mineurs et
les Frères Prêcheurs. Ces derniers surtout, sans être nommés, étaient désignés si clairement qu'on ne pouvait s'y méprendre.
Les fils de saint Dominique recoururent d'abord à l'assistance divine : des prières publiques furent faites dans les églises de l'Ordre. Mais, se voyant expulsés de leurs chaires d'enseignement, et plus que jamais entravés dans Texercice de leur saint ministère, ils en appelèrent au Souverain Pontife. De son côté, saint Louis, récemment arrivé de Palestine, dépêcha au Vicaire de Jésus-Christ deux Docteurs, pour lui dénoncer le livre des Périls des derniers temps.
Alexandre IV reçut très paternellement les délégués du roi, et nomma pour examiner Touvrage une commission de quatre cardinaux. En même temps il chargea le Général des Frères Prêcheurs de le soumettre à l'examen des meilleurs théologiens de son Ordre.
Un Français, Humbert de Romans, gouvernail alors la famille dominicaine ; il manda près de lui Thomas d'Aquin.
Déjà saint Bonaventure et Albert le Grand avaient, sur Tordre de leurs supérieurs et le désir du Pape, répondu par quelques écrits aux attaques des adversaires ; mais, de Taveu des contemporains, c'est l'Ange de l'école qu'échut principalement la gloir< d'être le Défenseur des Ordres mendiayits.
La Cour pontificale setenaità Anagni, et. selon ui usage dont on comprend assez la raison, les Généraux d'Ordres y avaient transféré leur résidence Frère Thomas, âgé seulement de trente-deux ans