LE DÉFENSEUR DES ORDRES MENDIANTS
fut introduit dans le Chapitre où siégeaient les plus graves Pères de FOrdre, sous la présidence de leur Maître général. « Mon fils, dit le vénérable Humbert, « vous savez dans quel livre infâme sont attaqués « les Religieux, et spécialement ceux de votre Ordre. « C'est à vous que nous contions le soin de venger « l'honneur de vos Frères, et de confondre leurs « ennemis. » Thomas reçut cette honorable commission, avec larmes, et conjura les vénérables Pères de l'assister auprès de Dieu. Lui-même se m.it à prier, et parcourut ensuite le livre avec la plus minutieuse attention.
Il eut bientôt reconnu la mauvaise foi de l'auteur et démêlé les erreurs dont ces pages étaient pleines.
Le lendemain , les Religieux étant de nouveau réunis par ordre du Maître général. Frère Thomas, comme inspiré d'en Haut, leur dit : « Mes Pères et « mes Frères, ayez confiance au Dieu qui vous a i appelés à son divin service. J'ai lu le livre accusa- « teur : je Tai trouvé sans aucun fondement théolo- « gique,et nullement étayé par les autorités qu'il in- « voque. A ce libelle je répondrai, avec le secours « de TEsprit-Saint, par un ouvrage qui démasque « Terreur et dévoile le mystère d'iniquité. »
En peu de jours, Thomas d'Aquin eut conçu, ordonné, rédigé le traité : Contre les adversaires de la vie religieuse.
Il débute par ces versets du Psalmiste : Voicî^ Seigneur, que vos ennemis ont fait grand bruit et que ceux qui vous haïssent ont levé la tête. Ils ont formé contre votre peuple un conseil plein de malice, et conspiré contre vos Saints. Ils ont dit : a Vene:{,
I06 LIVRE ler. VIE DE SAINT THOMAS.
exterminons-les du milieu des nations, et qu'on ne se souvienne plus à l'avenir du nom d'Israël. »
Après avoir appliqué ce passage aux attaques présentes, il annonce la division de l'ouvrage en trois parties.
Dans la première^ saint Thomas explique succinctement l'origine, l'essence, la perfection de la vie religieuse, et les différentes fins pour lesquelles TEglise peut établir ou approuver un Ordre nouveau.
Dans la seconde, d'une assez grande étendue, il répond aux raisons de Guillaume de Saint-Amour et donne le vrai sens des Ecritures et des Pères, dont l'adversaire avait voulu s'appuyer.
Pour procéder avec plus de méthode, le saint auteur réduit la matière à six questions principales :
1° Est-il permis aux Religieux d'enseigner ?
2° Peuvent-ils entrer dans un corps de Docteurs séculiers ?
30 Peuvent-ils prêcher et confesser sans avoir charge d'âmes ?
^^ Sont-ils obligés de travailler de leurs mains ?
5° Est-il permis aux Religieux de quitter tous leurs biens sans se rien réserver, ni en particulier, ni en commun ?
6» Peuvent-ils vivre des aumônes des fidèles ?
La troisième partie est une réfutation complète de toutes les accusations injurieuses lancées contre les Religieux mendiants. On leur reprochait la pauvreté de leurs habits, les voyages qu'ils entreprenaient pour les besoins du saint ministère, les affaires dont ils se chargeaient quelquefois par charité, leurs observances claustrales et leurs pénitences, la résistance qu'ils oppo-